Le tribunal de commerce de Boulogne/Mer vient de repousser sa décision dans le dossier du N°1 français du Pet Food. Un nouveau candidat à la reprise qui s'est manifesté en fin de semaine dernière n'y est certainement pas étranger. Mais les juges ont sûrement préféré attendre la décision du tribunal d'Agen qui devrait statuer le 4 mars prochain sur l'avenir de la filiale du groupe basée à Villeneuve sur Lot.
Le tribunal de commerce de Boulogne/mer, qui statuait sur l'avenir de Continentale Nutrition dans l'après-midi du 18 février dernier, a repoussé sa décision au 13 mars prochain à 11 heures au tribunal de grande instance boulonnais. Les salariés présents à la porte du tribunal s'attendaient à une telle décision après que l'irlandais C&D Foods ait fait une nouvelle fois connaître son intérêt pour ce dossier et déposé un plan de cession le 17 février à 21 h 30. Les 700 salariés de l'entreprise (511 salariés employés à Boulogne/Mer et 154 sur le site de Villeneuve sur Lot) ne sont toujours pas rassurés sur leur devenir. La pression monte de leur côté, d'autant qu'ils comprennent de moins en moins « cette partie de ping-pong » entre investisseurs. Jean Luc Mercier, l'administrateur judiciaire du dossier, ne pouvait qu'indiquer aux responsables syndicaux du comité d'entreprise qu'aucun des deux plans proposés n'étaient financé à la date d'aujourd'hui. Du côté du premier dossier déposé par Alandia en novembre 2013, le bras de fer continue entre les principaux partenaires financiers du dossier : Sodica, filiale à 100 % de Crédit Agricole SA spécialisée dans le capital investissement, Agro-Invest (l'un des fonds d'investissement de Sofiprotéol), BPI France Investissement et « cet investisseur industriel reprenant des entreprises traversant des difficultés momentanées ». Selon une source proche du dossier, Sodica et Agro-Invest reprocheraient à Alandia, de ne mettre que 500 000 € dans un tour de table où l'on demande à Agro Invest et Sodica d'apporter chacun 8 M€ ! Le deuxième candidat à la reprise, apporté par le cabinet du ministre du redressement productif en fin de semaine dernière, est Irlandais. Il s'agit de C&D Foods, la filiale spécialisée « pets foods » du groupe irlandais agro-alimentaire ABP Food Group dont le siège social est à Ardee, une petite ville de 5 000 habitants située à l'est de l'Irlande. Il produit 300 000 t/an d'aliments pour animaux domestiques, à la fois des aliments secs et humides, notamment sous marque distributeurs mais aussi sous sa propre marque « Pascoes ».
UN DOSSIER PLUS QUE CRÉDIBLE
Ce groupe possède sept sites industriels en Europe (Irlande, Hollande, Danemark, Autriche, Grande-Bretagne), ainsi qu'une usine en Espagne, la plus importante du pays et qui est dédiée aux aliments secs (120 000 t/an).
Le comité d'entreprise de Continentale Nutrition devait étudier l'offre de reprise ce mardi 18 février à l'issue de la séance du tribunal de commerce, mais d'ores et déjà Sylvain Demilly, le délégué syndical CFDT ne pouvait qu'exprimer ses plus grandes réserves sur les intentions de l'industriel : « si C&D Foods reprend Continentale Nutrition, il ne restera pas plus de 200 personnes à Boulogne/Mer », déclarait-il à Agra-Alimentation. Les salariés rappellent que c'est la 3e fois que C&D Foods a le dossier en main, « l'Irlandais ne viserait qu'une reprise des parts de marché de l'industriel boulonnais... et ceci d'autant plus que son usine hollandaise n'est pas saturée », explique l'un d'entre eux.
De son côté, le fonds de retournement Alandia a toujours déclaré vouloir sauver 380 des 511 emplois de Boulogne/Mer dans son plan de redressement. Les pressions devraient donc se faire plus fortes pour une reprise d'Alandia, d'autant que « l'expert industriel qui conseille ce fond est un ancien de chez Mars, ce qui ne peut apporter que plus de crédibilité à son projet, explique un observateur.
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De son côté, l'administrateur judiciaire ne cacherait pas sa volonté de privilégier le dossier préservant le maximum d'emplois... mais au moment où les deux propositions qui lui seront faites seront totalement financées. On parle d'une date limite fixée à la fin février.
DES CHEMINS ÉTROITS
Néanmoins, reste l'inconnue majeure de la décision du tribunal de commerce d'Agen qui doit statuer sur l'avenir de la filiale de Continentale Nutrition basée à Villeneuve sur Lot. Celle-ci a rejoint le groupe boulonnais en juin 2012, au moment même où les nouveaux partenaires financiers rentraient au capital et injectaient quelque 21 M€ dans un plan de restructuration qui n'aura visiblement pas été suffisant.
« Si jamais le tribunal d'Agen place Villeneuve Pet Food en redressement judiciaire le 4 mars prochain, un plan de cession pourra être validé et le projet d'Alandia passera à la trappe », souligne Dominique Augé, représentant CFDT au comité d'entreprise. Car pour l'investisseur, il n'est pas question de séparer les deux entités... malgré des tentatives de cession du site du Lot et Garonne à l'allemand Deuerer implanté au Bade-Wurtemberg (400 salariés et 240 M€ de CA).
Pour l'entreprise boulonnaise, entre rentabilité retrouvée et préservation maximale de l'emploi, le chemin est des plus étroits. Les jours qui passent pèseront de plus en plus lourd du côté des 700 salariés... et de leurs nombreux sous-traitants. Mais ils sont bien décidés à ne pas relâcher la pression. Ils feront tout pour arracher une décision favorable de la part de la Banque Verte, « expert du capital investissement en agro-alimentaire » pour que Continentale Nutrition retrouve un avenir un peu plus apaisé.