Pour la première fois en France, l’Anses a démontré que le virus de l’influenza D peut passer des bovins, leur principal réservoir, aux porcins.
D’après une étude récemment parue dans la revue Emerging Infectious Diseases, des chercheurs de l’Anses ont isolé, pour la première fois en France, le virus de l’influenza D chez des porcins, alors qu’il est habituellement présent chez les bovins, prouvant ainsi une transmission inter-espèces. Comme le rappelle l’Anses sur son site web, « le virus a déjà été détecté chez des porcs dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Italie, le Luxembourg, l’Irlande et les Pays-Bas ». Or, le porc « est connu pour être un hôte intermédiaire, facilitant l’adaptation des virus grippaux à l’humain », rappelle l’agence sanitaire.
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Dans le détail, les travaux ont été menés par le laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort après une contamination survenue en 2022 dans un élevage breton multi-espèces. Les chercheurs ont trouvé le virus dans des prélèvements effectués en octobre 2022 sur sept porcs à l’engraissement, après « l’apparition de désordres respiratoires chroniques ». Après une visite de l’exploitation, les scientifiques ont suspecté que le virus provenait de bovins, car le bâtiment des porcs comprenait des entrées d’air faisant face à un bâtiment comprenant des taurillons. Aucun prélèvement n’a pu être réalisé sur les bovins, qui avaient présenté des « signes respiratoires en particulier de la toux », peu après leur arrivée dans l’élevage. Par ailleurs, ces jeunes bovins (6 mois) provenaient d’un élevage des Pays de la Loire, « la région avec la prévalence sérologique de virus influenza D la plus élevée en France ».
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« Souche réassortie »
Au-delà de la transmission inter-espèces, les chercheurs ont mis en évidence une propagation au sein du troupeau porcin : une deuxième série de prélèvements réalisée sur 30 animaux en décembre 2022 a montré que 10 % des porcelets testés étaient positifs. Le virus influenza D en cause était une « souche réassortie » présentant « deux mutations uniques » capables « d’augmenter la transmission inter-espèces ». Ce réassort pourrait avoir eu lieu « chez les taurillons dans le centre d’allotement avant d’être envoyés en engraissement, ou dans une ferme de naissage ». Et les chercheurs de conclure que le virus de l’influenza D s’est montré capable de « s’adapter à leur nouvel hôte à travers de mutations potentiellement spécifiques ». Le virus influenza D fait partie de la même famille que celui de l’influenza aviaire (de type A), responsable d’une épizootie mondiale chez les volailles et chez certains mammifères.