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Abeilles Le rapport Saddier préconise une structuration politique et technique de la filière

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Après six mois de travail, le député Martial Saddier a présenté le 10 octobre son rapport relatif à la surmortalité des abeilles. Comme le souhaitait son commanditaire, François Fillon, il préconise un plan d’action. Celui-ci passe par une structuration de la filière via une interprofession et un institut technique, mais également par la mise en place d’outils permettant de mieux connaître le cheptel.

«Pas contestable » et « clairement observée dans l’ensemble des grands pays producteurs de miel ». C’est ainsi que Martial Saddier, député de la Haute-Savoie, qualifie la surmortalité des abeilles dans le rapport commandé sur le sujet par le Premier ministre en janvier dernier et présenté le 10 octobre à Verrières-le-Buisson. Intitulé Pour une filière apicole durable, le texte propose comme le souhaitait François Fillon un plan d’action qui repose sur plusieurs constats : la filière manque cruellement d’organisation et n’a pas les attributs d’une filière animale classique. « L’absence de données statistiques sérieuses, d’unité de point de vue, de lieux d’échanges nourrit des discours divers et variés », a indiqué Michel Saddier lors de sa présentation. Le député propose donc dans un premier temps d’évaluer le cheptel des abeilles françaises. Ce qui passe par la remise en place de la déclaration annuelle des ruches. Une mesure soutenue par Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, qui a signalé le 10 octobre, que ces déclarations, supprimées dans le cadre de la simplification administrative, seraient remises en place au plus tard en 2010.

Définir le statut d’apiculteur

Le député demande également une redéfinition du statut d’apiculteur. Aujourd’hui, de nombreux seuils existent pour départager les amateurs des professionnels. Ils vont de 10 à 400 ruches, selon qu’il s’agit de normes françaises, européennes, fiscales ou administratives. Pour l’élu, « la limite pourrait se trouver entre 30 et 75 ruches ». Cette question pourrait être discutée dans le cadre de la plate-forme de travail à l’échelle de la filière que Martial Saddier va coordonner sur la demande de Michel Barnier, ou au sein de la future interprofession. Car « la filière a besoin d’une interprofession, a insisté le député. Ce n’est pas possible que les différents acteurs ne se mettent pas autour d’une table pour discuter ». De son côté, Michel Barnier a annoncé la nomination de Jean-Pierre Comparot en tant que « Monsieur abeille » du ministère. Une façon de simplifier les rapports des professionnels avec l’administration.

150 000 euros pour un institut technique dédié

Pour compléter l’organisation de la filière, le rapport préconise également la création d’un institut technique et scientifique de l’abeille chargé d’élaborer et d’analyser les programmes de recherche de la filière. « Ce qui est important, c’est de séparer les discussions syndicales et politiques des discussions scientifiques », estime Martial Saddier. Un tel projet avait déjà été initié sans succès en 2003 dans le cadre de l’affaire Gaucho. Le 10 octobre, Michel Barnier s’y est montré favorable, annonçant qu’il doterait cette structure dès 2008 d’un budget de 150 000 euros. Pour Martial Saddier, cette structure qui s’appuiera sur l’Acta (Association de coordination technique agricole) devra permettre de surmonter les impasses techniques auxquelles sont confrontés les apiculteurs, améliorer les connaissances concernant les maladies, tout particulièrement le varroa, et travailler sur les espèces invasives tel le frelon asiatique.

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Les pratiques des agriculteurs à surveiller

Agir sur la surmortalité des abeilles demande également de s’attaquer aux produits phytos. Pour le député, il est nécessaire d’intensifier la recherche relative à la toxicité des molécules et de mieux prendre en compte les effets sur les abeilles dans le processus de l’homologation. L’élu a souligné que « les firmes fournissent des études pour la France qui dépassent les normes réglementaires », ce qui peut faciliter ce travail, et qu’au niveau européen, « la France se bat sur une nouvelle vision de l’homologation qui tienne plus compte de l’apiculture ». Martial Saddier a également pointé l’impact des pratiques agricoles, pas toujours optimales. Reste « de nombreux autres sujets non négligeables », indique le rapport, qui peuvent avoir un effet sur la surmortalité « dans une approche multifactorielle ». Au nombre de ceux-ci : la carence en protéines de l’alimentation des abeilles ou le manque de reines disponibles en France.

L’urgence pourrait favoriser le dialogue

Hôte du député et des ministres, René Vicogne, apiculteur membre du SNA (Syndicat national des apiculteurs), a salué la qualité du rapport. Mais il n’a pas manqué de rappeler les récriminations des apiculteurs dans le cadre de l’homologation du traitement de semences Cruiser. La mise en place d’un dialogue constructif entre les différentes parties s’annonce complexe. Mais de l’avis de beaucoup, l’urgence de la situation devrait y aider.