Indépendant depuis son introduction à la Bourse de Londres en décembre 2005, le groupe Britvic annonce des résultats, qui risquent de décevoir ses nouveaux actionnaires. Sur le premier semestre 2005-2006, le groupe de boissons britannique a vu son chiffre d’affaires décroître de plus de 5 %, et son bénéfice d’exploitation chuter de 18 %. Son p.-d.g., Paul Moody, se veut cependant confiant et mise sur les forces de son groupe, dont l’innovation, qui devrait cette année se concentrer sur les segments porteurs : eaux, sodas sans sucre ajouté ou boissons énergétiques.
Au cours de la journée d’annonce des résultats du premier semestre 2005-2006, le cours de l’action Britvic, plombé par la mauvaise nouvelle, a cédé 6,24 % à 191,5 pence, à la Bourse de Londres. Cela fait moins de six mois que le groupe est coté en Bourse. De ses anciens propriétaires, seul l’américain PepsiCo a gardé sa part de 5 %. Le groupe hôtelier InterContinental, le français Pernod Ricard et le groupe britannique Whitbread ont préféré renoncer à leur participation. Lors de la mise en Bourse, Paul Moody, alors directeur des opérations du groupe britannique, déclarait : « Britvic a de belles années de croissance derrière lui et nous pensons que cela va continuer». Pourtant, le numéro deux des boissons sans alcool en Grande-Bretagne a vu en 2005 son chiffre d’affaires reculer de 5,3 % à 323,5 millions de livres (soit environ 472 M EUR) tandis que son bénéfice avant impôts et exceptionnels accusait une baisse de 9,4 %. Quant au bénéfice d’exploitation, il a été encore plus nettement entamé, chutant de 18 % à 18,6 M de livres (27 M EUR) par rapport à la même période il y a un an. Ces mauvais résultats s’expliquent en grande partie par un marché des sodas et boissons gazeuses particulièrement difficile. À l’instar du marché, le chiffre d’affaires du groupe a diminué de 9 % dans cette activité. Britvic explique ce recul inattendu des ventes de boissons gazeuses sucrées par « l’accélération de la tendance des consommateurs à s’orienter vers la santé et le bien-être ». En effet, le marché des boissons non gazeuses (eaux et jus de fruits essentiellement) n’a pas été touché. Il a, au contraire, affiché une croissance en volume de près de 7 %. Mais sur ce marché, les ventes du groupe britannique n’ont pas suivi la tendance à la hausse. Le chiffre d’affaires des boissons non gazeuses a même baissé de 1 %. L’entrée tardive du groupe de boissons sur les eaux et purs jus, catégories qui ont tiré la croissance, expliquerait cette mauvaise performance. Le groupe invoque également une diminution de sa présence chez certains distributeurs tant en nombre de magasins qu’en terme de produits disponibles à la vente. Conor McClafferty, en charge des relations avec les médias, confirme cependant, que « ces problèmes ont été réglés et ne correspondent pas à une tendance de fond».
Un acteur majeur sur les boissons non alcoolisées
En dépit de ce ralentissement, Britvic reste un protagoniste essentiel de ce marché. Numéro deux des boissons en Grande-Bretagne, il est aussi leader sur le marché des boissons non-gazeuses grâce à des marques comme Britvic, J2O ou Robinsons et second pour les boissons gazeuses avec les marques phares dont il assure la distribution dans le pays, Pepsi, 7Up ou Tango. Le groupe qui dispose de plus de marques de boissons qu’aucun autre fabricant en Grande-Bretagne a ainsi réalisé des ventes de 1,4 milliard de litres en 2005. Atout non négligeable : en RHF (3,35 milliards d’euros), Britvic est un leader incontesté avec une part de marché de 46 % devant Coca-Cola. Pour le commerce de détail (7,7 milliards d’euros), Coca-Cola Entreprise est en revanche numéro un, suivi par Britvic et ses 12 % de part de marché. Les perspectives pour la fin de l’année ne semblent pas complètement moroses. Paul Moody, directeur général, se veut rassurant : « Nous restons confiants sur nos perspectives de croissance à long terme grâce à notre force sur les boissons non-gazeuses, à notre réussite exceptionnelle en terme d’innovation, et au solide niveau de liquidité généré par l’activité ».
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Miser sur les segments novateurs pour relancer la machine
Certaines marques devraient même connaître des prochains mois radieux. Pepsi est le sponsor officiel de l’équipe d’Angleterre pour la coupe du monde de football et sa version sans sucre, Pepsi Max, leader de la catégorie (bientôt mis en compétition avec Coca-Cola zéro) bénéficiera de toute la visibilité. Robinsons est un partenaire de longue date du tournoi de Wimbledon et les jus de fruits bénéficieront d’une grande campagne de publicité intitulée « Summer of Juice » (l’été du jus). Quant à l’innovation, un des points forts de l’entreprise, qui a lancé 11 nouvelles marques et 42 nouveaux parfums et formules dans les huit dernières années, elle sera ciblée sur les catégories émergentes et à fort potentiel de croissance, telles que les sodas sans sucre ajouté, les boissons pour adultes et les boissons pour sportifs, ainsi que les eaux et les purs jus. Début 2006, les lancements annoncés lors de l’introduction en bourse ont été réalisés et « leurs résultats sont conformes aux attentes » : Britvic s’est attaqué avec détermination au marché des eaux avec trois nouvelles marques aux concepts novateurs : Drench et Pennine Spring, embouteillées dans un design moderne et Fruit Shoot H2O, l’eau pour enfants. L’année 2006 pourrait bien être celle du retour aux sources.
Peut-être même un retour aux sources de l’accord de licence conclu avec PepsiCo. Une rumeur court selon laquelle le fonds d’investissement français PAI Partners s’intéresserait au groupe de boissons britannique. Si tel était le cas – ce que Conor McClafferty se refuse à confirmer –, l’accord de distribution de la marque Pepsi jusqu’en 2023, serait remis à plat. PAI Partners ou tout autre repreneur intéressé aura donc d’abord à négocier avec le groupe de boissons américain.