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Dominique Dhumeaux, vice-président de l’Association des maires ruraux de France « Le village est la clé de l’apaisement de notre société »

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Actant le « sentiment de relégation, voire d’abandon [qui] demeure, en particulier dans les zones rurales », le Premier ministre a demandé à cinq parlementaires et élus locaux de plancher sur un Agenda rural, qui a été remis le 26 juillet à la ministre de la Cohésion des territoires et au ministre de l’Agriculture. Ce rapport, « Ruralités : une ambition à partager », présente 200 propositions autour de la mobilité, de la santé, de l’éducation et de l’inclusion numérique. Quelques-unes ont trait directement à l’agriculture. Dominique Dhumeaux, maire « sans étiquette » de Fercé-sur-Sarthe et vice-président de l’Association des maires ruraux de France, le décrypte pour Agra Presse.

Quel objectif vous êtes-vous fixé en tant que rapporteur de l’agenda rural ?

La priorité a été de rechercher des solutions concrètes capables de redonner confiance aux habitants des zones rurales. Que le sentiment d’abandon des territoires ruraux puisse être pris en compte et que les gens voient que l’on s’occupe d’eux. L’agenda rural retenait l'attention du président Macron mais ce n’était pas une priorité. La forte mobilisation des Gilets jaunes a remis le dossier sur le dessus de la pile – poussé aussi par l’association des maires ruraux de France. Je suis convaincu que le village est la clé de l’apaisement de notre société.

Comment s’est déroulée la mission ?

Pendant quatre mois, nous avons auditionné 200 personnes qui – de près ou de loin – avaient un lien avec le monde rural. Nous avons auditionné des ministres, des politologues, des associations, le monde médical, l’enseignement et également les syndicats agricoles. On ne s’est pas donné de limites. Entre rapporteurs, nous pouvions avoir des divergences. Par exemple, sur les intercommunalités, nous avions des points de vue différents sur leur rôle, échelon au-dessus des communes ou outil à leur service. Il a pu y avoir des rapports de force mais ils ont été assez sains. Et, finalement, les 200 propositions ont été validées par les cinq rapporteurs.

Quelles sont les propositions phares de l’agenda rural que vous proposez au gouvernement ?

Il n’y a pas de propositions phares à proprement parler. Nous avons travaillé sur l’ensemble des sujets qui touchent les habitants de nos villages, avec une attention particulière sur des sujets comme la santé, l’éducation, la mobilité et l’inclusion numérique. Toutes les solutions sont intimement liées. L’idée, c’est que les familles ne se demandent pas si l’école va fermer à la fin de l’année. Sur l’inclusion numérique, nous proposons que la mairie devienne le lieu de premier recours. Que les secrétaires de mairie puissent aider les citoyens dans leur démarche au quotidien et apporter des solutions de proximité pour les accompagner dans la dématérialisation. Pour traiter le sentiment d’abandon, il faut que tout le monde s’y mette.

Et pour l’agriculture ?

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Si on s’occupe des citoyens dans le monde rural alors on s’occupe des agriculteurs. C’est là qu’ils vivent. Sur l’agriculture en particulier, nous préconisons de revoir la limite d’âge pour les aides à l’installation. Elle est de 40 ans aujourd’hui. Mais notre société évolue. Il y a de plus en plus de réorientations professionnelles. On s’installe plus tard. Les aides à l’installation doivent aussi pouvoir bénéficier à ce public alors qu’elles ne sont aujourd’hui réservées qu’aux seuls jeunes agriculteurs. Nous avons également travaillé sur les circuits courts, même si, bien entendu, nous avons besoin de cultures de gros volumes également. Le principe est d’ouvrir les collectivités aux circuits courts et que les agriculteurs soient moins dépendants des firmes et des banques. Les réflexions sur le commerce de proximité y sont aussi forcément liées.

Quelles seront les suites données par le gouvernement à votre rapport ?

Politiquement, je ne vois pas comment ce gouvernement pourrait se passer de s’occuper des territoires ruraux. Pendant l’été, les ministères vont prendre leur calculette pour évaluer le coût de nos propositions. Certaines choses pourront aller vite car il n’y a pas besoin de passer par la loi mais par décrets ou arrêtés. D’autres sont déjà pris en compte dans des projets de loi en cours ou déjà votés. Pour certaines propositions, il faudra attendre la prochaine loi de finances. Certaines choses prendront plus de temps. L’intégralité de nos propositions ne sera pas reprise mais je n’envisage pas que le président ne s’en empare pas à la rentrée. Lors du congrès de l’Association des maires ruraux, les 20, 21 et 22 septembre, le Premier ministre fera des annonces.

« Pour traiter le sentiment d’abandon, il faut que tout le monde s’y mette »

« Pendant l’été, les ministères vont prendre leur calculette pour évaluer le coût de nos propositions »

Agroécologie, foncier et installation au menu de l’Agenda rural

Dans son rapport remis au ministre de l’Agriculture le 26 juillet, la mission « agenda rural » propose une série de solutions pour « réussir la transition agroécologique des territoires ». Trois grands thèmes ressortent : l’écologie, le foncier et le vieillissement de la population. Parmi les propositions spécifiques au secteur agricole, on peut trouver : le plafonnement des aides à l’actif agricole ; la majoration pour les premiers hectares ; une taxe sur les plus-values foncières liées au changement d’usage ; l’élargissement du droit de préemption ; la simplification des modalités de mise en œuvre des zones agricoles protégées ; la revalorisation des retraites agricoles ou encore le soutien aux associations qui accompagnent les installations agricoles.