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Le plan de bataille de Fillon pour une agriculture « forte et conquérante »

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François Fillon, le candidat Les Républicains victorieux à la primaire de la droite et du centre, présente un programme ambitieux pour l’agriculture française. Il mise sur la liberté d’entreprendre, la recherche scientifique et la compétitivité portées par une puissance publique crédible.

« Les politiques actuelles sont incapables de donner au monde agricole une vision d’avenir », affirme François Fillon dans le programme qu’il a défendu à la primaire de la droite et du centre. « L’excès de charges, l’excès de normes, l’excès de contrôles, l’instabilité réglementaire, les conditions de concurrence qui se dégradent, une négociation des prix déséquilibrée, l’abandon des outils de régulation, le manque d’appui des pouvoirs publics, la faiblesse de la France dans le débat communautaire, la gestion des crises au coup par coup » : les critiques à l’égard du pouvoir en place sont sévères. Pour, selon lui, remettre la filière agricole française en état de marche et lui permettre de redevenir « forte et conquérante », le candidat propose un programme qui s’appuie notamment sur l’allégement des charges, l’assouplissement des normes et la mise en place d’un « principe de responsabilité » à la place du « dévoyé et arbitraire » principe de précaution. Dans sa philosophie générale, il s’agit d’un programme somme toute assez proche de celui du candidat Sarkozy et du finaliste Juppé. La différence majeure entre les deux finalistes s’observant au niveau des relations géopolitiques. Car parmi ses « mesures immédiates », François Fillon annonce « la fin des sanctions contre la Russie qui tuent un marché important sans aucun gain diplomatique ».

Alléger normes et charges

François Fillon s’engage à réduire les charges et les normes qui pèsent sur les agriculteurs. Il souhaite « simplifier drastiquement le droit des entreprises agricoles pour laisser les agriculteurs choisir librement la forme juridique de leur entreprise ». Elles bénéficieront de l’allégement des charges de 50 milliards d’euros – financé par une hausse du taux de TVA – (concept de la TVA sociale) qu’il promet à toutes les entreprises françaises. Au niveau social, les agriculteurs seront également traités comme les autres : François Fillon compte harmoniser « les régimes spéciaux pour les faire basculer vers le régime général ».

Pour desserrer le « carcan des normes », François Fillon souhaite sortir le principe de précaution de la Constitution et le remplacer par un « principe de responsabilité » afin de relancer l'expérimentation et la recherche, notamment en génétique. Il s’engage également à abroger toutes les normes plus sévères en France que ne l’exige le droit européen, et de ne plus surtransposer aucune directive européenne.

Défendre les intérêts des agriculteurs

Dénonçant un ministère de l’Agriculture qui « n’est plus audible, ni en France ni en Europe », François Fillon compte resserrer la vis. Il veut un ministre qui sache faire entendre, au niveau européen, la conception française de la Pac – la fin du découplage des aides notamment – et qui défende la préférence communautaire. Les agents du ministère, quant à eux, verront leur feuille de route rédigée dans un contrat d’objectif. Le ministère sera d’ailleurs en charge de « l’ensemble des activités liées à l’alimentation et à l’espace rural ».

Sur la gestion des risques, François Fillon propose de « faire de la déduction pour aléa un ”compte épargne aléas climatiques” alimenté librement pendant les années de bonnes récoltes, utilisable en cas de pertes d’exploitation, et très simple de mise en œuvre ». Ce compte pourra représenter « une année de récolte ». Il souhaite également mettre en place des outils assurantiels « souples ».

Le candidat à l’élection présidentielle s’engage par ailleurs à redonner du poids aux agriculteurs dans les négociations commerciales en facilitant le regroupement « en organisations de producteurs de taille significative ». Ils pourront ainsi « mieux défendre leurs marges ». En parallèle, François Fillon compte « encadrer par la loi la négociation des contrats, pour que la négociation entre les producteurs et les industriels rééquilibre la négociation entre les industriels et les distributeurs ».

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En France et à l’étranger, François Fillon veut soutenir la production française, dans sa diversité. « Je veux que toutes les entreprises agricoles – la petite et la grande, l’indépendante et la sociétaire, celle qui vend localement et celle qui exporte loin de chez nous – trouvent les moyens, publics et privés, de leur développement », annonce-t-il. Pour les exploitations qui font de « la production et la vente en circuit direct », il envisage la mise en place d’un crédit d’impôt, et de prêts d’honneur « circuits directs agricoles » sans intérêts, ni garantie.

Pour faire la différence face à la concurrence étrangère, il propose de faire mention de l’origine des produits sur les emballages et d’afficher sur l’étiquette des produits (vendus en grande distribution) le prix d’achat à l’agriculteur.

Enfin, il s’engage à soutenir l’investissement des exploitations.

Avec son programme, François Fillon ne compte pas seulement redresser l’agriculture, il espère s’appuyer sur une agriculture forte pour redresser l’économie française. « Je veux que les entreprises agricoles renouent avec la croissance pour créer de l’emploi. […] Dans chaque exploitation, il y a du travail pour une personne de plus ».

Il reste encore du chemin à parcourir pour le candidat des Républicains. Sortir victorieux de la présidentielle bien entendu, mais pas seulement. S’il gagne l’Elysée, il devra ensuite nommer le ministre qui ira se frotter à la Commission européenne afin de défendre la vision de la France pour « une Pac ambitieuse, réactive et flexible ». Rien ne dit que le ministre de Fillon, lorsqu’il ira à Bruxelles, ne se heurtera pas au même mur que Stéphane Le Foll.

François Fillon annonce « la fin des sanctions contre la Russie qui tuent un marché important sans aucun gain diplomatique »

Michel Portier et Xavier Beulin soutiennent la fin du principe de précaution

« Si j’avais dû écrire le programme de qui que ce soit, j’aurais écrit la même chose », a confié Michel Portier, directeur général d’Agritel à Agra Presse, au sujet des propositions agricoles de François Fillon. Il estime que ce programme correspond à « ce que les agriculteurs ont envie d’entendre » et que « s’il est mis en œuvre, les agriculteurs ne peuvent pas être contre ». Il souligne notamment le bien-fondé de la fin de la surtransposition des normes européennes, la reprise du dialogue avec la Russie ou la mise en œuvre de l’épargne de précaution. Mais il soutient avant tout la suppression du principe de précaution dans la Constitution. Car il estime qu’« il ne faut surtout pas s’interdire des axes de recherches », comme « la génétique, les biotechnologies, ou le gaz de schiste ». Xavier Beulin, président de la FNSEA a tenu le même discours sur la question le 29 novembre à l’APCA.