Les PME adhérentes de la FEEF redoutent les effets de la réforme précipitée de la loi Galland à laquelle s’est engagé le président de la République. Au moment où Luc Chatel annonce un projet de loi pour fin octobre en vue d’un vote avant le 1er janvier, la perspective d’un atterrissage brutal au triple net dès 2008 ne peut qu’avantager les grandes marques dont les prix vont baisser tandis que les fabricants de MDD vont être encore plus pressurés par leurs clients distributeurs, estime le président de la fédération, Alain Rouleau.
La FEEF monte au créneau et demande au gouvernement de surseoir au projet affiché par le président Sarkozy de réformer la Loi Galland à l’échéance du début de 2008. En réponse à nos questions, le président Alain Rouleau explique que les PME adhérentes de la Fédération des entreprises et entrepreneurs de France – dont beaucoup sont de l’industrie alimentaire – seront les principales victimes de cette suppression anticipée des dispositions de la loi Galland. Le coup sera trop rude pour « ces industriels qui, depuis 1996, ont remarquablement développé leurs outils et les ont rendus très compétitifs grâce à une politique de marques de distributeurs souhaitée par certaines enseignes, puis suivies par toutes les autres même les plus réticentes comme les Centres Leclerc ». A brûler les étapes qu’avait prévues la réforme Dutreil en vue de la réduction progressive des marges arrière, le gouvernement prend le risque de sacrifier le tissu industriel de PME qui fournit 85 % des MDD au profit des seules grandes marques fabriquées pour l’essentiel par des multinationales, estime la FEEF.
Son président ne mâche pas ses mots, le choix fait à l’Elysée de pousser les feux de la réforme en voulant introduire le triple net dès les négociations 2008 qui vont commencer le mois prochain va « créer l’illusion d’une baisse des prix, mais celle-ci se limitera aux marques nationales et créera simplement un appel d’air en leur faveur ». Comme la grande distribution va devoir amputer ses marges réalisées avec les produits de marque, elle cherchera immanquablement, prévoit-il, à se rattraper sur le dos des PME lorsqu’elle vendra leurs produits, qu’il s’agisse de marques secondaires premiers prix ou de MDD.
Trompe l’œil
Autrement dit, la réforme qui va faire l’objet d’un projet de loi présenté fin octobre et que le Parlement aura à voter d’ici la fin de l’année, si l’on en croit les dernières déclarations du ministre Luc Chatel, secrétaire d’Etat chargé de la Consommation (voir encadré), conduira les distributeurs à vendre à prix coûtant les grandes marques, gommant autant que possible les hausses de tarifs liées à la flambée des matières premières, grâce à un partage plus ou moins certain de l’effort entre industrie et commerce. Et la baisse apparente des prix qui en résultera sur quelques grands produits aura l’effet médiatique voulu au moment où l’on se targue d’agir en faveur du pouvoir d’achat.
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Mais, rétorque Alain Rouleau, plutôt que ces effets d’annonce, il vaudrait mieux chercher à faire « une véritable étude d’impact » des mesures envisagées, et c’est ce que la FEEF demande instamment aux pouvoirs publics avant qu’ils ne rédigent le projet de loi.
D’une part, explique le président Rouleau, l’avantage pour les consommateurs risque d’être assez mince, les achats alimentaires n’occupant qu’une part de plus en plus réduite de leur budget et les produits de marque n’étant pas tout le panier de la ménagère. L’ennui, à ses yeux, c’est qu’à force de crier sur les marges arrière, on laisse croire que c’est 20 % de leurs dépenses en PGC qui va être restituée aux consommateurs alors que l’on verra tout au plus quelques produits baisser de 5 % ou plus, après avoir peut-être augmenté d’autant ces derniers mois… D‘autre part, ce n’est pas forcément un choix gagnant « pour redonner la confiance », en tout cas pas pour les entrepreneurs dont le plus grand nombre va faire les frais de l’opération. Cette réforme n’aura rien de positif pour notre économie, suggère Alain Rouleau, car les produits des multinationales pourront toujours être fabriqués moins cher dans d’autres régions du monde tandis que les PME franco-françaises qui animent le territoire et contribuent au maintien de l’emploi vont être asphyxiées. Mécaniquement, la remontée vers l’avant en une seule fois de la totalité des marges arrière – sur les produits de marque – va entraîner une réduction de l’écart de prix qui subsistait avec ceux des produits sous MDD. Cela revient clairement à « redonner des volumes aux grandes marques dont les marges restent de l’ordre de 15 à 18 % au détriment des produits des PME qui, elles, ne dégagent guère plus de 2 à 3 % de marge », s’insurge le président de la FEEF. En donnant ainsi un coup de pouce aux produits les plus onéreux en publicité, on est, selon lui, en pleine contradiction avec les politiques qui, dans d’autres domaines, tentent de promouvoir les « génériques » !
Alain Rouleau ne s’explique même pas bien comment les distributeurs acceptent de « s’en remettre ainsi aux mains des multinationales » et se rallient plus ou moins les uns après les autres à Michel-Edouard Leclerc qui milite bruyamment en faveur du « triple net tout de suite », ce qui est la revendication surtout des grands industriels adhérents de l’ILEC. Certaines enseignes feraient-elles le calcul qu’il vaut mieux sacrifier une partie de leurs marges sur une part somme toute assez limitée de leurs ventes, que le contraire ?