Alors que les charcutiers sont très malmenés par la hausse de la matière première, la coopérative met la main sur deux entreprises « fragiles », La Bresse et Sibert, et renforce son pôle de produits charcutiers sous label. Des synergies sont à l’étude avec Tallec et Brient.
L’acquisition n’est pas encore bouclée, mais les deux partenaires, Yves Serfaty, dirigeant de La Bresse et de Sibert, et Stéphane Poyac, patron de la branche viande d’Agrial, sont entrés en discussions exclusives (Agra Alimentation du 5 septembre 2019). Les deux PME devraient rejoindre rapidement les deux autres charcutiers d’Agrial, Brient, acquis en 2017, et Tallec en janvier 2018.
Les deux nouvelles entreprises basées dans l'Ain représentent en 2018 un chiffre d’affaires de 14,3 millions d’euros (La Bresse) et 7,2 millions d'euros (Sibert), mais Agrial ne communique ni le prix d’acquisition, ni le niveau de rentabilité des deux nouvelles entités. Stéphane Poyac qualifie la situation des deux entreprises de « fragile », ajoutant qu’Yves Serfaty souhaitait vivement s’adosser à un partenaire.
Cette acquisition permet de faire grossir la business unit (BU) charcuterie de la coopérative normande, actuellement en cours de structuration. Cette division se positionne seulement sur les produits qualitatifs, sous labels ou intégrés dans des filières bien précises : jambon cuit, pâté, boudin, rôtis et produits de tête. Tallec est notamment le spécialiste du jambon à l’ancienne salé à la veine et des terrines moulées à la main et rôties au four (pâtés et mousses). Brient a débuté en 2018 la production à partir d’une filière de porcs élevés sans antibiotiques.
La commercialisation se fait auprès des rayons coupe et frais emballé des grandes surfaces, ainsi qu’auprès des bouchers, charcutiers et traiteurs. Sibert permet ainsi à la coopérative de conforter sa place dans le boudin noir et la Bresse permet de prendre position sur l’andouillette.
Des charcuteries épargnées par la déconsommation
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En 2018, Agrial a vendu pour 115 millions d’euros de charcuteries, sur un total de 480 millions d’euros de ventes pour la branche viande. Les ventes devraient atteindre 500 millions d’euros en 2019, hors acquisition de la Bresse et de Sibert, prévoit Agrial.
« Les charcuteries qualitatives ne sont pas concernées par le recul des ventes », rappelle Stéphane Poyac pour souligner l’intérêt de ces nouvelles acquisitions. Tallec et Brient ont profité des synergies organisées par leur nouveau propriétaire, à l’achat de matière première et à la commercialisation, avec une force commerciale désormais unique. Les synergies à venir pour La Bresse et Sibert sont actuellement à l’étude chez Agrial.
L’acquisition de la Bresse et Sibert s’inscrit dans un mouvement plus vaste de concentration dans la charcuterie, où les petites structures sont actuellement très fragilisées par la forte hausse du prix des matières premières, la désorganisation du marché européen en termes de disponibilité de pièces, une consommation en recul pour les produits standards et une grande distribution française qui tarde à accepter des hausses de tarifs. « Les cours du porc ont connu un bond de 43% entre mars et août, et la renégociation avec les distributeurs réalisée en juin n’a pas été suffisante sachant que les prix des matières premières ont continué d’augmenter » explique Stéphane Poyat. La coopérative renégocie actuellement ses tarifs avec la grande distribution.
Après une « bonne année 2018 » pour Tallec et Brient selon la coopérative, 2019 ne se présente pas sous les meilleurs auspices. La coopérative se concentrera sur l’intégration de ses nouvelles entités et la structuration de la BU charcuterie. Les produits sous signes de qualité et d’origine, issus de filières spécifiques ou présentant une forte typicité profitent d’un regain d’intérêt de la part des consommateurs français. Ils pourraient trouver des débouchés à l’étranger, pour l’instant très marginaux, même si Agrial place de grands espoirs dans l’export en se fixant un taux de chiffre d'affaires à l'international de 50% en 2025 pour l’ensemble de ses ventes agroalimentaires (contre 36% en 2018). Un chantier auquel s’attaquera Stéphane Poyac, mais pas dans l'immédiat.