Soutenu par l’Itab, le Planet score se diffuse chez les producteurs, les industriels et les distributeurs, en France comme en Europe. Il devrait même s’inviter dans les rayons cet été, alors que ses propositions sur les pesticides ou le bien-être animal continuent de rencontrer l’opposition d’une partie des professionnels.
Sur la scène du cinéma Le Balzac, à quelques pas des Champs Elysées, le patron de Naturalia Allan Zeitoun adopte un ton guerrier. « Si nous sommes contents de nous, nous perdrons le combat. Pour contrer les stratégies d’évitement qui seront agressives, il faudra faire en sorte que le gouvernement mette en place le Planet score de manière généralisée. »
Le Planet score n’est que l’un des dix-huit projets d’expérimentation lancés début 2020 avec le soutien du gouvernement et de l’Ademe, en vue de généraliser un affichage environnemental. Mais c’est aujourd’hui l’initiative qui affiche le plus grand nombre de soutiens dans l’ensemble de la chaîne agroalimentaire, tout en faisant parler d’elle dans les médias. Une popularité liée aux efforts sur les méthodes de calcul, mais aussi à l’ajout d’indicateurs complémentaires à la note générale. Le Planet score fournit aussi des informations sur le climat, la biodiversité, les pesticides, et le bien-être animal.
Les deux derniers sujets pourraient cependant disparaître dans l’affichage environnemental officiel, selon le rapport transmis par le gouvernement au parlement en début d’année. Concernant les pesticides, le rapport du Conseil scientifique estime notamment que la prise en compte des effets des pesticides sur la santé humaine « sort du périmètre de l’affichage environnemental ». De plus, alors que les agences fixent des limites maximales de résidus dans les produits alimentaires, un affichage sur ce sujet risque de « soulever des risques importants de contestation ».
Le Planet score poursuit sa route
« Nous avons testé des affichages sans les termes radioactifs sur le bien-être animal et les pesticides, mais ce n’est pas ce que les consommateurs veulent », défend Sabine Bonnot, présidente de l’Itab et architecte du Planet score. Pour preuve, répète-t-elle, un sondage commandé par les acteurs du Planet score montre que 63 % des consommateurs préfèrent cet affichage, avec sous-indicateurs détaillés, contre seulement 12 % pour son concurrent principal, l’Ecoscore, qui ne présente qu’une note agrégée.
Une orientation confirmée par Carrefour, comme le rappelle Sabine Bonnot. Après avoir testé l’Ecoscore sur 300 000 produits dans sa boutique en ligne, le distributeur avait estimé dans une synthèse publiée en décembre 2021 que le bien-être animal et les pesticides « devraient être plus valorisés ».
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Cet effort de transparence semble d’ailleurs plutôt convaincre les distributeurs, qui sont de plus en plus nombreux à rallier la cause du Planet score. Monoprix, Franprix, Lidl ou encore Biocoop et Naturalia devraient tous prochainement afficher leurs notes environnementales détaillées en ligne. Karine Viel, directrice développement durable Monoprix, confirme d’ailleurs sur Twitter : « Il est important de ne pas faire l’impasse sur les deux sujets qui sont ceux qui préoccupent le plus les consommateurs : pesticides et bien-être animal. »
Bientôt dans les rayons
Ce sont cependant les poulets de Loué qui afficheront les premiers le Planet score directement sur leurs produits. « Au plus tard au début du mois d’août sur les œufs, et plutôt au mois d’octobre sur la découpe », annonce Yves de la Fourchardière, président des fermiers de Loué. Une avance comparable selon le dirigeant au virage amorcé sur le bien-être animal. « Il y a quatre ans, nous étions les seuls, mais le sujet s’impose aujourd’hui dans de nombreuses organisations », rappelle Yves de La Fouchardière.
De même, annonce Alix Renaud, chargée de développement chez Olga (ex-Triballat-Noyal), le Planet score figurera « sur tous les opercules des pots de 400 g de Sojade dans plus de trente pays ». Chez Naturalia (groupe Monoprix), Allan Zeitoun confie également que l’on « se pose la question de faire du on-pack ». « L’affichage sur les emballages est vraiment l’idéal », encourage Sabine Bonnot, présidente de l’Itab et architecte du Planet score, alors que le rapport du gouvernement publié en janvier 2022 ouvre la porte à un affichage dématérialisé en ligne.
Selon le calendrier prévu par le gouvernement, l’Ademe affine actuellement les méthodes de calcul d’une future méthode officielle, en vu de la tester sur plusieurs centaines de milliers de produits à l’automne. Mais le Planet score prend les devant sur ce calendrier, voire sur l’agenda européen. Alors que la Commission travaille sur l’encadrement des allégations environnementales qui ne devrait pas être publié avant 2024, Sabine Bonnot est déjà en contact avec des entreprises, ONG voire des gouvernements en Allemagne, en Italie, en Espagne, ou encore aux Pays-Bas. En France, la loi climat promulguée en 2021 donne aux acteurs jusqu’en 2026 pour se mettre d’accord avant un affichage environnemental obligatoire.