Les propositions présentées le 7 septembre par la Commission européenne aux ministres des Vingt-huit dans le cadre d'une enveloppe de 500 millions € sont « loin d'être suffisantes », avertissent les organisations professionnelles majoritaires et les coopératives agricoles de l'UE membres du Copa-Cogeca, qui avaient appelé à une vaste manifestation à Bruxelles, comme l'avait fait de son côté l'European Milk Board. Selon elles, la Commission sait qu'il y a une crise dans le secteur mais refuse de la traiter.
Le paquet d'aides de 500 millions € présenté le 7 septembre par la Commission européenne au Conseil des Vingt-huit (1) « n'est en aucun cas suffisant pour compenser les agriculteurs pour les pertes de leur principal marché d'exportation, la Russie, soit 5 milliards € par an », a déploré le même jour Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca (organisations professionnelles majoritaires et coopératives agricoles de l'UE). « Il y quelques éléments positifs dans ce paquet, mais il est loin de nos attentes, a-t-il souligné. Il comporte très peu de mesures pour aider à gérer le marché ou faire face à la volatilité croissante et aux problèmes à court terme ». « Nous accueillons favorablement le fait que les programmes de promotion de l'UE aient été renforcés et que la Commission accélère le travail pour trouver de nouveaux marchés, mais cela prend du temps », a également noté Pekka Pesonen.
« La Commission sait qu'il y a une crise grave dans le secteur, mais refuse de la traiter », a affirmé le secrétaire général du Copa, qui a toutefois adouci quelque peu ses critiques le lendemain, saluant, entre autres, « le fait que les ministres aient convenu de discuter d'une augmentation du prix d'intervention pour le lait ».
Retourner la totalité du super-prélèvement laitier au secteur
Le Copa-Cogeca est satisfait qu'une partie de « l'énorme facture de 900 millions € » du superprélèvement 2014/15 imposé aux producteurs de lait retourne au secteur, mais se déclare déçu que la totalité de ces fonds ne revienne pas à celui-ci. Accueillant favorablement l'amélioration prévue de l'aide au stockage privé de la poudre de lait écrémé, il déplore en revanche que les prix d'intervention n'aient pas été réévalués. Par ailleurs, tout en accueillant favorablement l'avance sur les paiements directs 2015, les organisations agricoles de l'UE jugent « crucial » qu'elle soit versée sans attendre que tous les contrôles soient effectués. Elles se disent aussi déçues que la question des assurances de crédit à l'exportation n'ait pas été évoquée.
La viande bovine oubliée
Le Copa-Cogeca salue le nouveau régime d'aide au stockage privé de la viande porcine, mais estime qu'il faut tirer les leçons du précédent dispositif mis en œuvre en la matière en avril-mai, prévoir une compensation plus élevée et inclure les graisses et le lard.
Enfin, il déplore l'affirmation de la Commission selon laquelle le secteur de la viande bovine se porte bien, alors que des « mesures ciblées » comme l'aide au stockage privé sont nécessaires, les revenus des éleveurs étant « très bas ». Les organisations agricoles estiment qu'un observatoire du marché doit être mis en place, et les exportations intensifiées avec des fonds de garantie pour couvrir les risques sur les nouveaux débouchés.
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European Milk Board : « De la poudre aux yeux »
L'European Milk Board (EMB) estime que, pour les producteurs de lait, le résultat du Conseil agricole de l'UE du 7 septembre est « très décevant, voire même une provocation » et que les mesures annoncées « ne sont que de la poudre aux yeux ». Selon lui, l'avance sur les paiements directs « peut offrir un soutien de courte durée », mais il faut, parallèlement, « réduire les volumes produits et adapter l'offre à la demande du marché, afin de stabiliser la situation du secteur ». Quant au prolongement du programme de stockage privé, « les derniers mois ont montré que cette mesure n'a pour ainsi dire aucun effet », affirme l'EMB
Coordination européenne : « Une goutte d'eau pour éteindre un incendie »
La coordination européenne Via Campesina, qui, comme l'European Milk Board, réclame des mesures de maîtrise des volumes de lait produits, juge que, « face à la gravité de la situation, les mesures annoncées – aide directe, augmentation de la capacité de stockage privé, promotion des produits à l'export –, apparaissent dérisoires, voire cyniques quand il s'agit de fournir du lait au migrants ». « Une goutte d'eau pour éteindre un incendie », selon elle.
(1) Voir même numéro
Plus de 7 000 agriculteurs et quelque 1 500 tracteurs, selon les chiffres de la police belge, ont manifesté le 7 septembre dans les rues de Bruxelles pour exiger des mesures d'urgence pour le secteur agricole. La démonstration réunissait d'un côté le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles majoritaires de l'UE) – quelque 6 000 manifestants dont une majorité de représentants français de la FNSEA et des JA (environ 3 500) – et de l'autre l'EMB (European Milk Board) – en nombre moins important, dont une part significative de représentants de la Coordination rurale – soutenu par Via Campesina. Des confrontations parfois violentes ont opposé les membres de l'EMB aux forces de l'ordre sur lesquelles ont été lancés des œufs, de la paille ou encore des fruits. Des heurts ont également eu lieu entre manifestants de l'EMB, qui s'étaient installés très tôt rond point Schumann, juste devant les bâtiments du Conseil et de la Commission européenne, et ceux du Copa-Co-geca, arrivés sur les lieux vers midi après un défilé dans les rues de Bruxelles, qui n'ont pas pu y accéder.
« Il y a eu une double manifestation aujourd'hui et, dans les discours de l'EMB, les coopératives ont été clouées au pilori et présentées comme la cause du malheur des agriculteurs », a regretté Christian Pèes, président de la Cogeca, qui s'est désolidarisé des actes de dégradation (poubelles et pneus brulés...) qui ont pu être commis.