L'Association générale des producteurs de blé (AGPB) alerte sur le revenu céréalier 2014, lequel chuterait sous le point bas d'il y a cinq ans. Elle présente diverses initiatives, qui auraient reçu le soutien de Stéphane Le Foll lors d'une rencontre le 10 septembre.
« Le revenu moyen devrait être pire qu'en 2009, à un niveau jamais vu », a déclaré le président Philippe Pinta en conférence de presse le 16 septembre. Il serait même « très inférieur » à ce point bas de 9 800 euros par exploitant spécialisé en céréales et oléo-protéagineux, avant impôt et cotisations sociales.En cause, une baisse des cours mondiaux, que l'AGPB chiffre à 25 % depuis quelques mois. S'y ajoute une qualité de récolte inhabituelle en France, surtout pour le blé tendre dont le déclassement en fourrager représente une décote d'environ 40 % sur un an. L'AGPB estime les pertes de chiffre d'affaires jusqu'à 500 euros/ha, et plus en cas de rendement défaillant. « De gros problèmes de trésorerie voient le jour dès à présent, a signalé Philippe Pinta. Certains exploitants ont des comptes débiteurs chez leur organisme stockeur. » « J'ai demandé au Crédit Agricole d'être bienveillant par rapport aux difficultés de trésorerie, car l'année sera très compliquée », a-t-il ajouté.
Appel à des réponses immédiates
L'AGPB a présenté diverses initiatives, qui auraient reçu le soutien de Stéphane Le Foll lors d'une rencontre le 10 septembre. Parmi elles, le versement anticipé des aides Pac au 16 octobre « pour tous les producteurs », y compris ceux dont le dossier n'est pas encore contrôlé dans le cadre du litige avec Bruxelles sur les aides versées à la France. La finalisation « sur des bases aménagées » de la mesure agroenvironnementale Zones intermédiaires vise à prendre en compte les territoires les plus fragiles.
L'AGPB demande aussi le renforcement des outils pour atténuer la volatilité et lisser les revenus, comme la Déduction pour aléas (DPA), l'assurance climatique. « Il faut aménager la DPA pour que les agriculteurs soient plus nombreux à s'en servir », a insisté Philippe Pinta, en parlant d'une amélioration via le projet de loi de finances 2015. Côté assurance, son objectif est d'atteindre 70 % de surfaces concernées en grandes cultures contre moins d'un tiers actuellement.
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Autre exemple d'initiative, l'activation du Plan silos. « Le Plan silos, arrivé à la moitié de l'objectif de 5 Mt, traîne un peu, a-t-il déploré. De grandes difficultés subsistent, d'ordre réglementaire. » Un pilotage de la campagne céréalière « en temps réel » est réclamé, avec la création auprès de FranceAgriMer d'un comité de suivi et d'un observatoire. L'AGPB appelle aussi à initier de nouveaux types de coopération entre céréaliers et éleveurs, comme sur l'utilisation du blé fourrager, les investissements dans de nouveaux ateliers, la méthanisation.
« Arrêter de rajouter des contraintes »
Les céréaliers espèrent, vu leurs difficultés actuelles, ne pas voir s'alourdir les réglementations : « Ce n'est pas le moment d'en rajouter avec les contraintes, qui risquent d'avoir un effet dévastateur, a déclaré Philippe Pinta. Il faut arrêter avec les précautions à outrance, qui bloquent l'économie ». Le problème de revenu des céréaliers, qui intervient après des années favorables en début de décennie, interpelle. En réponse à une question de journaliste sur le sujet, Dominique Chambrette, membre du bureau de l'AGPB, a répondu : « La gestion de l'exploitation à l'année, c'est terminé, compte tenu de la volatilité, des incidents climatiques. Il faut passer à une gestion pluriannuelle, basée sur l'épargne de précaution, à savoir la DPA, et l'assurance climatique. »