Les détails de l’arrêté abeille révisé et le plan pollinisateur associé ont été envoyés aux parties prenantes le 7 juin. Pour des raisons différentes, elles ont suscité de fortes tensions chez les apiculteurs et les arboriculteurs. Une réunion organisée quatre jours plus tard n’a pas semblé calmer la grogne, côté apicole.
La réunion organisée le 11 juin avec près de 120 personnes en visioconférence n’aura pas apaisé les tensions. Au grand regret de l’interprofession apicole Interapi dans un communiqué publié à l’issue de la réunion : « L’évolution de l’arrêté “abeilles” a été et reste très attendue par le monde apicole afin de mieux protéger les pollinisateurs. À la première lecture, cet objectif, qui semblait partagé par les pouvoirs publics, s’est envolé ».
Chez les syndicats apicoles, c’est même « un immense mécontentement », résume un communiqué conjoint de l’Unaf et du SNA en date du 11 juin, dénonçant une « grande messe du discours et de l’enfumage politique ». Causes de la colère des professionnels : les multiples dérogations prévues par le texte, mais également la méthode, avec une seule semaine accordée pour faire leurs remarques.
Saluant la volonté du gouvernement de « s’inscrire dans une harmonisation des démarches françaises avec le cadre européen », l’UIPP souligne malgré tout « des difficultés opérationnelles majeures pour toute la chaîne de valeur agricole française ». Les fabricants de pesticides regrettent notamment les imprécisions du texte concernant les tests qui permettront d’obtenir les autorisations de traitements.
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Colère des producteurs de pommes et poires
À la veille de la réunion du 11 juin, dans un communiqué, les arboriculteurs de l’Association nationale pommes-poires (ANPP) avaient fait part de leur côté de la crainte d’une « condamnation pure et simple du verger français et de la filière pommes-poires ». En cause : l’inscription d’une notion « irréaliste » de « zone de butinage », alors qu’elle était absente des précédents projets de texte et des discussions avec les ministères, assure l’ANPP.
Car l’arrêté impose que l’usage de phytos dotés de la mention abeille et des horaires contraints pour les épandages en période de floraison s’applique non seulement aux cultures, mais aussi à des « zones de butinage ». Les arboriculteurs craignent que ces zones intègrent leurs inter-rangs, où sont parfois implantées des bandes enherbées.
« Les intégrer dans l’arrêté abeilles rend toute protection du verger impossible pendant le cycle de culture », assure l’ANPP, qui demande « la suppression immédiate de la mention de zone de butinage avant publication du texte ». L’association estime par ailleurs que cette définition est écrite d’une façon qui la rend « incompréhensible », et le texte dans son ensemble « inapplicable ». La filière s’était par ailleurs fait entendre, en obtenant une dérogation pour les produits de traitement contre la tavelure en période de floraison.