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Meunerie française Le « prix perçu » du pain n’empêche pas la consommation d’augmenter

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Malgré la crise économique, les Français continuent d’acheter du pain et ils pensent même y mettre le prix. C’est ce qui ressort d’une récente enquête menée par le Crédoc et présentée à l’issue de la récente assemblée générale de la Meunerie française.

Les consommateurs français, qui rognent volontiers sur d’autres dépenses alimentaires, continuent d’acheter du pain et ils se singularisent sur ce point en Europe, d’autant qu’ils estiment que son prix ne cesse d’augmenter. L’enquête menée par le Credoc pour l’Association nationale de la meunerie française a été présentée par Pascale Hebel, directrice du département consommation du Crédoc, lors de la dernière assemblée générale de l’ANMF et a révélé que 79 % des Français croient que le prix du pain a augmenté sur un an ; 30 % de l’échantillon jugeant même la hausse « importante ». Or dans les faits, les prix ont progressé de 0,8 % seulement. Et sur les six derniers mois, ils ont même baissé de 0,3 %, ce qui n’empêche pas que 41 % des consommateurs croient que le prix a continué de progresser sur cette période. Au total, rappelle le Credoc, le prix du pain a augmenté sur huit ans de 26 %, ce qui n’est pas loin des 24 % observés sur l’ensemble des produits alimentaires. Et si cette progression est largement supérieure à l’inflation, de 16 % sur la période, elle est inférieure à celle des fruits (+ 31 %).

Décalage avec la réalité
« Il y a un décalage important entre la perception du prix du pain et la réalité », a souligné Pascale Hebel. « L’approche rationnelle n’a pas de prise » sur ce produit, a expliqué Steven Kaplan, professeur d’histoire à l’université de Cornell. Pour cet historien du pain, ce produit est chargé de symboles et n’est pas un aliment comme un autre. « Toutes les hausses sont vues, a renchéri Pascale Hebel. C’est un achat quotidien et l’un des produits que l’on regarde le plus ».
Second constat de l’enquête, le consommateur continue d’en acheter. Les deux tiers des personnes interrogées n’ont pas modifié leurs achats au moment de la crise. Chez les autres, 16 % les ont réduits, essentiellement des consommateurs occasionnels. Et 14 %, correspondant aux « gros mangeurs », les ont augmentés.

Une « exception française »
« On se révolte sur le prix du pain, mais c’est symbolique, puisque ce n’est pas cela qui pèse dans les achats », a précisé Pascale Hebel. Globalement, la consommation de pain artisanal s’affiche d’ailleurs en progression. Sur le premier trimestre 2009, les ventes de pain de tradition française ont même grimpé de 10 %. Et malgré l’existence de rayons boulangerie dans les hyper et supermarchés, 93 % des consommateurs achètent leur pain chez des artisans-boulangers.
Rappelons que pour les meuniers, la panification reste leur débouché principal sur le marché intérieur avec 65,4 % des tonnages. La quantité et la part consommées par les artisans boulangers ont légèrement augmenté l’an dernier (1), s’établissant à plus de 1,5 million de tonnes, soit près de 60 % des farines utilisées en France pour la pani-fication. Cette tendance s’est même confirmée sur les premiers mois de 2009, une évolution d’autant plus étonnante que ce circuit a quand même augmenté ses tarifs après la flambée des prix du blé de 2007-08. En 2008, les artisans ont enregistré une hausse du volume de leur activité, leurs utilisations de farine augmentant de 0,5 % après deux années de baisse (-1 % en 2007, -3,4 % en 2006).

1. Cf Agra alimentation n° 2072 du 02.07.09 p.11

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