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Sécurité alimentaire Le Parlement européen exige l’interdiction du clonage d’animaux

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La Commission européenne devrait interdire le clonage d’animaux à des fins alimentaires et la commercialisation de produits issus de ce type d’élevage, estiment les eurodéputés dans une résolution adoptée à 622 voix pour, 22 contre et 25 abstentions. Ils réclament aussi un embargo sur les importations d’animaux clonés, de leur progéniture, et de la viande et des produits laitiers issus de cette filière. Pour les députés, le clonage constitue une menace à la diversité génétique des espèces et augmente le risque que des troupeaux entiers soient décimés par des maladies auxquelles ils sont réceptifs. Un sérieux avertissement à la Commission européenne qui met actuellement la dernière main à un projet de réglementation sur les nouveaux aliments », produits au moyen de nouvelles techniques et technologies.

Dans un avis rendu fin juillet 2008, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) avait pour sa part estimé que le clonage d’animaux posait de réels problèmes pour «la santé et le bien-être des animaux, même si la consommation de boeuf ou de porc clonés sains ne présente pas de danger particulier, au vu des données disponibles encore peu nombreuses ». Si aucun produit issu d’animaux clonés n’est aujourd’hui commercialisé en Europe ou dans le reste du monde, la résolution des eurodéputés permet de fixer un cadre législatif pour des marchandises qui pourraient bien être proposées, selon les experts, dès l’année 2010, notamment aux Etats-Unis. Ces mêmes Etats-Unis qui ont remis en cause en janvier 2008 le moratoire imposé sur ce type de produits depuis 2001. L’Agence américaine de réglementation des produits alimentaires (FDA), ayant en effet déclaré que les produits issus d’animaux clonés étaient « tout aussi fiables que ceux issus des filières traditionnelles ».

Dans leur résolution, les eurodéputés ont également indiqué que le clonage d’animaux à des fins alimentaires, outre le fait que ses incidences n’ont pas été suffisamment étudiées, « met sérieusement en danger l’image et l’essence du modèle agricole européen, lequel se fonde sur la qualité des produits, le respect du bien-être animal et la protection de l’environnement ». Ils rappellent enfin que la directive 98/58 sur la protection des animaux d’élevage « interdit les méthodes naturelles ou artificielles susceptibles de causer des souffrances ou des dommages aux animaux ».

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Suspension possible de toute importation

Lors du débat parlementaire sur cette question hautement sensible auprès des consommateurs, plusieurs députés ont interrogé la Commission européenne sur sa position et ses intentions en matière de clonage. « Ce n’est pas seulement une question de sécurité alimentaire. Nous estimons aussi qu’en Europe nous avons des normes de production alimentaire et de bien-être animal très élevées. C’est aussi une question de bien-être animal et de confiance des consommateurs. Nous devons étudier ces questions sérieusement », a indiqué le président de la commission de l’agriculture du Parlement européen, Neil Parish (PPE, Royaume-Uni). Androula Vassiliou, commissaire européenne à la santé et à la sécurité alimentaire, a répondu que ses services suivent de près les développements scientifiques dans ce domaine et qu’ils sont « conscients des effets négatifs du clonage sur la santé et le bien-être des animaux ». Elle a affirmé que la Commission évalue actuellement « les décisions nécessaires qui sont à prendre et tient pleinement compte des aspects éthiques », y compris de l’avis du Groupe européen d’éthique qui « a conclu qu’il n’y a actuellement aucun argument convaincant pour justifier la production d’animaux clonés à des fins alimentaires ». Concernant les importations de produits alimentaires issus d’animaux clonés en provenance de pays tiers, la commissaire a indiqué que celles-ci « peuvent être suspendues si elles représentent une menace sérieuse pour la santé humaine ou animale ». Elle a précisé que la Commission va examiner si des restrictions « peuvent être mises en place sur la base des études effectuées et de l’avis scientifique de l’AESA ». Avant de prendre une position définitive sur le clonage, la Commission attendra par ailleurs les résultats à l’automne d’un sondage auprès des citoyens de l’Union européenne. Des citoyens traditionnellement très sceptiques sur ce type de bricolage alimentaire.