La croissance externe des coopératives, qui avait fortement ralenti depuis 2003, semble repartir en 2006, en particulier en ce qui concerne les opérations avec les entreprises non coopératives. La réactualisation du « périmètre coopératif » que Coop de France a effectuée pour son assemblée annuelle montre également que le nombre de grands groupes coopératifs a bien augmenté depuis huit ans.
La dernière édition de l’Observatoire de la coopération agricole, mise au point à la veille de l’assemblée générale de Coop de France, qui se réunit le 7 décembre, montre que le mouvement de restructuration continue entre coopératives et que les opérations avec des entreprises non coopératives semblent s’accroître. Entre 1999 et 2002, les opérations de croissance externe menées par les coopératives et leurs filiales avaient fortement augmenté en valeur, en raison de plusieurs grosses acquisitions (Les Grands moulins de Paris ou Beghin Say, par exemple). Ensuite, de 2003 à 2005, on a assisté à un ralentissement des opérations, tant en valeur qu’en nombre. Ainsi, les mouvements avec des entreprises non coopératives (acquisition ou cession de filiales, partenariat) sont passés de 37 en 2004 à 30 en 2005.
2006 semble marquer une rupture avec déjà 31 opérations sur les 10 premiers mois de l’année.
Dix fois moins de CA cédé
D’ores et déjà, les volumes de chiffre d’affaires échangés progressent très fortement par rapport à 2005 et le solde (acquisitions – cessions), négatif ces deux dernières années, redevient largement positif à près de 772 millions d’euros. Le volume de chiffre d’affaires acquis s’élève à 850 millions d’euros alors que le volume cédé est de 77,5 millions d’euros.
Pour s’en tenir aux mouvements touchant les industries alimentaires, on citera les rachats de la boulangerie Krabansky par Nutrixo (Groupe Cham-pagne Céréales), du fabricant de pâtisseries surgelées Délices de Ninon par Delmotte (filiale de Coop de Broons), la prise de participation prévue de 20 % dans Stalaven par Euralis, le rachat de Magicien Vert par Delpeyrat (Groupe Maïsadour), celui de la salaisonnerie Argoat Le Hir (qui venait de reprendre la marque Michel Caugant) par Unicopa, et celui de l’abattoir de volailles Banchereau par Terrena Viande.
Dans le secteur laitier, les mouvements sont divers : depuis l’entrée de Centre Lait au capital des Fromageries occitanes (Groupe 3 A), la fusion des coopératives d’Oradour, de Pierrefort et de Valuéjols, celle des coopératives de base de Riches Monts (Cla, Calc, Dfsn, Cala et Clc) ou la création de la coopérative La Blanche Hermine suite au dépôt de bilan de la laiterie Nazart jusqu’à la prise de participation par Sodiaal de 10 % d’Orlait (prévu pour devenir majoritaire un jour) et au projet de reprise de la Fromagerie du Velay à Bongrain dans le cadre d’une joint-venture, tandis que Unicoolait envisage de céder ses 49 % de Nicoolait SA au groupe Lactalis.
Dans les secteurs viandes, la Cavac a rejoint Agrial, la Cam et Coopagri Bretagne dans le groupement Capig, Porcial-Laurial et l’Union Arca ont mis en commun leurs activités abattage et transformation de viande porcine.
Dans le vin, 12 coopératives ou groupes coopératifs ont constitué OVS pour lancer à l’export la marque Chamarré. Et, par rapport aux autres années, les rapprochements ont été plus nombreux dans toutes les régions viticoles.
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Dans le sucre, tandis que Tereos a revendu Artenay AgroDéveloppement (céréales pour petit déjeuner) à Sevenday, le groupe sucrier a pris 50 % de la sucrerie de Marromeu au Mozambique et sa filiale tchèque a pris le contrôle de Vidy, le rapprochement entre SDHF et Tereos a été ratifié, Cristal Union a fusionné avec Erstein et ses activités commerciales européennes ont été fusionnées avec celles de Nordsücker et de ED&F Man dans Eurosugar.
Enfin, Cecab a pris le contrôle de Globus, le numéro 1 hongrois de l’agroalimentaire pour former le n°2 européen de la conserve de légumes.
Léger regain des accords entre coopératives
Le nombre annuel de rapprochements entre coopératives est en légère progression alors qu’il était en régression depuis la création en 1999 de l’Observatoire économique de la coopération (36 sur les 10 premiers mois de 2006, contre 30 en 2005, 49 en 2004 et 63 en 2003).
Alors que 2005 a été marqué par quelques partenariats importants entre groupes coopératifs et groupes « privés » (création d’Entremont Alliance entre Unicopa et Entremont, création d’Ovoteam entre Coopagri Bretagne et Glon, création de Nutréa entre Unicopa et Evialis), 2006 semble indiquer un redémarrage à l’international (rachat du hongrois Globus par Cecab, de la sucrerie mozambicaine Marromeu par Tereos, du japonais Mikado Seed par Vilmorin, la filiale de Limagrain) et la poursuite de la diversification des groupes polyvalents Euralis (prise de participation dans Stalaven) et Maïsadour (rachat de Magicien Vert par Delpeyrat).
Il faut noter une progression toujours très marquée du nombre de groupes de taille importante. A titre d’illustration, on compte aujourd’hui 17 groupes de plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires, alors qu’ils n’étaient que 10 en 1998.
Dans l’industrie agroalimentaire, la coopération réalise un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros et détient, du moins sur les secteurs où elle intervient, une part significative (estimée à 40 %), les maximums étant observés dans le cidre (80 %), les vins de pays (70 %), le sucre (62%) et l’alimentation animale (60%). Dans les autres activités la part des coopératives est un peu moindre : maïserie 50 %, viande porcine 47 %, malterie 40 %, vins AOC 40 %, meunerie 40 %, industrie laitière 37 %, viande bovine 36 % et champagne 30 %.