Les conclusions adoptées lors du sommet européen des 13 et 14 mars à Bruxelles confirment l’ambition, à ce stade, des Vingt-sept de maintenir les objectifs, définis il y a un an, de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20% d’ici 2020, voire 30% en cas d’accord international, grâce à l’utilisation de 20% d’énergies renouvelables et de 10% de biocarburants . Pour ces derniers, une réduction de l’objectif n’est toutefois pas exclue. La mise en place de cette politique de lutte contre le réchauffement climatique coûterait, selon les estimations, au minimum 50 milliards d’euros par an.
«Je n’exclus pas la possibilité que nous devions amender ou réviser » l’objectif de 10 % de biocarburants en 2020, même, si ce n’est pas pour l’heure à l’ordre du jour, a commenté devant la presse le premier ministre slovène, Janez Jansa. Pour sa part, le chef du gouvernement italien, Romano Prodi, a ouvertement réclamé « un examen très approfondi » de cet objectif, compte tenu des inquiétudes grandissantes sur les conséquences du développement des biocarburants.
En revanche, le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, a estimé qu’il fallait garder le cap, tout en misant sur les biocarburants de seconde génération.
Décider avant fin 2008
Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE estiment, dans leurs conclusions, qu’il faut parvenir à une décision sur les propositions climat-énergie de la Commission européenne « avant la fin de 2008, ce qui permettra leur adoption sous la législature actuelle, au plus tard début 2009 », et aussi avant la conférence internationale de Copenhague où sera négocié un « accord mondial ambitieux et global sur le changement climatique pour l’après-2012 ».
Les Vingt-sept insistent également sur « la nécessité de faire preuve de souplesse pour atteindre les objectifs fixés au niveau national pour ce qui est des énergies renouvelables ». Pour les biocarburants, il est « essentiel », selon eux, de « mettre au point et de respecter des critères de viabilité effective à long terme permettant d’assurer la disponibilité, sur le marché, de biocarburants de deuxième génération, critères que l’on pourrait, à l’avenir, également envisager d’appliquer à l’utilisation d’autres formes de biomasse à des fins énergétiques ».
La précision concernant les biocarburants de deuxième génération ne figurait pas dans le projet de conclusions initial.
Enfin, le sommet européen considère qu’il faudrait « envisager un réexamen de la directive sur la taxation de l’énergie en vue de la rendre plus conforme aux objectifs de l’UE en matière d’énergie et de changement climatique ».
Les critères pour les biocarburants selon Mme Fischer Boel…
Intervenant lors du Congrès mondial des marchés des biocarburants, le 13 mars à Bruxelles, Mariann Fischer Boel a rappelé que, selon les propositions de la Commission européenne, un biocarburant devra, pour être pris en considération dans l’objectif d’un Etat membre, assurer une économie de gaz à effet de serre d’au moins 35% par rapport aux carburants fossiles, norme qui s’appliquera à la fois à la production intérieure et aux importations et qui « tient compte de la valeur des sous-produits tels que les aliments pour animaux ». Le biodiesel provenant du colza cultivé dans l’UE permet une économie de 44%, tandis que, pour l’éthanol issu de la betterave, ce chiffre est de 48%, a-t-elle donné comme exemples.
La commissaire à l’agriculture a également rappelé que les biocarburants éligibles devront respecter « de stricts critères de viabilité », notamment ne pas provenir « de terres à haute valeur pour la biodiversité » ou « de terres constituant de fortes réserves de carbone ». « Ces contraintes s’appliqueront, là aussi, à la production intérieure comme aux importations », a-t-elle assuré.
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… et selon Europabio
L’industrie européenne des biotechnologies (Europabio) a, pour sa part, défini quatre « piliers » pour la viabilité des biocarburants :
– la mise en place d’un système de certification « crédible et solide » sur une base communautaire ou plus globale pour garantir que ceux-ci sont produits d’une façon favorable à l’environnement ;
– la définition de critères de viabilité pour la biomasse utilisée pour la production de biocarburants de même que pour toutes les applications énergétiques ;
– l’assurance que l’utilisation de la biomasse pour des carburants ne compromette pas la capacité des pays européens et des pays tiers à assurer l’approvisionnement alimentaire de leur population et n’empêche pas la lutte pour la protection des forêts, des sols et des eaux ;
– une valeur seuil pour les économies de gaz à effet de serre, ainsi que des restrictions à l’utilisation des terres pour éviter de fortes réductions des stocks de carbone et des pertes de biodiversité.
Un scénario réaliste
« Il n’est pas juste de faire des biocarburants un bouc émissaire pour les mouvements de marché extrêmes de ces derniers temps », a par ailleurs estimé Mme Fischer Boel. « Comme l’explique l’OCDE, l’utilisation de céréales pour l’éthanol en Europe, Amérique du Nord et Asie a augmenté de 17 millions de tonnes en 2006. Or, cette même année, le manque d’approvisionnement en céréales dans ces pays a été au total de 60 millions de tonnes – près de quatre fois plus ! », a-t-elle dit.
« Selon nos prévisions, dans un scénario réaliste, nous devrions utiliser environ 15% de nos terres arables pour la production de biocarburants en 2020 », a poursuivi la commissaire européenne. « D’un point de vue européen, nous pourrions en attendre une augmentation des prix de l’ordre de 3 à 6% pour les céréales, et de 8 à 10% pour le colza. C’est gérable. Et, dans le même temps, les prix des aliments pour animaux diminueraient sensiblement ! ».
Ces prévisions prennent en compte « les hausses de rendement – dont on peut attendre raisonnablement 34 millions de tonnes de céréales en plus par an d’ici 2020 – et je ne mentionne même pas les OGM ; le gel des terres arables – qui pourrait nous donner un supplément de 12 millions de tonnes de céréales ; les progrès que nous réalisons sur la voie de carburants de seconde génération viables ; un niveau raisonnable d’importations – nous admettons que nous aurons besoin d’un certain niveau d’importations pour remplir notre objectif, et, si les carburants de seconde génération se développement plus lentement que prévu, les importations devront tout simplement augmenter », a précisé Mme Fischer Boel.