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État des lieux Le projet de loi des EGA soupçonné de favoriser des promotions déguisées

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Olivier Alain, coordinateur des États généraux de l’alimentation et Olivier Mevel, agrégé d’économie, ont échangé leur point de vue, à l’assemblée générale de France Milk Board le 14 février, sur le secteur agricole et agroalimentaire, entre projet de loi et oligopole de la distribution, devant des éleveurs plutôt déprimés.

Olivier Alain, coordinateur des États généraux de l’alimentation et Olivier Mevel, agrégé d’économie, ont échangé leur point de vue, à l’assemblée générale de France Milk Board le 14 février, sur le secteur agricole et agroalimentaire, entre projet de loi et oligopole de la distribution, devant des éleveurs plutôt déprimés.

« La promotion est devenue un deuxième instrument de vente », a déclaré Olivier Mevel, enseignant chercheur à l’Université de Bretagne-Loire, le 14 février, lors de l’assemblée générale de l’organisation de producteurs transversale France Milk Board. Il a expliqué à un parterre d’éleveurs comment la grande distribution, dans le contexte d’oligopole où elle se situe, peut se permettre de faire jouer les promotions comme argument de vente auprès des consommateurs alors que, par définition, « la promotion sert à dégager parce que l’acheteur n’a pas été bon » dans la gestion de ses volumes d’achat. Très critique vis-à-vis du projet de loi issu des États généraux de l’alimentation (EGA), il estime que même si le seuil de revente à perte (SRP) est rehaussé de 10 %, les distributeurs effectueront des ristournes sur les cartes de fidélité des consommateurs pour rester dans « la niche du prix le plus bas ». Ils ne feront pas redescendre l’argent vers les producteurs par le biais des industriels.

« Ce sera le grand retour des NIP, les nouveaux instruments promotionnels », a-t-il lancé. Il a vivement dénoncé l’« instrument de violence commerciale » qu’est le RSP « dans le cadre de la loi telle qu’elle est aujourd’hui ». « La promotion et la marque de distributeur (MDD) ne sont que ruine de l’agriculture », a-t-il affirmé avec force estimant que la solution passe par la révision des « négociations commerciales de A à Z ».

Le retour des NIP

Face à ce discours Olivier Allain, coordinateur des États généraux de l’alimentation, a tenu un discours qualifié « d’évangélique » par un éleveur de l’assistance au sujet du projet de loi issu des EGA pour redonner du pouvoir aux producteurs. Et pourtant, Olivier Allain a émis des réserves sur la mise en place du nouveau dispositif : « La seule crainte que j’ai, c’est que le monde agricole ne soit pas au rendez-vous ». Et d’ajouter : « Dans l’idéal si tous les agriculteurs étaient adhérents à une organisation de producteurs, on pourrait avoir un pouvoir beaucoup plus fort » face aux industriels. Denis Jehannin, vice-président, s’est empressé de répondre : « Nous restons sur des fins de non-recevoir face à des groupes industriels internationaux ». Olivier Allain qui n’imagine pas que « la loi ne soit pas respectée » évoque le « jeu d’un rapport de force » même au sein des EGA. Pour lui, l’agriculture française s’en sortira par la montée en gamme, si tout le monde s’engage y compris le consommateur, prêt à payer plus cher son alimentation.

La montée en gamme, un engagement de tous

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« Certes, cela ne marchera que si tout le monde va dans le même sens », relève un éleveur. Que penser alors du rôle des distributeurs, comme Leclerc, s’interroge-t-il, qui ne jouent pas le jeu même dans le cadre d’une charte signée avant les négociations commerciales ? « Si jamais les 5 milliards potentiels (1) ne reviennent pas aux producteurs, le gouvernement reviendra à l’attaque. Il y aura un état des lieux tous les six mois » et si besoin des modifications à nouveau par la loi, affirme Olivier Allain qui se veut rassurant. Il reconnaît qu’il aurait préféré, dans le cas du lait, ajouter des éléments de régulation, mais pour cela, « il faut arriver à le vendre à Bruxelles ».

firme que l’augmentation du seuil de revente à perte (SRP) coûtera jusqu’à 5 Mrd € aux consommateurs en deux ans.

 

Prendre en main la transformation de son lait, une solution pour l’éleveur

Olivier Mevel, enseignant chercheur à l’Université de Bretagne-Loire, a fait rêver les éleveurs en racontant la success story de la démarche « Invitation à la Ferme » dont les « 4 yaourts bio se vendent 2,50 € alors que la MDD bio se vend à 0,59 € ». Le 14 février, lors de l’assemblée générale de France Milk Board, il a expliqué l’origine du succès de cette démarche créée par les éleveurs qui ont pris en main la transformation de leur lait. Selon lui, la distribution a construit « la mise en anonymat des produits alimentaires », une tendance qui s’inverse aujourd’hui, à la demande du consommateur. Les produits locaux prennent de plus en plus de place dans les rayons. Le succès d’« Invitation à la ferme » est l’une des preuves de ce retour au consommer local, avec un prix que l’acheteur accepte de payer. « Même Danone n’a pas une démarche capable de concurrencer » celle d’« Invitation à la ferme » a-t-il souligné.