À la suite des préoccupations exprimées à plusieurs reprises par diverses parties prenantes du secteur alimentaire, la Commission européenne vient de présenter les résultats d'une étude approfondie sur l'évolution du choix et de l'innovation en ce qui concerne les produits alimentaires en Europe au cours de la dernière décennie. Ces résultats montrent notamment que dans de nombreux États membres, les marchés de la distribution sont modérément concentrés et que le pouvoir de négociation des distributeurs ne semble pas avoir d'incidence négative sur les choix des consommateurs et sur l'innovation dans le secteur alimentaire.
AU cours des cinq dernières années, les producteurs comme les consommateurs ont soulevé un grand nombre de questions sur les déséquilibres dans le fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement alimentaire et se sont adressés à la Commission européenne pour étudier le problème. À la suite de plaintes émanant d'opérateurs de la chaîne d'approvisionnement alimentaire reçues par la Commission, le Parlement européen lui a demandé à plusieurs reprises d'étudier les conséquences de la concentration au sein de cette chaîne. Les plaignants affirment que de grands opérateurs, notamment les grands distributeurs modernes, imposent des conditions souvent préjudiciables à leurs fournisseurs et que, de ce fait, ceux-ci ne sont pas en mesure d'investir dans de nouveaux produits. Cela se traduirait, pour les consommateurs européens, par une limitation du choix et de l'innovation en ce qui concerne les produits alimentaires. La Commission européenne avait répondu qu'elle avait besoin d'éléments concrets pour évaluer les préoccupations exprimées. Elle a donc commandé à un consortium (Ernst & Young, Arcadia International et Cambridge Economics) une enquête sur « l'impact économique de la grande distribution sur le choix et l'innovation dans le secteur alimentaire de l'UE », étude menée dans 9 États membres (dont la France) entre mai 2013 et septembre 2014 (1). Elle s'est donnée pour mission de mesurer la façon dont le choix et l'innovation proposés aux consommateurs dans les rayons ont évolué au cours de la dernière décennie. L'étude a mesuré aussi l'évolution d'un certain nombre de facteurs ayant une incidence sur les marchés et a tenté de déterminer lequel de ces facteurs pouvait être un moteur de choix et d'innovation.
DE NOUVEAUX CONCURRENTS RELANCENT TOUJOURS LE CHOIX ET L'INNOVATION
Les auteurs de l'étude montrent qu'au niveau local, le choix des consommateurs n'a cessé de croître au cours de la dernière décennie quant au nombre de magasins, aux produits, aux fabricants de produits de marque et aux tailles de conditionnement proposés dans les magasins. Toutefois, le nombre d'innovations qui atteint le consommateur chaque année a diminué de 6,5 % depuis 2008. En 2004, l'innovation a essentiellement consisté en des produits innovants et des extensions de gamme (par exemple, de nouveaux arômes), alors qu'en 2012, environ un tiers des innovations concernait uniquement le conditionnement des produits. Les plus importants groupes de grande distribution se sont développés et ont augmenté leur part de marché dans de nombreux États membres. Au niveau paneuropéen, les 10 premiers distributeurs européens de produits alimentaires ont représenté 30,7 % des parts de marché en 2011, contre 26 % en 2000. Les magasins discount ont connu la plus forte croissance en termes de nombre de points de vente et de surface commerciale au cours de la dernière décennie : leur surface de vente a augmenté de 81 % entre 2000 et 2011 dans l'UE, contre 46 % pour les hypermarchés et 26 % pour les supermarchés. Pour ce qui est des MDD, leur part de marché des produits a augmenté dans la plupart des catégories de produits en Europe. Un bon rapport qualité-prix pour les consommateurs, des marges plus élevées pour les distributeurs, la possibilité pour les industriels d'utiliser leurs surcapacités de production constituent certaines des explications de la croissance des MDD. L'étude montre par ailleurs que la concentration des fabricants de produits de marque au niveau national a également augmenté dans la plupart des catégories de produits. La concentration de la distribution dans son ensemble (c'est-à-dire la distribution moderne et les magasins de détail traditionnels) a augmenté dans pratiquement tous les États membres, essentiellement en raison de la pénétration accrue des distributeurs modernes (supermarchés, hypermarchés et magasins discount disposant d'un système de distribution centralisée utilisant la logistique moderne).
(1) Etude en anglais : « Economic Impact of modern retail on choice and innovation in the food sector » (452 pages).
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LES MOTEURS DU CHOIX ET DE L'INNOVATION
L'étude affirme que les principaux moteurs du choix et de l'innovation ont été la taille et le type de magasins, ainsi que l'environnement économique (PIB/habitant et niveau de chômage dans la région). En outre, plus le chiffre d'affaires dans une catégorie de produits est élevé, plus le choix y est large (et, dans une moindre mesure, plus l'innovation y est importante). L'ouverture d'un nouveau magasin conduit les magasins concurrents à proposer plus de choix et d'innovation dans leurs rayons. Cela, disent les auteurs de l'étude, « conforte les efforts déployés par la Commission européenne en vue de diminuer les restrictions inutiles à la création de nouveaux magasins de vente au détail ». Ils notent aussi que dans les marchés de distribution modérément concentrés, le pouvoir de négociation plus important des distributeurs vis-à-vis des fournisseurs « ne semble pas conduire à une réduction du choix et de l'innovation en ce qui concerne les produits alimentaires ». Le manque de données a empêché les auteurs de l'étude d'analyser des situations de forte concentration de la distribution moderne (telles que celles qui existent dans les pays nordiques et les pays baltes). En outre, la part des marques de distributeurs dans l'assortiment n'a pas d'incidence significative tant qu'elle n'atteint pas un niveau élevé (qui varie en fonction de la catégorie); ce n'est qu'à partir de ce niveau qu'elle peut devenir préjudiciable au choix et à l'innovation.
La Commission européenne dit « attendre avec intérêt » – si possible avant le 30 janvier 2015 – les points de vue et observations des parties intéressées par l'étude, ses résultats et son suivi éventuel.