Le bilan 2014 de la consommation de poissons en conserves est en demi-teinte. D'un côté, les consommateurs sont au rendez-vous, de l'autre les producteurs souffrent de la guerre des prix dans la grande distribution.
Malgré des prix de vente en baisse, le marché en volume du poisson en conserve est en légère progression, preuve que « la consommation est au rendez-vous », explique Jean-François Hug, président de la Fiac (Fédérations des industries des aliments conservés) et également p.-d.g. du groupe Chancerelle (marques Connétable et Phare d'Eckmühl). En 2014, plus de 9 Français sur 10 ont acheté des conserves de produits de la mer, soit 119 100 tonnes, essentiellement du thon (71 435 t), maquereau (18 690 t) et de sardines (15 505 t), pour un total de près de 1,04 milliard d'euros, avec un prix moyen de 8,70 €. En comptant la restauration hors domicile, la consommation atteint près de 220 000 tonnes au total (source FranceAgriMer d'après KantarWorldPanel).
Une consommation essentiellement tirée par les innovations, mais qui n'empêche pas une certaine inquiétude de la profession. En effet dans un contexte toujours élevé du prix des matières premières, la pression sur les prix dans la distribution continue d'étrangler toujours un peu plus les producteurs. Selon l'IRI, sur un an à mai 2015, les prix ont encore baissé de 1,6 % dans la conserve de poissons, avec des différences notables par segment où « le recul peut atteindre jusqu'à 4 % dans certaines familles de produits », note ainsi Jean-François Hug, rappelant que ce sont les marques nationales qui payent le plus lourd tribut à cette guerre des prix dans la grande distribution.
LA FILIÈRE REPRÉSENTE 2 500 EMPLOIS DIRECTS
C'est donc avec le plus grand intérêt que la profession regarde ce qu'elle appelle « les ententes officielles », à savoir les accords de prix négociés dans le secteur de la viande dernièrement entre le gouvernement, les producteurs et les distributeurs. « Et qu'en est-il des autres professions ? », s'interroge ainsi le président de la Fiac. La filière française de la conserve de poisson représente 2 500 emplois directs en Bretagne, Sud-Finistère et Vendée essentiellement et 7 000 emplois indirects et les fabricants ont réalisé un chiffre d'affaires d'environ 850 millions d'euros l'an dernier. Avec un prix moyen de 7,90€ (thon), 10 € (sardine) et 12€ pour les tartinables, les conserves de poisson sont parmi les protéines animales les moins chères du marché.
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Outre le constat sur « cette politique à deux vitesses », se pose également « un problème de fond sur la nécessité de maintenir les produits à base de poissons dans une alimentation variée, dans un pays où comme la France, nous sommes dépendants des pêches hors de nos frontières et où la traçabilité est importante », rappelle Jean-François Hug. Un problème non seulement économique, mais aussi sociétal. Si la diversité nutritionnelle est une priorité, il est tout aussi primordial pour les fabricants de pouvoir s'approvisionner en matières premières de qualité.
UNE CHARTE D'ENGAGEMENTS QUI ÉVOLUE
C'est dans cette optique d'exigence que les 16 fabricants français, tous membres de la Fiac et représentant environ 98 % de la filière, ont adopté une Charte d'engagements en 2014. Une démarche collective responsable qui va même au-delà des obligations légales. Cette charte s'articule autour de 8 thèmes : promouvoir les ressources maritimes, promouvoir une pêche durable, respecter l'environnement, contrôler la qualité des produits, assurer une sécurité sanitaire optimale, garantir une traçabilité rigoureuse, conserver les qualités nutritionnelles des poissons et remplir un rôle citoyen. Des nouveautés sont venues l'enrichir en 2015. Ainsi pour suivre l'état des stocks en poissons, les conservateurs ont sollicité le bureau Veritas pour la mise en place d'une banque de données des ressources. Un programme expérimental s'inspirant de la norme Iso 26000 a également été lancé afin de mettre en place une méthodologie adaptée aux conserveries de poissons, et concernant la sécurité sanitaire, les professionnels ont prévu de centraliser les résultats de leurs analyses. « L'idée est d'apporter des nouveautés chaque année », précise Jean-François Hug.