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Viande surgelée/Distribution Le patron de Tilly Sabco lance un circuit court à visée nationale

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L’expérimentation est à la mode : les groupes de distribution testent de nouveaux circuits, formats et concepts de vente, les agriculteurs sont invités à faire davantage de vente directe, et si les industriels semblent moins inventifs, Daniel Sauvaget, le patron de Tilly Sabco, veut faire exception. L’initiative qu’il vient de lancer vise à créer un circuit court pour trois types de viande surgelée avec des ventes itinérantes qui permettent d’écraser les coûts de distribution. Le concept « ecomiam.com », basé sur un partenariat avec des producteurs organisés, sera peut-être une révolution s’il réussit à s’étendre depuis la Bretagne jusqu’aux 180 villes françaises prévues d’ici 2011.

Le jour de l’ouverture de son site internet baptisé « ecomiam.com », Daniel Sauvaget, p.-d.g. de Tilly Sabco a présenté à Rennes le 2 juillet un nouveau concept de distribution de viandes surgelées (poulets entiers et découpes de porc et de bœuf) qui sont proposées aux consommateurs lors de tournées régulières en camions frigorifiques aux abords des villes. Le test effectué à Brest depuis avril sur la base d’une vente deux matins par mois près des Entrepôts frigorifiques brestois a été un succès puisque 25 000 poulets ont ainsi été écoulés en cinq demi-journées. Sous réserve de trouver des emplacements provisoires bien situés, le système réduit fortement les charges puisqu’une équipe de trois à cinq personnes installées dans une tente à côté du camion suffit à assurer la vente.
Qualité et prix bas en permanence
La viande est vendue en gros conditionnements et à très petits prix : les poulets par 8 ou 10 au prix de 2,24 euros le kilo, la viande de porc par colis de 6 kilos (à 4,48 euros le kg) et le bœuf par colis de 4,3 kg de steaks hachés (à 5,90 euros le kg). A chaque fois, la viande est issue de filières de production française de qualité, le Groupement des Monts d’Arrée pour le poulet, Prestor-Cecab pour le porc et le groupement Cialyn (qui contrôle la Sicavyl) pour le bœuf charolais.
Les tournées d’Ecomiam.com vont débuter le 13 juillet en Bretagne avec une fréquence d’une ou deux fois par mois selon la taille de l’agglomération, puis s’étendre progressivement vers l’est et le nord et avec un objectif de 180 villes dans toutes les régions de France à la fin de 2010.
Daniel Sauvaget, qui a créé la SAS Ecomiam détenue par sa holding de contrôle de Tilly Sabco, a opté pour un partenariat fort avec ces filières de production mais sans les engager à son capital. En revanche, « ce sont les groupements qui fixent leur rémunération, explique-t-il, c’est plus intéressant pour eux que de toucher des bénéfices, que nous ne prévoyons d’ailleurs pas importants ». Cette rémunération est selon les produits de 49 à 54 % du prix consommateur, celle du transformateur (Tilly Sabco pour le poulet, Prestor Cecab pour le porc, Convivial/Sicavyl/Cialyn pour le bœuf) va de 25 à 33 % et celle d’Ecomiam de 12,2 à 15,6 %.
Transparence complète
Ces éléments de rémunération des différents acteurs feront d’ailleurs l’objet d’une large information sur ecomiam.com, ceci afin de démontrer que le circuit court permet de vendre des produits de qualité au minimum 30 % moins cher que les produits « premier prix » et de laisser le maximum de valeur ajoutée à la production. « Cette politique de prix bas en permanence n’a donc rien à voir avec les achats spéculatifs par lesquels les enseignes font se succéder les promotions sans aucune transparence », insiste son promoteur.
L’investissement sera limité aux équipements périphériques au camion et à la communication, soit 400 000 euros pour 2009-2010. Le transport sera confié à des partenaires locaux qui s’approvisionneront à partir des entrepôts de la STEF.
Objectif : 20 000 tonnes en 2011
Le business plan de Daniel Sauvaget prévoit une montée en puissance progressive avec un chiffre d’affaires de 1,8 M EUR en 2009, de 18 M en 2010 et 45 M en 2011, date à laquelle les tonnages atteindraient 20 000 tonnes (dont 12 000 t de poulet) et l’effectif dédié 60 personnes. Le résultat de la société doit être positif à cet horizon, avec un objectif de rentabilité modeste de l’ordre de 1% du chiffre d’affaires.
L’étroitesse de la gamme étant une des conditions de la performance économique du système, Daniel Sauvaget exclut de « devenir un Picard ambulant », tout au plus offrira-t-il selon la saison des assortiments pour barbecue, des poules bio ou des pot-au-feu si la demande s’en fait sentir. Mais cela ne l’empêche pas de vouloir quand même « devenir un acteur reconnu sur le marché de l’alimentaire surgelé » car son concept se veut une réponse à la crise et cible les produits qui sont achetés en masse mais en assurant une qualité gustative garantie par des filières amont structurées et qui ont fait leurs preuves en ce sens.
Faire école ?
L’opération est à vrai dire hautement symbolique et pourrait faire du bruit d’abord dans l’Ouest mais ensuite au plan national au fur et à mesure de son déploiement sur le territoire. Le moment n’est en effet pas mal choisi vu la nouvelle donne du pouvoir d’achat des ménages et surtout la sensibilité croissante de l’opinion au débat public sur les questions de prix et de marges.
« Nous voulons démontrer ce que sont les vrais prix, affirme Daniel Sauvaget, il nous fallait pour cela inventer un réseau qui efface les écrans établis entre les filières de production agricole et les consommateurs. Ces écrans sont de trois sortes : la complexité des réseaux de distribution qui rend le gouvernement incapable d’installer le fameux Observatoire des marges effectuées sur la vente des produits agricoles ; la sophistication croissante de l’offre avec un recours aux techniques de marketing très élaborées qui ne permet plus une appréciation rationnelle de cette offre par le consommateur ; l’explosion des MDD qui rompt le lien entre les producteurs et les consommateurs ».

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