Abonné

Le secteur agricole dévoile ses « bonnes résolutions » pour 2018

- - 14 min

Les responsables du monde agricole se sont livrés à un nouvel exercice proposé par Agra Presse : dévoiler leurs « bonnes résolutions » pour l’année qui démarre. Deux idées traversent les résolutions des organisations : améliorer les relations avec la société et redonner le goût du syndicalisme chez les agriculteurs. Seul le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert ne s’est pas prêté à l’exercice ; il nous répond qu’il « ne prend jamais de résolutions et fait en sorte de ne pas avoir à en prendre ».

Plutôt que d’attendre que les organisations agricoles présentent leurs vœux, la rédaction d’Agra a décidé de solliciter les organisations agricoles sur les bonnes résolutions qu’elles voulaient prendre pour 2018. L’idée étant qu’elles s’expriment sur les actions, les démarches qu’elles veulent entreprendre en 2018 plutôt que sur les attentes qu’elles peuvent avoir de la part du gouvernement, du marché ou d’autres acteurs. Ainsi, une réponse du type "nous souhaitons que les cours mondiaux repartent à la hausse" n’a pas été retenue.

L’APCA veut renforcer « le transfert de connaissances vers les agriculteurs »

Le président de l’APCA (chambres d’agriculture) Claude Cochonneau préfère le terme d'« axes prioritaires » à celui de « résolutions » mais se prête au jeu. Il souhaite d’abord « renforcer le transfert de connaissance vers les agriculteurs », notamment au travers de relations plus étroites avec l’Acta. Deuxième résolution : « réorienter le conseil à la multiperformance pour qu’il soit plus transversal, et moins spécialisé ». Claude Cochonneau souhaite que les conseillers puissent « regarder l’exploitation dans son ensemble, quitte à conseiller de retirer un atelier pour améliorer le confort de travail ». Enfin il souhaite continuer à travailler « sur les relations avec les consommateurs et la société ». Pour lui, « les incompréhensions actuelles sont anormales ».

La FNSEA essaiera de « remettre les agriculteurs en mode projet »

La présidente de la FNSEA souhaite « remettre les agriculteurs en mode projet ». Christiane Lambert constate qu'« après deux années de crise, le moral des agriculteurs est moyen. Pourtant des agriculteurs investissent ; il faut faire savoir qu’il y a des projets et qu’ils permettent de gagner en compétitivité ». Deuxième résolution : « réussir la reconnaissance de l’agriculture comme secteur moderne et innovant ». Très portée sur la communication, la patronne du syndicat majoritaire veut convaincre que l’agriculture est « capable de répondre aux grands enjeux, environnementaux, énergie, territoires… », et montrer que l’on peut « concilier éthique et high-tech, AOC et robots ». Troisième résolution : « accompagner tous les profils, notamment ceux qui sont fragilisés par les crises », avec pour objectif de « faire remonter le tiers inférieur, pour retrouver de l’optimisme ».

La Coordination rurale veut faire revenir les agriculteurs vers le syndicalisme

La résolution du président de la Coordination rurale Bernard Lannes est de « revenir vers les agriculteurs pour qu’ils s’impliquent dans le syndicalisme. Il faut qu’ils s’adressent à des syndicats représentatifs ». Bernard Lannes constate que « ces derniers temps, on voit naître… et mourir des syndicats indépendants. Il faut redonner du goût au syndicalisme. Beaucoup d’agriculteurs ont cru s’en sortir tout seul et ils réalisent que ce n’est pas possible. »

La Confédération paysanne promet d'« être au plus près des paysans »

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, se fixe comme résolution de « parcourir la campagne pour porter notre projet d’agriculture paysanne » et d'« expliquer qu’il existe une agriculture moderne qui répond aux enjeux environnementaux, de santé, d’emplois, d’alimentation. Être, tous, acteurs du changement de modèle agricole. Dynamiser le syndicat et être au plus près des paysans ». Le porte-parole de la Conf' remarque que « parmi les nouveaux arrivants dans le métier, certains ne voient pas trop l’intérêt du syndicalisme, par défiance vis-à-vis du politique. Ils se regroupent sur le plan pratique alors que le syndicalisme a un vrai rôle à jouer ».

Coop de France veut « agir pour le bien commun »

La coopération agricole avait annoncé la couleur dans un manifeste publié fin 2017 : sa résolution pour la nouvelle année est d’« agir pour le bien commun », affirme Pascal Viné, le délégué général de Coop de France. Il s’agit de montrer en quoi le modèle coopératif réconcilie les intérêts des agriculteurs et ceux des consommateurs, mais aussi les villes et les campagnes, selon lui. Des « choix courageux » sont pour cela nécessaires. Coop de France souhaite notamment pousser la réduction des pesticides. Consciente du besoin de « réinventer le modèle coopératif », la fédération veut aider ses adhérents à proposer de nouveaux services, une alimentation de proximité. L’idée est de « progresser pour le bien commun : une alimentation plus saine et plus durable, des territoires plus dynamiques et une place plus juste de l’homme dans l’économie ».

Inra : réduction des pesticides, bien-être animal et excellence scientifique française

L’Inra, parmi ses priorités d’actions, met en avant trois résolutions pour 2018 : réduire les pesticides, favoriser le bien-être animal dans des filières d’élevage compétitives et conforter une recherche scientifique française d’excellence sur le plan international, a indiqué Philippe Mauguin, p.-d.g. de l’établissement le 3 janvier. Sur les alternatives aux pesticides, un accord-cadre de recherche et innovation est près d’être signé pour accélérer le développement du biocontrôle avec pas moins de 49 partenaires. Sur le bien-être animal, l’Inra prépare un laboratoire d’innovation territorial avec trois coopératives, des instituts techniques, des associations welfaristes pour mettre au point des nouvelles pratiques d’élevage et les valoriser auprès des consommateurs. Enfin, pour conforter son positionnement scientifique d’excellence à l’international, l’Inra signera quatre accords avec des universités et centres de recherche chinois lors du déplacement en Chine du président de la République début janvier.

La FCD (grande distribution) veut réussir l’entrée dans quatre nouvelles interprofessions

La résolution de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) qui représente les enseignes sauf Intermarché et Leclerc, est de réussir son entrée dans quatre interprofessions où elle n’est pas encore : celles du lait, de la volaille, de l’apiculture et des œufs. La FCD est déjà dans les interprofessions Inaporc, Interbev et Interfel. Programme de ces nouvelles intégrations dans les interprofessions : « Travailler à la montée en gamme et à la mise en place d’indicateurs correspondant à cette montée en gamme ».

L’Ania veut faire « descendre l’esprit des États généraux dans les box de négociation ! »

La « forte résolution » de l’Association nationale de l’industrie alimentaire (Ania) est la suivante : « Que l’esprit des États généraux de l’alimentation descende dans les box de négociation pour les négociations commerciales de 2018 (qui se déroulent actuellement, ndlr) ! ». Cet esprit a été matérialisé par une charte d’engagement de 18 signataires signée le 14 novembre.

Le Modef s’engage à « continuer sur sa lignée »

Jean Mouzat, président du Mouvement de défense des exploitants familiaux : « Nos résolutions ne sont pas nouvelles. Il s’agit de maintenir le droit fil de nos revendications. Continuer sur la lignée qui est la nôtre, c’est-à-dire de défendre les petites et moyennes exploitations avec une agriculture de proximité. »

Les Jeunes agriculteurs veulent « redonner du baume au cœur à la jeunesse »

Jérémy Decerle, président des Jeunes agriculteurs : « Notre challenge, c’est de redonner un peu de baume au cœur à la jeunesse agricole de ce pays. Bonne résolution ou pas, il s’agit d’œuvrer pour redonner de l’attractivité à nos métiers et de continuer à améliorer l’accompagnement des jeunes lors de leur installation. »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

gouvernement
Suivi
Suivre

L’AGPB aspire à « gagner en compétitivité »

En tête de ses résolutions, l’AGPB (producteurs de blé) met le gain de compétitivité. « De gros écarts demeurent sur le revenu des exploitations », note le président Philippe Pinta pour qui tous les postes sont concernés. Et de pointer d’abord les charges de mécanisation : l’AGPB veut, dans certains cas, encourager « l’épargne de précaution plutôt que l’investissement ». Ceci pour améliorer la résilience des exploitations. D’autres leviers doivent être actionnés, selon Philippe Pinta, notamment dans le domaine des pesticides. « L’accès à l’innovation conditionne la baisse des phytos », déclare-t-il, en citant la génétique, la robotique, le biocontrôle.

La Fop veillera à « préserver les acquis de la filière »

L’application du plan de filière 2018-2022 constitue la grande résolution de la Fop (producteurs d’oléoprotéagineux) pour la nouvelle année. Un des attendus qui y figurent est de « préserver les acquis de la filière depuis 30 ans ». « La filière des oléoprotéagineux est bien structurée, sa vision part du producteur pour aller jusqu’au consommateur, souligne le président Arnaud Rousseau. Il faut continuer d’être en pointe là-dessus. » Mais la Fop insiste sur un autre attendu, également inscrit dans le plan interprofessionnel : « un engagement conjoint avec l’État ». Exemple avec l’implantation du carburant 100 % végétal et renouvelable (B100) pour lequel des avantages fiscaux sont espérés.

La FNPL sera « dans une posture de négociation »

La résolution de 2018 d’André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), sera « de se mettre dans une posture de négociation, être plus dans la souplesse pour rechercher le consensus ». Il promet de « faire le premier pas si nos interlocuteurs ne font pas un pas de côté. D’autant plus que certains acteurs vont se figer dans l’opposition avec les prochaines élections des chambres d’agriculture ». Il évoque également l’Europe. « Il faut faire bouger l’Europe et pour cela il faut y être », souligne-t-il. Là encore, c’est le terme de « consensus » qui se dégage avec l’Allemagne. « Nous n’avancerons pas sur la régulation en cas de crise avec les Allemands, qui y sont idéologiquement opposés, sans au préalable travailler avec eux sur des sujets où nous sommes plus proches comme les marchés à terme pour le lait et les produits laitiers. »

Vin : améliorer la résilience des exploitations face aux aléas

Après une année très déficitaire en vendange pour de nombreux vignobles, la première résolution de la Confédération nationale des AOC viticoles est de continuer à faire progresser la résilience des exploitations agricole face aux aléas de production. Premier axe : l’amélioration du dispositif du Volume complémentaire individuel, qui consiste pour les vignerons à mettre en réserve, lors des années de vendange abondante, un stock de vin non commercialisable, qui peut ensuite être utilisé les années de basse récolte. Second axe : faire valoir auprès du gouvernement et du Parlement la nécessité de revoir la fiscalité agricole et notamment d’imaginer un dispositif fiscal permettant de renforcer les fonds propres des entreprises et leur permettre de passer les coups durs.

Fruits et légumes : travailler à la modernisation des exploitations

Dans le secteur des fruits et légumes, le président des producteurs de légumes, Jacques Rouchaussé, estime qu’il faut insister sur l’accompagnement des exploitations par les pouvoirs publics (Europe, État, régions) dans leurs investissements de modernisation. Ce type d’investissements recouvre les constructions de serre et la robotisation. En effet, les faciliter (par exemple par des cofinancements) permettrait à la fois d’améliorer la compétitivité et de réduire la pénibilité. Pour sa part, le président de la Fédération des producteurs de fruits, Luc Barbier, estime qu’après les États généraux, « la meilleure chose à faire est de veiller à ce que les politiques mettent en œuvre ce qu’ils ont décidé ». C’est-à-dire principalement faire cesser les distorsions de concurrence phytosanitaires : « Si on interdit le glyphosate, qu’on arrête aussi l’importation de fruits et légumes produits avec du glyphosate ». Ce serait aussi, considère-t-il, à un an et demi des élections européennes, un moyen de rendre l’Europe plus compréhensible par les citoyens.

La FNO sera en mode « combat »

Michèle Baudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO) estime que « les résolutions, ce serait plutôt aux pouvoirs publics de les prendre ! La mauvaise nouvelle de la suppression des aides complémentaires ovines, je ne l’ai toujours pas digérée, même si la décision vient plutôt de l’Europe que du gouvernement actuel ». La syndicaliste évoque également les problèmes de la fièvre catarrhale ovine (FCO), du Brexit, du loup. « Alors pour 2018, c’est le mot "combat" que je retiens. »

La FNP veut accroître son écho parmi les éleveurs

Le président de la Fédération nationale porcine (FNP) Paul Auffray aimerait « que l’écho de la FNP auprès des éleveurs soit plus fort, que les éleveurs se rendent compte que l’action collective prime ». La FNP a pour objectif d’être mieux entendu auprès des pouvoirs publics et de l’interprofession porcine. Paul Auffray remarque qu’à mesure que « le nombre d’exploitations baisse et qu’elles s’agrandissent, la tentation de fonctionner seul est plus forte ».

La collective bioéthanol veut distinguer les biocarburants issus de résidus agro-industriels

La collective du bioéthanol, qui rassemble les industriels de l’éthanol et les producteurs de betteraves et de céréales, a comme résolution de viser un meilleur soutien de la France pour son secteur des biocarburants, en particulier pour ceux issus de résidus agro-industriels. Ces résidus sont principalement les sucres non extractibles de la betterave sucrière et les amidons résiduels. Autrement dit, l’objectif est de sortir cet éthanol non issu de matières premières alimentaires du plafond de 7 % d’incorporation. Pour l’instant, cet éthanol est comptabilisé dans cette production plafonnée, comme s’il était produit à partir de plantes alimentaires.

L'APCA veut continuer à travailler « sur les relations avec les consommateurs et la société »

L’Inra va signer quatre accords avec des universités et centres de recherche chinois

Pour la FNPL, « il faut faire bouger l’Europe et pour cela il faut y être »

Rompre avec la tendance à l'isolement des agriculteurs, grâce au collectif