Les différents regroupements des structures de production porcine auxquels on assiste en Bretagne depuis plusieurs mois sont-ils de nature à faire évoluer le paysage industriel de l’abattage ? On peut légitimement se poser la question tant le rapport des forces entre producteurs et abatteurs a toujours déterminé la fixation du prix du porc vivant au marché du porc breton, et la vente en direct aux abattoirs.
Plantons d’abord le décor : 22 groupements rassemblant près de 8 000 éleveurs produisent environ 13 millions de porcs par an, soit la moitié de la production française ; une dizaine d'unités abattent et découpent près de 15 millions de porcs charcutiers par an et une soixantaine d’entreprises transforment les pièces en charcuteries-salaisons.
Or depuis 1999-2000, la croissance est stoppée, principalement en raison des règlements environnementaux. C’est une nouvelle ère après trente ans de développement ininterrompu. Les entreprises de production porcine doivent donc mettre en œuvre des solutions économiques nouvelles.
Une nouvelle ère
Le moment est propice car la production vit une nouvelle crise. Le prix du kilo de porc fixé au marché du porc breton – le marché au cadran de Plérin (Côtes d’Armor) fournit un prix de référence au travers de deux cotations hebdomadaires – a atteint 1,102 euro en moyenne en 2002, 1,012 euro sur les six première semaines de 2003, alors que le coût de production d’un kilo de porc se situe entre 1,36 et 1,38 euro.
Les rapprochements entre groupements s’inscrivent dans ce contexte. Les unions veulent notamment, disent-elles, écraser les charges fixes en mutualisant les investissements en génétique et proposer aux éleveurs des solutions techniques à leurs obligations environnementales.
Mais ces regroupements traduisent aussi des principes. Ainsi l’union formée dans les Côtes-d’Armor entre la coopérative de Broons et Porc Bretagne Ouest veut-elle « offrir aux éleveurs indépendants une alternative crédible face aux filières intégrées ». Le GIE de commercialisation Initia, formé de la coopérative Léon-Tréguier, Porfimad et Porc Bretagne Ouest, a pour objectif « de mieux valoriser la production des éleveurs ».
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En filigrane apparaît donc la volonté des producteurs de rééquilibrer à leur profit le rapport de force avec les abatteurs. « Les unions de groupements pourront tenir une position plus ferme avec un seul vendeur qu’en partant en ordre dispersé », analyse Jean-Pierre Joly, directeur du MPB.
Jean Floch, patron du groupe privé Bernard et Marchand dans le Morbihan, balaie d’un revers de main cette analyse. « Des regroupements ? Je ne vois aucune fusion, uniquement des structures qui s’allient en conservant leur identité. C’est un non événement : les vendeurs sont toujours les mêmes ».
A l’inverse, Raymond Laudrin, directeur d’Olympig (Josselin, Morbihan), société d’abattage-découpe à capitaux coopératifs (51 % CECAB, 34 % Unicopa…), voit la création de l’union Pigalys d’un très bon œil. Les quatre groupements de producteurs de porcs affiliés à son second actionnaire de référence lui apportent en effet 40 % de ses approvisionnements (42 000 porcs par semaine ou 2,1 millions par an). « Nous devons avoir une production forte pour alimenter nos outils», dit-il.
Une taille suffisante
Plus que jamais, cependant, « les industriels s’épient, regardent ce que fait le voisin », reconnaissent MM. Laudrin et Floch. Michel Rieu, économiste à l’Institut technique du porc à Toulouse (Haute-Garonne), pousse l’analyse plus loin : les entreprises bretonnes auront-elles demain la taille suffisante pour se positionner face à des entreprises du porc transnationales ?
Il souligne qu’en Allemagne, Duméco vient de prendre le contrôle de Moksel. Loin de lui l’idée selon laquelle le paysage porcin européen sera sous la coupe de ces multinationales, précise-t-il.
Mais il s’interroge, c’est vrai, se demandant même si les industriels bretons ne perdent pas un peu de leur pouvoir lorsqu’ils passent par des négociants allemands pour vendre hors de l’Europe.