Le train de mesures présentées par gouvernement à la filière viticole a déçu les viticulteurs. Une enveloppe de 70 millions d’euros sera consacrée à la gestion de crise, dont 55 millions d’euros de prêts à taux bonifié. 3,5 millions d’euros seront notamment consacrés à l’aide à l’exportation, tandis que distillation, utilisation des moûts et arrachage sont prévus pour limiter les surproductions à l’avenir.
« Une liste à la Prévert ». C’est en ces termes que Jean Huilliet, le président désabusé de la Confédération française des vins de pays, a caractérisé les différentes mesures que le ministre de l’Agriculture, Dominique Bussereau, et son secrétaire d’État, Nicolas Forissier ont présentées à la filière viticole le 31 janvier. Dans un contexte de crise aiguë, caractérisée par une surproduction importante, une baisse de la consommation dans l’hexagone et un recul à l’export face aux vins du nouveau monde, le plan de soutien aux viticulteurs en difficulté a unanimement été considéré comme insuffisant. Pour Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, les « moyens ne sont pas à la hauteur des ambitions », tandis que Denis Verdier, président de l’Onivins et de la CCVF (Confédération des caves viticoles françaises), estime que « ce plan constitue une première étape ».
3,5 millions d’euros d’aide à l’exportation
Une enveloppe de 70 millions d’euros a ainsi été débloquée dont la majeure partie (55 millions) sous forme de prêts à taux bonifiés pour les exploitations viticoles. 40 millions d’euros de prêts à taux préférentiels permettront aux vignerons d’étaler leurs échéances bancaires sur 5 ans tandis que 15 millions d’euros sont destinés aux coopératives. Le plan prévoit également d’affecter 3 millions d’euros en 2005 aux viticulteurs en difficulté, au titre d’Agridiff, et au Fonds d’allégement des charges auxquels s’ajoutent 8,5 millions d’euros en aides exceptionnelles de trésorerie, avec une priorité aux jeunes agriculteurs. De plus sont prévues dès cette année des aides conjoncturelles concernant le départ en préretraite de quelque 500 viticulteurs, pour un coût de 2,7 millions d’euros par an sur 5 ans. Autre mesure, plus structurelle cette fois, pour stimuler les ventes de vins français à l’export, une aide de 3,5 millions d’euros sera également accordée à la profession, contre 5 millions débloqués l’an dernier.
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Distillation et utilisation des moûts pour la chaptalisation
Concernant la surproduction, qui touche cette année les AOC à hauteur de 2 millions d’hectolitres sur les 2,5 millions d’hectolitres d’excédents, toute une série de mesures ont été évoquées par le ministre. Compte tenu du poids des AOC, Dominique Bussereau s’est ainsi engagé à solliciter auprès de Bruxelles l’ouverture d’une distillation de crise avec un prix majoré, en précisant toutefois que l’indemnité européenne ne serait pas complétée par une aide nationale. Dans la même logique, le ministre s’est également déclaré prêt à soutenir l’utilisation de moût de concentrés pour la chaptalisation en remplacement du sucre de betterave, à condition que les moûts soient produits localement. Enfin, autre mesure structurelle pour limiter les surproductions à l’avenir, le gouvernement s’engage à satisfaire les demandes d’arrachage définitif, pour lequel il compte demander à Bruxelles des aides supplémentaires, auprès des bassins de production qui présenteront une demande collective unanime en ce sens. Ainsi les professionnels du Bordelais, dont la demande concerne 10 000 hectares sur 5 ans sur un total de 123 000 hectares, seront les premiers à rencontrer le ministre le 17 février. D’autre part, un nouveau point est prévu le 31 mars entre le ministre et la filière.