Pour la nutritionniste Béatrice de Reynal, en l'absence d'un accès à une éducation nutritionnelle de qualité pour chacun, le système de couleur a au moins l'avantage de permettre au consommateur de choisir ses aliments en prenant en compte un argument santé.
Que pensez-vous du système de code couleur que pourrait instaurer le gouvernement ?
C'est un système complexe, qui donne ou enlève des points en fonction des nutriments positifs ou négatifs. Beaucoup de scientifiques et d'industriels ne le connaissent pas en détail et pensent qu'il ferait basculer certaines catégories de produits dans leur intégralité dans le rouge. Mais ce n'est pas le cas. Le système prévoit un système de notation interne à chaque catégorie de produits. Et dans chacune d'entre elles, du steak haché aux plats cuisinés en passant par les céréales et les biscuits, on peut trouver le pire comme le meilleur. Mais, aujourd'hui, cela ne se voit pas. L'idée du dispositif ne consiste pas du tout à condamner certains types de produits. On peut trouver des pizzas « vertes » comme des pizzas « rouges ».
Quelles sont les limites de ce système ?
Dans l'idéal, nous ne devrions pas avoir besoin de ces codes couleur. Il faudrait que tout le monde puisse avoir accès à une éducation nutritionnelle de qualité. Ce sont les parents qui apprennent à manger aux enfants. Nos parents nous ont appris de bonnes pratiques, comme le fait de manger à heure fixe ou de manger raisonnablement. Mais pour la première fois, les enfants ne peuvent plus se contenter de reproduire le modèle alimentaire de leurs parents car leurs besoins sont moindres. Cela marque une vraie rupture qui doit être accompagnée. Il faut aussi éviter de faire de la nourriture une punition ou un récompense. Dire « si tu es sage, je t'emmène au McDo », c'est une catastrophe.
Une autre limite, intrinsèque au dispositif, concerne l'interprétation des couleurs. Un feu vert ne signifie pas qu'on peut consommer ce produit à volonté. Il signifie que le produit est nutritionnellement correct, mais n'informe pas sur les notions de quantité et de portions.
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Que pensez-vous de la position des industriels, qui dénoncent en bloc ce système de code couleur ?
Le sujet n'est pas nouveau. Il y a cinq ans déjà, Bruxelles a proposé une évaluation des aliments et s'est heurté aux lobbies. Aujourd'hui, on laisse différents pays tester des dispositifs, en attendant, sans doute, de faire de nouvelles propositions au niveau européen. Quand on met la tête dans le sable, on finit par se faire avoir. Je pense que l'on va aller vers un système de codes couleur, que les industriels le veuillent ou non. Et ils feraient mieux de se mettre tous ensemble autour de la table pour avancer sur ce sujet. Les couleurs, c'est très accessible, même des analphabètes peuvent les comprendre.
Y a-t-il des systèmes alternatifs ?
Une autre solution, c'est de taxer davantage les produits qui ne sont pas nutritionnellement corrects. Est-il normal de laisser sur le marché de tels produits ? Le code couleur donne les moyens au consommateur de faire son choix en prenant en compte un argument santé. Cela laisse finalement plus de liberté, surtout quand on sait que 40 % des Français ne mangent pas tout ce qu'ils veulent quand ils le veulent pour des raisons de coût. Notre alimentation n'a jamais été meilleure qu'aujourd'hui, notamment sur le plan toxicologique. Mais la course aux petits prix incite à remplacer des ingrédients nobles par des pis-allers. J'encourage mes clients à conserver leurs ingrédients et à valoriser ce choix, mais tout le monde n'a pas forcément accès aux meilleurs produits. Je pense que les consommateurs doivent pouvoir choisir. Ils sont exposés à de nombreux arguments marketing, il me semble normal qu'ils aient accès à une information en lien avec leur santé.