Washington veut conclure le cycle de Doha « aussi vite que possible », a assuré le représentant américain pour le commerce, Ron Kirk, en visite au siège de l’OMC. Mais, selon lui, « quelque chose doit changer » dans le processus de négociation « si nous voulons aboutir à un succès ». La possibilité est actuellement envisagée de passer directement à l’établissement des listes d’engagements de réduction des tarifs et subventions par pays, sans continuer à se braquer sur les « modalités ».
«Nous voyons (le cycle de Doha) comme une composante essentielle de la réponse globale que le monde devrait, selon le président (Obama), apporter à la crise économique actuelle, et aussi comme un élément essentiel du soutien à apporter à de nombreux pays démunis », a expliqué le 13 mai Ron Kirk, le nouveau représentant américain pour le commerce, à l’issue de deux jours d’entretien au siège de l’OMC.
Mais, parallèlement à cette assurance d’un véritable engagement de Washington dans les négociations multilatérales, M. Kirk a lancé un message aux grands pays émergents, comme la Chine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, estimant que ceux-ci devaient faire leur part du travail, c’est-à-dire ouvrir encore davantage leurs marchés. Notamment aux pays les moins avancés, dont 98% des produits entrent déjà librement aux Etats-Unis.
Passer directement aux listes d’engagements
Le représentant américain pour le commerce a aussi affirmé que l’administration Obama ne reniait pas tout ce qui a été fait jusqu’ici, depuis sept années, dans le cycle de Doha. Il s’est toutefois exprimé en faveur de « changements dans le processus de négociations pour trouver une voie plus rapide », sans plus de détails.
Une des solutions actuellement envisagées consiste à ne plus focaliser sur les pourparlers sans fin concernant les modalités (grandes lignes) d’un accord à l’OMC, en passant directement à l’élaboration des listes d’engagements de réduction des droits de douane et des subventions par pays. Cette option permettrait d’accélérer le processus de mise en œuvre des baisses des tarifs et des aides. De plus, les pays exportateurs pourraient déterminer rapidement comment seront traités les produits qui les intéressent.
Toutefois, plusieurs pays en développement estiment qu’une telle approche permettrait aux Etats-Unis et à d’autres pays développés de leur arracher finalement des concessions supplémentaires. Certains d’entre eux font aussi valoir que l’établissement de la liste de leurs engagements de réduction leur demandera au moins un an. Le secrétariat de l’OMC lui-même, qui serait probablement amené à faire ce travail pour les pays les moins avancés (PMA), estime que cela lui prendrait au moins six mois.
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M. Lamy pour une réunion ministérielle « normale » avant la fin de l’année
Pascal Lamy juge qu’il serait utile de convoquer une réunion ministérielle de l’OMC avant la fin de l’année, la première depuis celle de 2005 à Hong Kong, qui faisait elle-même suite à celles de Cancun en 2003, Doha (Qatar) en 2001, Seattle en 1999, Genève en 1998 et Singapour en 1996.
Contrairement aux précédentes, cette nouvelle réunion, qui pourrait par exemple se tenir du 30 novembre au 2 décembre, ne devrait pas être centrée sur les négociations en cours, mais sur les tâches régulières de l’organisation mondiale, estime le directeur général de l’OMC, qui veut « dédramatiser » ce type de rencontres. Selon lui, « une ministérielle régulière est une chose, l’implication ministérielle dans les négociations en cours en est une autre. Nous ne devrions pas faire la confusion entre les deux ».
Tous les pays membres ne sont cependant pas tentés par la suggestion de M. Lamy, voyant d’un mauvais œil le fait de minimiser le cycle de Doha lors d’une éventuelle réunion ministérielle.
Pour l’heure, en tout cas, la relance des négociations multilatérales semble devoir passer par des discussions en marge d’autres enceintes que l’OMC proprement dite. Notamment la réunion ministérielle du groupe de Cairns du 7 au 9 juin à Bali, celle de l’OCDE moins de trois semaines plus tard et le sommet du G-8 en juillet en Italie.