Un accord a été trouvé entre employeurs et syndicats des abattoirs allemands pour mettre en place un salaire minimum à partir du 1er juillet dans cette filière. Pour le gouvernement français, il s'agit d'une avancée qui permettra une concurrence plus équilibrée entre partenaires européens.
Selon un accord trouvé le 13 janvier entre employeurs et syndicats, les quelque 80 000 employés des abattoirs allemands – salariés nationaux et travailleurs détachés – auront droit à partir du 1er juillet à un salaire minimum de 7,75 € de l'heure, de 8 € au 1er décembre, de 8,60 € au 1er octobre 2015 et enfin de 8,75 € au 1er décembre 2016.
S'appuyant sur des statistiques européennes, l'Institut public Thünen estime que les salariés allemands du secteur sont payés 17 % moins cher que leurs homologues français et 42 % en dessous de ce que gagnent les Danois. De plus, des abus dans les abattoirs du pays sont régulièrement dénoncés, concernant notamment l'emploi de travailleurs détachés roumains qui sont payés seulement quelques euros de l'heure et travaillent dans de très mauvaises conditions.
Les syndicats ont souligné que les pouvoirs publics devront déployer un dispositif de contrôle garantissant la bonne application de l'accord.
« Une concurrence plus équilibrée »
« C'est une bonne nouvelle pour les salariés allemands, qui vont voir leur travail mieux rémunéré, mais aussi pour les salariés français. Par cette avancée concrète, le secteur agroalimentaire allemand va retrouver un niveau de coût du travail qui permettra une concurrence plus équilibrée entre partenaires européens », a déclaré le 15 janvier le ministre français de l'agriculture, Stéphane Le Foll, réagissant à l'accord annoncé le 13 janvier à Berlin.
Selon le ministère français de l'agriculture, « ce premier accord positif va dans le sens d'une généralisation du salaire minimum en Allemagne, comme les sociaux-démocrates l'ont obtenu dans l'accord de coalition ».
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Cette proposition de salaire minimum a d'ailleurs été considérée comme un « grand pas en avant » le 14 janvier par le président français François Hollande, qui a aussi a suggéré une harmonisation des règles fiscales entre les deux pays.
Le 9 décembre dernier, les ministres de l'emploi de l'UE se sont mis d'accord, après plus de sept heures de négociations, sur une révision de la directive sur les travailleurs détachés visant à renforcer les moyens à la disposition des États membres pour empêcher les fraudes dans ce domaine (1).
Le Collectif européen contre le dumping social pas encore satisfait
« Les avancées sur la création d'un salaire minimum en Allemagne ne résoudront pas tout. Le mal est fait. Les pouvoirs publics n'ont d'autre alternative que de se pencher au chevet de nos entreprises pour restaurer leur compétitivité afin de sauver les activités et les emplois qui pourront l'être », a déclaré Pierre Halliez, président du Collectif contre le dumping social en Europe, dans un communiqué, le 16 janvier. Par ailleurs, le Collectif rappelle que « le salaire minimum pratiqué par les industries de la viande en France, sur base de la convention des industries et du commerce en gros de la viande, est de 9,90 euros ». Le niveau reste encore supérieur à l'objectif final de 8,75 euros au 1er décembre 2016 en Allemagne. Par ailleurs, ce sont aussi les charges salariales qui créent une concurrence déloyale : « alors qu'elles atteignent 50% du salaire en France, elles peuvent être moitié moindres pour les salariés détachés quand elles sont versées dans le pays d'origine ».
(1) Voir n° 3426 du 16/12/13