Les députés européens insistent, dans une résolution adoptée le 11 février en plénière, pour que la Commission européenne, très réticente sur le dossier, propose un dispositif obligatoire d'étiquetage de l'origine de la viande dans les produits transformés.
Le Parlement européen demande, dans une résolution adoptée le 11 février à Strasbourg, à la Commission européenne de présenter une proposition législative pour rendre obligatoire l'étiquetage du pays d'origine de la viande utilisée dans les produits transformés. Après le scandale de la viande de cheval découverte dans des plats préparés, les eurodéputés estiment qu'une telle mesure permettra de restaurer la confiance du consommateur et de garantir une meilleure traçabilité tout au long de la chaîne alimentaire. Dans son rapport sur la question, publié fin 2013, la Commission européenne concluait qu'un tel dispositif serait très trop coûteux pour la filière et n'empêcherait pas les fraudes. Selon Bruxelles un tel étiquetage pourrait entraîner une hausse de 15 à 20% des coûts de productions à laquelle s'ajoute le paiement des contrôles supplémentaires, ce qui conduirait à une augmentation globale des prix pour les consommateurs (1). C'est ce qu'a répété la Commission avant le vote. Mais pour les députés européens, qui ont adopté la résolution par 460 voix contre 204 et 33 abstentions, ces estimations sont exagérées comme le montrent d'autres études, menées par des associations de consommateurs. Plus de 90% des consommateurs européens se disent favorables à cet étiquetage, rappelle le Parlement européen, citant le rapport de la Commission européenne.
La France qui plaide depuis le début du scandale de la viande de cheval pour cet étiquetage – avec l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas – s'est félicitée de la prise de position du Parlement européen, espérant que cette démarche poussera la Commission à prendre une initiative.
Consommateurs contre transformateurs
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Les organisations de consommateurs de l'UE (BEUC) ont estimé qu'avec ce vote les eurodéputés avaient saisi « une occasion en or pour rectifier le tir » alors que « l'origine de la viande utilisée dans les saucisses, hamburgers et autres produits transformés en vente en Europe est actuellement entourée de mystère ». À l'inverse, EuroCommerce, représentant le secteur du détail et de gros, ou encore FoodDrinkEurope, la transformation, ont dénoncé une mesure qui pourrait affecter très négativement le secteur agroalimentaire en particulier les petites et moyennes entreprises. « Une renationalisation de l'offre n'irait pas seulement à l'encontre des objectifs du marché unique européen, mais cela pourrait également avoir un impact sérieux sur les prix des matières premières et, donc les prix à la consommation », prévient FoodDrinkEurope.
Pour les organisations et coopératives agricoles de l'UE (Copa-Cogeca), une analyse en profondeur des conséquences pour chaque filière doit être réalisée. À ce stade, le Copa-Cogeca estime que l'étiquetage de l'origine serait bénéfique aux secteurs de la volaille, des ovins et des caprins mais moins à la viande bovine.
(1) Voir n° 3441 du 31/03/2014