S'il laisse indifférent la plupart des Européens, l'accord de libre échange transatlantique déchaîne les passions en Allemagne. Selon un sondage YouGov publié fin mars, 43% des Allemands pensent que l'accord, soutenu par le gouvernement, serait « mauvais » pour leur pays, de loin le pourcentage de sceptiques le plus fort parmi les sept pays d'Europe interrogés, contre 30% qui l'estiment « bon ». Les réserves se focalisent sur les standards sanitaires et de sécurité, notamment alimentaires, et les mécanismes d'arbitrage international des différends économiques. Pour Peter Sparding, chercheur du German Marshall Fund, cité par l'AFP, le débat en Allemagne « a atteint une telle ampleur que les responsables des deux côtés doivent envisager le risque d'un échec ou d'une sérieuse réduction de la voilure » de l'accord.
Sur près de 600 manifestations qui ont eu lieu le 18 avril à travers le monde pour protester contre les accords de libre-échange, plus de 200 se déroulaient en Allemagne. Sur les 1,7 million de signatures collectées en Europe par le collectif européen Stop TTIP, environ un million l'ont été en Allemagne – près de dix fois plus qu'en France et 50 fois plus qu'en Italie.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Outre un « anti-américanisme latent depuis longtemps » relevé par certains, de nombreux observateurs s'accordent sur un point : la vigueur du débat doit beaucoup au fait que « cela va bien pour l'Allemagne en ce moment », explique Tanja Börzel, professeur de sciences politiques à l'Université Libre de Berlin. L'économie crée des emplois, les revenus augmentent, les Allemands ont plus le loisir de se pencher sur des débats de société que leurs voisins français par exemple qui ont « bien d'autres problèmes à l'heure actuelle », relève l'universitaire.