Les chefs d'État et de gouvernement se réunissaient les 20 et 21 mars à Bruxelles pour, entre autres, discuter des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l'UE à l'horizon 2030. Les propositions avancées par la Commission européenne (40% de réduction des émission et 27% d'énergies renouvelables sans objectifs contraignants pour les États membres) inquiètent le secteur agricole qui estime avoir déjà consenti beaucoup d'efforts et qui regrette l'absence de sous-objectifs pour les biocarburants.
A LA veille du Sommet européen des 20 et 21 mars à Bruxelles qui devait, entre autre, se pencher sur les objectifs climatiques de l'UE à l'horizon 2030, les organisations agricoles de l'UE ont tiré la sonnette d'alarme sur les conséquences négatives pour le secteur des propositions de la Commission européenne en la matière. Bruxelles a proposé une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'UE en 2030, et un objectif pour les énergies renouvelables de 27%, sans clé de répartition nationale (1). L'agriculture, qui ne serait pas intégrée au système européen d'échange de quotas d'émissions, devrait réduire avec les autres secteurs dans ce cas (notamment le bâtiment) ses émissions de GES de 30%.
Le projet de conclusions que devaient adopter les chefs d'État et de gouvernement à l'issue du Sommet donne implicitement son feu vert à l'ensemble de ces objectifs sans pour autant inscrire noir sur blanc le chiffre de 40% de réduction. Les capitales y appellent Bruxelles à mettre au point des mécanismes qui permettront de repartir l'effort de manière équitable entre les Etats membres et préviennent qu'il faut préserver la compétitivité des industries européennes grandes consommatrices d'énergie.
La compétitivité du secteur agricole menacée
Mais le Copa-Cogeca (organisations et coopératives agricoles de l'UE) estime, dans un communiqué du 19 mars, que ces objectifs pénaliseraient la compétitivité du secteur agricole, la croissance verte et l'emploi dans les zones rurales. « Il est donc primordial de garantir de la souplesse entre la décision de répartition de l'effort et les règles de comptabilisation des émissions et absorptions de gaz à effet de serre issues de l'affectation des terres, du changement d'affectation des terres et de la sylviculture (LULUCF) », écrivent les présidents du Copa et de la Cogeca, Albert Jan Maat et Christian Pèes, dans un courrier adressé au président du Conseil européen Herman Van Rompuy. Et le secteur LULUCF ne doit pas être automatiquement inclus dans les engagements de réduction des GES à l'horizon 2030, précise le Copa-Cogeca. Entre 1990 et 2011, l'agriculture a diminué ses émissions de gaz à effet de serre de 23%, quand, tous secteurs confondus, les émissions de l'UE ont baissé de 17% seulement. Mais, prévient le Copa-Cogeca, « avec l'augmentation de la demande alimentaire, le secteur ne pourra pas maintenir ce rythme à l'avenir ».
Rien pour les biocarburants
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
La FNSEA et son homologue allemand, DBV, ont de leur côté alerté dans un courrier commun à François Hollande et Angela Merkel, dans lequel ils se disent également préoccupés par l'absence d'ambition en matière d'énergies renouvelables. « Le manque de volonté de la Commission concernant le soutien aux biocarburants de la première génération après 2020 fait peser une menace sur la pérennité des résultats réalisés depuis 2009 ainsi que sur les filières concernées », soulignent les présidents des deux organisations, Xavier Beulin et Joachim Rukwied.
Une inquiétude partagée par le Bureau européen du biodiesel (EBB) qui, lors d'une conférence de presse le 19 mars, a appelé l'UE à se fixer un objectif d'incorporation de biocarburants dans le secteur des transports à l'horizon 2030 pour, notamment, permettre le développement de biocarburants avancés. « Sinon, met en garde l'EBB qui vient de publier une étude sur la question, l'effort reposera essentiellement sur l'efficacité des moteurs et l'énergie électrique ». Conséquence : « L'énergie consommée viendra de sources avant tout fossiles et non renouvelables. Il sera alors encore plus difficile de réaliser les objectifs en matière d'émissions de gaz à effet de serre ». Les émissions du secteur des transports sont en pleine augmentation : elles représentent aujourd'hui 28% des émissions européennes et pourraient atteindre 45% en 2050.
Mais les Etats membres, dont certains ont déjà du mal à accepter l'objectif de 40% de réduction des émissions de GES, souhaitent avoir beaucoup plus de marge de manœuvre que dans le paquet énergie climat 2020 pour atteindre leurs objectifs. Et sur ce dossier, l'unanimité est exigée, car la composition du bouquet énergétique est une prérogative souveraine des Etats membres.
(1) Voir n° 3432 du 27/01/2014