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Poulet Le poulet export français s’engage dans l’après-restitutions à l’export

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Daniel Sauvaget, président-directeur général de Tilly-Sabco, a présenté sa stratégie pour l’avenir de ses activités poulet export le 6 juin à Paris. Investir pour être plus compétitif, mais pas sans un soutien des pouvoirs publics.

Le leader français du poulet export, Tilly-Sabco, a présenté un plan d’investissement de 21 millions d’euros à Paris le 6 juin. L’idée : combler le manque de compétitivité de la filière française avec son unique concurrent sur le marché mondial, le Brésil. « Les restitutions à l’export sont amenées à disparaître. L’enjeu est de passer d’un modèle économique aidé à un modèle économique autonome », a déclaré Daniel Sauvaget, président-directeur général de Tilly-Sabco, lors d’une conférence à Paris le 6 juin. Malgré le contexte de crise qui s’est emparé du groupe Doux, second et unique autre exportateur européen de poulet, le dirigeant rassure : « La situation financière de l’entreprise est saine ». 91% du chiffre d’affaires (136 millions d’euros en 2012) de Tilly-Sabco sont réalisés au Moyen-Orient. Il s’agit de poulets entiers surgelés. Le positionnement français sur ce marché s’est fait malgré les écarts de coûts de production avec le Brésil, ultra-compétitif. Cet écart est estimé à 350 euros la tonne équivalent carcasse (téc). Avec les restitutions, cette différence passe à 250 euros/téc.

Demande durable au Moyen-Orient

Sur quelle stratégie s’est appuyée l’entreprise pour se développer avec les restitutions à l’export? Naturellement, les exportations. Majoritairement vers le Moyen-Orient. Malgré la concurrence brésilienne, l’entreprise a établi des relations durables avec les importateurs d’Arabie saoudite par exemple. « Nous avons lié des liens de confiance durables avec les clients saoudiens », explique Daniel Sauvaget. En outre, l’entreprise française s’est efforcée de valoriser l’image d’une production française de qualité en envoyant des poulets à croissance lente : elle possède ainsi 20% des parts du marché Moyen-Orient. Parallèlement, le Brésil possède 80% des parts de marché dans la région, mais y envoie des poulets à croissance rapide dont l’image qualitative est moins valorisante. « De toute façon, l’Arabie Saoudite n’a pas intérêt à s’approvisionner chez un seul fournisseur », analyse le dirigeant, « en cas d’incident sanitaire au Brésil, la souveraineté alimentaire de l’Arabie saoudite serait menacée ». Autre point: la demande du Moyen-Orient devrait rester dynamique. La découverte récente de gisements pétroliers au Yémen et en Arabie Saoudite devrait soutenir la croissance et la demande dans ces pays. Le débouché est idéal pour Daniel Sauvaget qui explique: « L’Arabie Saoudite a soutenu le développement de la production nationale de poulets. Aujourd’hui, ils sont à 50% d’auto-approvisionnement ». Mais, selon lui, la production saoudienne plafonne, les conditions naturelles (climat sec, désert) étant peu propices au développement de l’élevage.

L’après-restitutions à l’export

Il y a eu la période avec les restitutions à l’export : elle a permis de prendre des parts de marché et de fidéliser la clientèle saoudienne aux productions françaises. Jusqu’au jour où l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a désigné ce type de soutien comme responsable de distorsion de concurrence. Depuis 2007, les aides européennes à l’export ne cessent de diminuer, passant de 480 euros/téc à 108 euros/téc. Et, pour la suite, une période sans aides à l’export s’ouvre au leader européen Tilly-Sabco qui estime qu’une transition de 5 à 7 ans sera nécessaire. « Nous faisons le choix de rester sur le marché Moyen-Orient malgré la présence d’un gros compétiteur : le Brésil», dévoile Daniel Sauvaget. L’objectif reste encore et toujours de réduire les écarts de coûts de production. Pour ce faire, le dirigeant a annoncé un plan d’investissement à 21 millions d’euros. L’idée est de répartir l’effort d’économie entre l’industrie (un tiers), l’amont (un tiers) et un fond d’adaptation (un tiers). Ce dernier n’est pas encore acquis, mais le dirigeant de Tilly-Sabco a d’ores et déjà une idée en tête : « Il s’agirait d’un fonds européen, mais pas de restitutions déguisées». Ce serait un fonds dégressif qui permettrait de sécuriser les investissements faits pour gagner en compétitivité en cas de conjoncture difficile. La demande porte sur la nouvelle période budgétaire européenne 2014-2020. Pour l’amont et l’industrie, l’idée est d’investir dans des équipements plus modernes, d’automatisation des procédés de production et de « développer les activités périphériques de l’abattoir, saucisses et co-produits ». L’objectif à l’horizon 2020 est de passer à 250 euros/téc de différence de coût de production au lieu des 350 euros actuellement.

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