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Aliments/boissons/UE Le Parlement européen pour une meilleure protection des jeunes contre les publicités agressives

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Le Parlement européen demande à l'Union européenne une surveillance accrue de la publicité sur les denrées alimentaires et les boissons destinées aux enfants. Les eurodéputés soulignent que les enfants et les jeunes, qui souffrent de plus en plus des conséquences de la sédentarité et de l'obésité, sont plus sensibles à la publicité pour les aliments riches en graisses, en sel et en sucres. L'industrie alimentaire européenne s'en défend et rappelle à qui veut bien l'entendre qu'elle a pris depuis de longues années une série de « codes de bonne conduite » visant à protéger ce groupe de consommateurs vulnérables.

La résolution adoptée le 22 mai 2012 – à une très large majorité par les parlementaires européens – demande la mise en place « d’une stratégie de renforcemenr des droits des consommateurs vulnérables », selon la rapporteure, la socialiste espagnole Maria Irigoyen Perez. Les élus européens font part de leur inquiétude face à l'impact sur les consommateurs vulnérables de « la banalisation de la publicité comportementale et du développement des pratiques publicitaires intrusives en ligne, notamment au moyen des réseaux sociaux ». Ils demandent – à nouveau – à la Commission européenne de préparer « une analyse détaillée de l'impact de la publicité trompeuse et agressive sur les consommateurs vulnérables, notamment les enfants et les adolescents, d'ici la fin 2012 ». La résolution parlementaire souligne que les enfants et les jeunes qui « souffrent de plus en plus des conséquences de la sédentarité et de l'obésité, sont plus sensibles à la publicité pour les aliments riches en graisses, en sel et en sucres ».

Des actions ciblées
Selon les eurodéputés, l'Union européenne serait bien avisée de mettre en œuvre « des actions ciblées visant principalement les consommateurs vulnérables, au niveau tant de l'UE que des États membres, puisque, d'après les résultats du dernier sondage Eurobaromètre, moins de 50% des consommateurs se sentent informés et protégés ». La résolution recommande la mise en place de « campagnes d'information sur le régime alimentaire et la santé destinées aux enfants qui peuvent être exposés à de la publicité ciblée pour des produits alimentaires ou des boissons ». Certains députés, comme la Danoise verte Emilie Turunen, a même réclamé « l'interdiction totale des publicités sur l'alcool qui ciblent les jeunes, notamment au niveau d'Internet ». Sa collègue socialiste Christel Schaldemose n'est pas allée aussi loin et a demandé « une législation plus stricte qui empêcherait les producteurs de boissons alcoolisées de cibler les jeunes au moyen de techniques de marketing agressives ». D'autres eurodéputés ont fait part de leurs inquiétudes quant au fait que les règles juridiques variaient à travers les Etats membres de l'Union et qu'il n'existait pas de normes sur la commercialisation de l'alcool auprès des enfants et des jeunes adultes.

Nécessité d'une analyse en profondeur
S'ils saluent les initiatives d'autoréglementation et les codes de conduite mis en place par certaines entreprises alimentaires pour limiter l'exposition des enfants et des jeunes à la publicité pour les aliments et les boissons (par exemple les initiatives lancées dans le cadre de la Plate-forme d'action de l'Union sur l'alimentation, l'activité physique et la santé), les eurodéputés demandent à l'ensemble des parties prenantes d'éduquer et d'informer efficacement les enfants, les jeunes et les personnes qui en ont la charge sur « l'importance d'une alimentation équilibrée et d'un mode de vie sain et actif ». À cet égard, la Commission européenne est fermement invitée à procéder « à une analyse approfondie afin de déterminer si des règles plus strictes sont nécessaires concernant la publicité destinée aux enfants et aux jeunes ». La résolution parlementaire enjoint à la Commission d'inclure la protection des enfants parmi « les grandes priorités de l'Agenda du consommateur, en se concentrant notamment sur les publicités agressives ou trompeuses à la télévision et en ligne ». Lors de son intervention devant les eurodéputés, John Dalli, le commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs, a assuré que le nouvel Agenda du consommateur, dévoilé le 22 mai à l'issue du vote, tentera de répondre à certaines des préoccupations du Parlement.
« La Commission soutient sans réserve les avis des eurodéputés et estime qu'il est important de se pencher sur le problème de la vulnérabilité des consommateurs et ce point se reflétera dans l’Agenda du consommateur », a-t-il affirmé.

« Nous faisons le maximum pour protéger les jeunes... »
Se voyant montrée du doigt, l'industrie alimentaire s'enfonce dans ses petits souliers. « Nous ne visons pas cette tranche d'âge de la population dans la mesure où nous comprenons que les enfants constituent un groupe vulnérable », a indiqué un porte-parole de l'Association européenne des boissons non alcoolisées (Unesda). D'ailleurs, a-t-il ajouté, « nous avons décidé de ne pas vendre nos produits dans les écoles primaires de tous les Etats membres ». Idem chez la Confédération européenne des producteurs de spiritueux (Ceps) dont le nouveau directeur général, Paul Skehan, a indiqué à Agra Alimentation que les producteurs de spiritueux ont élaboré en interne « une charte et des codes de conduite que tout le monde respecte y compris aujourd'hui les producteurs de vins et de bières ». Celui-ci nous a affirmé que « entre développer nos affaires et prendre soin de ne pas porter atteinte à la santé des jeunes consommateurs nous considérons que nous enregistrons un bilan équilibré entre les deux ». Pour nous, a-t-il souligné, « la publicité que nous développons sur nos boissons s'adresse avant tout aux consommateurs adultes qui ont déjà consommé nos produits et pas à ceux qui ne sont pas encore consommateurs de boissons spiritueuses ou qui commencent à l'être ». Soucieux de se montrer convaincant, le responsable du Ceps nous a affirmé que par le biais de la publicité, son association « ne fait que de tenter de convaincre les consommateurs les plus âgés pour qu'ils boivent nos propres produits et pas ceux de la concurrence. Le but de nos publicités est en fait d'aider les consommateurs adultes à faire leur choix entre des produits ». Mme Pérez et d'autres partisans de cette résolution s'inquiètent surtout du fait que les Européens qui ont un accès limité à Internet puissent se décourager à l'idée de chercher des informations, par exemple par le biais du Réseau des centres européens des consommateurs, ou de porter plainte via des portails en ligne.
Parmi les autres dispositions de la résolution adoptée par le Parlement, les eurodéputés :
• exhortent les États membres à fournir des services gratuits pour les consommateurs vulnérables ou handicapés qui souhaitent lancer des processus de règlement extrajudiciaire des litiges en cas de réclamations ;
• encouragent la mise en place de services spécifiques destinés aux personnes qui n'ont pas accès à un ordinateur ou les personnes handicapées, y compris celles qui ne sont pas capables d'entendre ou de lire les informations sur leurs droits.

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