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Réactions syndicales Le plan Ecophyto 2018 ne surprend pas

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Professionnels et industriels « prennent acte » de la version officielle du plan Ecophyto 2018, dans la stricte ligne du rapport remis à Michel Barnier en mai par Guy Paillotin. Le sujet n’apparaît pas au cœur des préoccupations des céréaliers, soucieux dans un premier temps de maintenir à court terme l’efficacité de leurs conditions de production. Les industriels se montrent pour leur part toujours aussi sceptiques, même s’ils apprécient certaines mesures du plan. Les associations environnementales, quant à elles, demandent à voir la mise en pratique.

Que ce soit du côté des professionnels ou des industriels, la divulgation par le ministère de l’Agriculture du contenu du plan Ecophyto 2018 ne provoque pas la surprise. Rappelons que les huit axes du plan s’appuient précisément sur le rapport remis par Guy Paillotin en mai dernier. Et, en ce qui concerne la mise en œuvre pratique des 105 mesures annoncées, le texte reste très flou. Dans son communiqué publié le 11 septembre, Orama, branche spécialisée dans les grandes cultures de la FNSEA, « prend acte du réalisme » du plan, tout en restant « vigilante » quant à son application concrète. Le syndicat souhaite avant tout que « les pouvoirs publics se comportent avec résolution quant aux moyens de production dont doivent disposer les exploitants ». Des propos qui prennent une signification très concrète à court terme : réhomologuer des traitements de semences comme le Gaucho (imidaclopride) ou le Régent (fipronil), et autoriser l’utilisation à large échelle de nouveaux produits comme le Cruiser (thiaméthoxam) ou le Poncho (clothianidine).

Homologuer les traitements de semence

A l’occasion d’une conférence de presse organisée à Rennes le 9 septembre, Orama a rappelé « l’impasse totale pour 2009 » dans laquelle les maïsiculteurs risquent de se trouver faute d’insecticides autorisés. Les carbamates n’ont pas réussi à obtenir le sésame européen de l’annexe 1, et les solutions alternatives ne fonctionnent pas. Dans la même logique, le syndicat souhaite la levée de la clause de sauvegarde sur le MON 810 et la publication des décrets de la loi sur les OGM votée fin juin. Orama demeure également très vigilant au sujet de la révision de la directive européenne 91/414 sur la mise en marché des phytos. Des sujets de portée immédiate qui priment par rapport à un plan Ecophyto 2018 encore assez flou dans sa mise en pratique.

Un plan « irréaliste »

Côté industriels, l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes) ne change pas sa position par rapport au printemps. « Nous sommes convaincus que l’objectif de réduire de 50 % les pesticides d’ici 10 ans est irréaliste », résume Jean-Charles Bocquet, directeur de l’Union. Car il faudra plus d’une décennie pour mettre au point des méthodes alternatives suffisamment efficaces pour « préserver la compétitivité de l’agriculture française », remarque le syndicat dans un communiqué publié le 11 septembre. Cela n’empêche pas l’organisation de se montrer favorable à certaines idées du plan. Elle souhaiterait même accélérer les mesures liées aux axes 4 (formation à la réduction et à la sécurisation de l’utilisation des pesticides) et 5 (renforcement des réseaux de surveillance des bioagresseurs).

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Créer de nouveaux indicateurs rapidement

« La prise en compte d’indicateurs d’impacts et de risques est une très bonne évolution », juge également Jean-Charles Bocquet. Encore faut-il que les indicateurs d’impacts soient vite créés, comme l’a été le Nodu (Nombre de doses unitaires), afin de mesurer rapidement les progrès réalisés. Le syndicat regrette par ailleurs que les nouvelles substances actives ne fassent pas partie des innovations prises en compte dans l’axe 3. Et il signale dans son communiqué que « les critères des 53 substances les plus préoccupantes doivent respecter strictement la réglementation européenne » …. Ce qui n’a pas été le cas pour 7 des 30 substances ayant fait l’objet d’un avis de retrait. L’UIPP souhaite en tout cas être intégrée aux groupes de travail régionaux et nationaux qui vont se mettre en place pour gérer la pratique.

Vigilance quant au suivi

Les associations environnementales restent pour leur part attentives à la mise en œuvre du plan. « Une volonté politique apparaît pour réduire l’utilisation des pesticides, et ce plan est globalement satisfaisant, signale Jean-Claude Bévillard, secrétaire national de France nature environnement en charge des questions agricoles. I l est essentiel désormais d’assurer le suivi de cet objectif de réduction ».