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Algues vertes Le préfet des Côtes d’Armor accuse les agriculteurs de refuser d’agir contre les nitrates

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Une note confidentielle du préfet des Côtes d’Armor désigne les agriculteurs comme principaux responsables des phénomènes de marées vertes sur les côtes bretonnes. Le document souligne que cette situation ne pourra que perdurer étant donné que les agriculteurs ne sont pas disposés à modifier leurs pratiques.

Dans une note destinée au Premier ministre, au ministre de l’Intérieur, à la secrétaire d’État chargée de l’écologie et au préfet de Bretagne, le préfet des Côtes d’Armor, Jean-Louis Fargeas, met en cause l’agriculture dans le phénomène de développement des algues vertes. « La diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles sur les secteurs concernés, ce que la profession agricole n’est pas prête à accepter pour le moment, le phénomène des algues vertes ne peut donc que perdurer », peut-on lire dans ce document confidentiel, daté du 4 septembre et publié par Ouest-France mercredi 21 septembre. Pour le préfet, « il conviendrait de mettre en place une déclaration annuelle des flux d’azote avec un logiciel de traitement adapté », mais « ce changement de méthode et de stratégie de l’État rencontre une opposition de la profession agricole qui souhaite maintenir le modèle économique existant et refuse d’envisager d’autres options ».

Des MAE inefficaces
Le 25 octobre 2007, le tribunal administratif de Rennes avait condamné l’État à verser 5 000 euros à trois associations reconnaissant la carence de l’État dans la mise en œuvre des réglementations européennes pour limiter la pollution aux nitrates. Le procès en appel se tiendra à partir du 3 novembre prochain devant la cour administrative de Nantes. En même temps, la Commission européenne n’écarte pas la possibilité de réactiver dans les prochains mois les poursuites contre la France dans cette affaire des nitrates bretons. « Afin d’éviter que l’État soit de nouveau mis en cause et pour obtenir des résultats en la matière, il importe d’afficher une politique volontariste pérenne visant à la stabilisation du phénomène », recommande Jean-Louis Fargeas. Il préconise deux mesures principales. D’une part, la mise en place de nouvelles mesures agro-environnementales (MAE) plus spécifiquement adaptées au problème des algues vertes et suffisamment attractives pour les agriculteurs. Les MAE actuelles se révélant inefficaces comme l’a montré une étude de l’Inra. Et d’autre part, la mise sur pied d’un programme d’actions incitatif qui deviendrait obligatoire au bout de trois ans sur les zones de bassins versants à algues vertes. « Au vu du nombre important d’exploitations concernées, les crédits devront être conséquents », précise le représentant de l’État.

Levée de boucliers des agriculteurs
Une étude de l’Inra, datant de mars 2009, montre que la concentration en nitrates des eaux du bassin versant de la lieue de Grève, par exemple, s’élève à 30mg/l. Pour limiter la prolifération des algues vertes il faudrait descendre à 15 voir 10 mg/l. « L’arrêt total de l’agriculture sur le bassin versant avec conversion totale des terres en prairies fauchées mais non fertilisées permettrait d’atteindre 10mg/l en 2020 ce qui aurait un impact marquant sur le phénomène des algues vertes », souligne le préfet en se basant sur l’étude de l’Inra. La révélation de ces pages n’a pas manqué de faire bondir les agriculteurs locaux. « Je suis très en colère, choqué, révolté, a réagi Jacques Jaouen, président de la chambre d’agriculture de Bretagne, si l’État écrit de telles choses, qu’il vienne sur le terrain dire aux agriculteurs de partir ! ».

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