Abonné

Alimentation animale Le prix des matières premières plombe les entreprises

- - 6 min

Les fabricants d’alimentation animale, qui font face à des hausses subites et importantes du prix des matières premières, pourraient terminer l’année avec un résultat négatif malgré leurs efforts pour remplacer les produits les plus chers, a expliqué Coop de France « nutrition animale » quelques jours avant son congrès qui se tiendra les 15 et 16 novembre à Paris. La profession souhaite la mise en place d’un mécanisme pour limiter la volatilité des prix.

En 2009, avec une production de 22 millions de tonnes, l’activité des fabricants coopératifs de nutrition animale avait baissé de 6,2% par rapport à 2008 dans un contexte de baisse depuis 2001. Seule l’alimentation pour bovin revenait à un niveau normal après deux années de hausse en 2007 et 2008. En 2010, la tendance s’inverse : la baisse de la production d’aliments pour porcs se ralentit, celle des aliments pour volailles se stabilise, et celles des aliments pour bovins reprend à la suite de la conclusion d’accords de prix avec l’aval et à cause de la sécheresse. Les ventes devraient continuer à augmenter dans la filière bovine car l’intensification des élevages entraîne un recours accru à l’aliment industriel.
Au total, la production d’aliments pour animaux devrait gagner de 0,5% à 1% en 2010. Pourtant, la hausse du prix des matières premières qui n’a pas été intégralement répercutée (il représente jusqu’à 70% du prix de l’aliment), mine le résultat net des entreprises de la filière qui pourrait être globalement négatif et plus bas qu’en 2009, où il se situait à -0,5%.

Prix des matières premières : un bond de 61% en 3 mois
La volatilité des cours est particulièrement forte en 2010. En trois mois, les prix de matières premières ont grimpé de 61%. Un record par rapport aux années passées, déjà difficiles : on avait atteint +58% en 4 mois en 2007. L’alimentation animale, produite avec de faibles marges (1% en moyenne), compose difficilement avec ce phénomène. Les résultats de la filière en 2010 pourraient relancer une nouvelle vague de restructurations en vue de faire des économies d’échelle, en logistique notamment dont le coût est parfois plus élevé que celui de la transformation. Ces restructurations touchent davantage la Bretagne qui rattrape les autres régions en la matière. Aujourd’hui, 20% des entreprises assurent 70% de la production en France. Grâce à cela, la France conserve sa place de leader sur le marché mais elle est aujourd’hui talonnée par l’Allemagne et l’Espagne.
« La volatilité des prix est due à une financiarisation qui est arrivée à présent dans la sphère agricole de manière durable. Les commodités sont devenues une opportunité pour les investisseurs », analyse Jean-Luc Cade, président de Coop de France Nutrition animale.

La Pac pour contenir les cours
La financiarisation couplée à une dérégulation des productions, sans mécanisme de protection, déstabilise les filières et rend les marchés très nerveux, selon Coop de France. A l’instar du secteur de la meunerie, celui de l’alimentation animale est demandeur d’un mécanisme de régulation des prix des matières premières pour en réduire les écarts et permettre un lissage du prix des produits finis vendus aux éleveurs.
« Ce contexte risque de durer et il faut souhaiter que les politiques s’emparent de ce dossier. La Pac peut apporter une réponse sur ce point. La Commission européenne évoque elle-même le mot de régulation », poursuit Jean-Luc Cade.
Politiques publiques et privées doivent converger en ce sens et impliquer toute la filière, depuis la production de céréales jusqu’à la distribution en passant par l’élevage, et faire évoluer au besoin le droit de la concurrence, selon Coop de France.
« L’idée n’est pas de faire des ententes illicites mais de donner de la visibilité à tous les opérateurs de la filière », argumente Jean-Luc Cade.
Il évoque des « outils de couverture qui existent déjà » et la possibilité de « stocks stratégiques en filières végétales et animales ». Des réflexions sont entamées sur ce sujet. L’idée est de stocker des matières premières quand les prix sont au plus bas et de les remettre sur les marchés quand les prix montent au delà de certains seuils.

Les co-produits des biocarburants remplacent ceux de la meunerie
Pour faire face à la situation actuelle, les fabricants d’aliments se sont tournés vers des produits issus des biocarburants (tourteaux de colza et de tournesol) qui remplacent les co-produits de la meunerie. Moins chers au départ, ils ont cependant tendance à grimper, tirés par les cours élevés des tourteaux de soja. De même, les drêches de céréales liées à la production d’éthanol prennent la place des issues céréalières de meunerie en raison de leur coût plus bas. A tel point que l’Association nationale de la meunerie française réfléchit à d’autres débouchés et notamment à la production d’énergie. Parmi les céréales (50% des volumes utilisés), on note une émergence du triticale (60 000 tonnes). Pour ce qui est des protéines, la production de pois a doublé sous l’impulsion du plan de relance des protéagineux. L’interprofession a mis en place un indicateur de prix du pois sur le principe du marché à terme du blé (MATIF), le manque de visibilité sur l’évolution du marché du pois étant un frein à sa mise en culture. Le principe est de mesurer l’écart entre le prix du blé MATIF et le prix du pois rendu chez le fabricant d’aliment, pour donner une visibilité à trois ou six mois. L’indicateur de prix, après un an de fonctionnement interne, est diffusé depuis quelques mois. On ne saura qu’en 2011 s’il a un impact sur la mise en production.
Les fabricants voudraient également utiliser les graisses animales à présent autorisées par l’Union européenne à la place des huiles. Des discussions sont en cours dans les interprofessions (les principaux freins à leur usage sont les cahiers des charges signés avec l’aval). Ils utilisent 350 000 tonnes par an d’huile de palme, de colza, et de soja (2% à 3% des volumes de matières premières). Pour ce qui est des farines animales, que l’UE n’a pas encore autorisées, leur réintroduction dans les aliments pour animaux ne pourra pas se faire dans des délais rapides.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.