Interdiction de tous les pesticides dangereux, plus de contrôles pour endiguer les importations de faux miels et promotion des bénéfices du miel sur la santé. Tels sont les axes principaux de la stratégie à grande échelle et à long terme que les eurodéputés ont demandé à l’UE de mettre en place pour le redressement de l’apiculture communautaire.
La disparition des abeilles et la chute alarmante de la production du miel en Europe (rien qu’en France, la production est passée de 35 000 tonnes au milieu des années 90, à 9 000 tonnes en 2016, soit une chute des 3/4 de la production) poussent aux initiatives en Europe. Ainsi le Parlement européen a adopté une résolution votée à une très large majorité (560 pour, 27 contre et 28 abstentions) dans laquelle il appelle l'UE et les États membres à investir davantage dans la protection de la santé des abeilles, la lutte contre le miel frelaté et le soutien aux apiculteurs.
Plus concrètement, les eurodéputés demandent un plan d'action européen de lutte contre la mortalité des abeilles, des programmes de reproduction pour produire des abeilles résistantes aux espèces envahissantes (telles que Varroa destructor, le frelon asiatique ou la loque américaine), davantage de recherche pour développer des médicaments innovants pour les abeilles et augmenter leur disponibilité, l'interdiction des pesticides ayant des effets néfastes scientifiquement prouvés sur la santé des abeilles, y compris les néonicotinoïdes.
Pour accroître le soutien aux apiculteurs et promouvoir les produits apicoles, l'UE devrait augmenter de 50 % le budget des programmes apicoles nationaux et introduire un nouveau régime de soutien aux apiculteurs dans la Politique agricole commune pour l'après-2020. Les eurodéputés réclament par ailleurs des systèmes de compensation pour la perte des colonies d'abeilles. De leur côté, les États membres devraient faire davantage pour informer le public, et en particulier les enfants, des bienfaits de l'alimentation au miel et des utilisations thérapeutiques des produits de l'abeille.
Lutter contre les importations de faux miel
Conséquence de la disparition des abeilles, l’UE ne produit pas assez de miel pour sa propre consommation et doit donc recourir massivement aux importations pour couvrir ses besoins (lire ci-contre). Plus de 40 % du miel consommé dans l’UE sont aujourd’hui importés, un volume qui a doublé dans certains États membres au cours des 15 dernières années, alors même que le nombre de ruches et celui des apiculteurs ont augmenté au cours de la même période. Les apiculteurs de l'UE ont des coûts de production relativement élevés par rapport à leurs concurrents mondiaux, et les exportations limitées de miel de l'UE ont un prix plus élevé que les importations dans l'UE. Le miel importé – essentiellement de Chine, d’Ukraine, d’Argentine et du Mexique – présente plusieurs inconvénients parmi lesquels la non-conformité aux normes imposées aux apiculteurs de l’UE.
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Pour garantir que le miel importé réponde aux normes élevées de l’UE, les eurodéputés réclament notamment l’harmonisation des contrôles aux frontières et sur le marché intérieur, la soumission de l’ensemble du miel importé à des tests ainsi que le renforcement des exigences en matière de traçabilité. La Commission européenne est invitée à développer des procédures d'analyse en laboratoire efficaces et les États membres de leur côté se doivent d’imposer des sanctions plus sévères aux contrevenants.
Aux yeux des eurodéputés, le miel et les produits apicoles (gelée royale, propolis, pollen et cire d'abeille) devraient être considérés comme "sensibles" dans les négociations commerciales avec les pays tiers, voire même totalement exclus. Pour le rapporteur du Parlement, Robert Erdös (PPE, Hongrie), l’étiquette « mélange de miel UE et non UE » que l’on voit sur la plupart des miels vendus en grande surface, est « trompeuse et inacceptable. » Il propose de la remplacer par une indication claire des pays d’où proviennent les miels, et dans quels pourcentages.
L’UE, deuxième producteur de miel du monde
Quelque 600 000 apiculteurs européens produisent environ 250 000 tonnes de miel par an, ce qui fait de l’UE le 2e producteur mondial après la Chine. La France compte un peu plus de 40 000 apiculteurs, alors qu’ils sont un peu moins de 10 000 en Belgique et de 400 au Luxembourg. Les principaux pays européens producteurs de miel sont la Roumanie, l'Espagne et la Hongrie, suivis par l'Allemagne, l'Italie et la Grèce. L'UE importe environ 200 000 tonnes de miel par an, principalement depuis la Chine, l'Ukraine, l'Argentine et le Mexique. Des tests effectués par le Centre commun de recherche de la Commission européenne ont montré que 20 % des échantillons prélevés aux frontières extérieures de l'UE ou dans les locaux des importateurs ne respectaient pas les normes élevées de l'UE.