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Le réchauffement climatique concernera aussi la chaîne alimentaire

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Etude > Deux études publiées à quelques jours d’intervalle viennent démontrer le lien étroit entre changement climatique, agriculture et agroalimentaire. Le mode d’alimentation a un effet sur le changement climatique, ce dernier modifiant à son tour les productions agricoles, et donc industrielles.

Une étude publiée le 10 octobre par la revue Nature vient renforcer l’idée selon laquelle le mode d’alimentation a un rôle à jouer si l’on veut freiner le réchauffement climatique. Options for keeping the food system within environmental limits, le titre de l’étude coordonnée par Marco Springmann, enseignant à l’université d’Oxford, préconise de réduire drastiquement la consommation de viande. Les pays développés en particulier devront réduire de 90 % leur consommation de viande pour préserver la planète et nourrir les quelque 10 milliards d’humains attendus d’ici 2050, ont calculé les chercheurs.

« Sans action concertée, les impacts environnementaux de notre alimentation pourraient croître de 50 à 90 % d’ici 2050, du fait de la croissance de la population et de régimes toujours plus riches en graisses, sucre et viande », note l’auteur. « Mais si toutes les solutions étaient mises en œuvre ensemble, il pourrait être possible de nourrir de façon durable une population en pleine croissance », poursuit-il. Ainsi, réduire de moitié le gaspillage alimentaire dû à de simples problèmes de gestion, pourrait en réduire les répercussions environnementales de 16 %.

Changer la façon de s’alimenter

Les scientifiques soulignent le rôle de l’éducation, et la nécessité d’une réforme de l’industrie. « Il faut une approche globale, en termes de politiques et d’industrie, pour permettre ces changements des modes d’alimentation, pour les rendre plus sains, plus axés sur les végétaux et le plus attrayant possible pour le plus grand nombre », estime Marco Springmann.

Le réchauffement climatique va aussi peser sur les rendements agricoles, et par conséquent, la production agroalimentaire. Ce sera le cas de l’orge, et donc de la bière, indique une étude publiée le 15 octobre dans la revue Nature Plants.

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« Une baisse de la production mondiale d’orge, c’est une baisse encore plus grande de la production d’orge consacrée à la bière » explique Dabo Guan, professeur en économie du changement climatique à l’université d’East Anglia (Grande-Bretagne). Selon lui, « les cultures de haute qualité sont encore plus sensibles » à des événements extrêmes tels que la recrudescence de vagues de chaleur et de sécheresse.

La production de bière en recul de 16 %

Si le réchauffement se poursuit au rythme actuel, les événements majeurs frapperont au cours de ce siècle une des grandes régions de culture au moins une fois par an, entraînant une chute de 16 % de la production mondiale de bière. Soit l’équivalent de ce qui est bu en un an aujourd’hui aux États-Unis, ont calculé les chercheurs. Les prix, en moyenne, doubleraient à la suite de ces crises. Dans le scénario le plus optimiste mais peu probable, moins de vingt événements extrêmes majeurs concerneraient ces zones d’ici 2100, réduisant la production mondiale de bière de 4 % et relevant les prix de 15 %.

Certains pays seront particulièrement touchés, note l’étude. Dans le top 20 des régions consommatrices (par habitant) figurent aujourd’hui les pays européens, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, l’Australie. Les principaux exportateurs d’orge sont l’Australie, la France, la Russie, l’Ukraine, l’Argentine, suivis d’autres pays d’Europe. Les grands importateurs sont la Chine, l’Arabie saoudite et l’Iran, suivis des trois grands brasseurs que sont les Pays-Bas, la Belgique et le Japon.

Et un monde où le climat promet aussi de réduire la productivité et la valeur nutritionnelle du blé, du maïs ou encore du riz, l’orge pourrait en outre être consacrée prioritairement à des usages alimentaires.