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Leche Pascual bouscule l'industrie laitière espagnole

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Les incertitudes actuelles quant à l’avenir de Clesa, la filiale espagnole du groupe Parmalat, ne font pas que des malheureux. Selon des informations parues récemment dans la presse économique nationale, les deux leaders du lait en Espagne, Puleva (15 % de parts de marché) et Leche Pascual (11 %) s’affaireraient déjà pour convaincre éleveurs et coopératives fournisseurs de Clesa de les rejoindre.

Nous n’avons été chercher personne mais il est vrai que nous avons reçu des offres d’éleveurs et que, s’ils remplissent nos critères de qualité, nous serons ravis de les accueillir», affirme-t-on chez Leche Pascual, un groupe qui, à force d’opportunisme et de dynamisme commercial, fait régulièrement la une des médias spécialisés espagnols. « La concurrence voyage encore en “Fokker” quand Pascual se déplace en “Jumbo” », aime à déclarer, dans le style imagé qui le caractérise, le président fondateur de ce groupe 100 % familial, Tomas Pascual. A 77 ans, celui-ci continue de travailler douze heures par jour aux côtés de son fils Tomas, directeur général, et n’a pas abandonné son rêve de transformer la petite coopérative rachetée en 1969, à Burgos, en Castille et Léon, en une grande multinationale.

300 millions d'euros d'investissements

Les chiffres paraissent lui donner raison. En 2003, Leche Pascual table sur un chiffre d’affaires de 900 millions d’euros contre 840 millions en 2002, soit une augmentation de 7,1 %. Le groupe, qui réalise 47 % de ses ventes dans le lait et 10 % dans le yaourt, emploie 3 700 personnes et commercialise plus de 300 produits destinés, entre autres, à la grande distribution (lait, yaourts mais aussi céréales, jus de fruit et eaux minérales) et à la restauration hors domicile (les mêmes produits qu’en GMS avec, de surcroît, des œufs liquides ultra pasteurisés). Il exporte vers plus de 60 pays dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, l’Angola et Puerto Rico.

Toujours sur la brèche, les Tomas Pascual ont annoncé récemment un plan d’investissement de 300 millions d’euros, destiné à doubler leurs ventes en trois ans ! Aux 17 usines existantes (cinq d’eau minérale, trois de lait, deux de jus de fruit, deux de céréales, une d’œuf liquide ultra pasteurisé, une de tortilla espagnole ou française, une de beurre et de crème, une de yaourt et une d’aliments pour le bétail), s’en ajouteront cinq, dont une usine de production de lait à Gurb, en Catalogne, et une usine de boisson au soja.

Un « yaourt » pasteurisé après fermentation

Le lait liquide reste, bien sûr, la grande affaire de Leche Pascual qui a produit 650 millions de litres en 2002, sur un total espagnol de 3 375 millions de litres. Néanmoins, fort de son goût pour l’innovation – il fut le premier à introduire les emballages “Tetra brik” en Espagne par exemple –, le groupe se diversifie tous azimuts depuis les années quatre-vingt, n’hésitant pas à marcher sur les plate-bandes de concurrents tels que Danone, Nestlé, Kellogg, Coca-Cola ou PepsiCo.

L’illustration la plus récente est son “yaourt pasteurisé après fermentation”, lancé en 2002. Malgré la forte opposition de Danone et de Nestlé, Leche Pascual a obtenu du gouvernement de Madrid un changement de norme pour conserver l’appellation “yaourt”. Mieux, son produit, qui peut normalement se conserver à température ambiante, est aujourd’hui présent dans les linéaires froids de nombreuses grandes surfaces, dont Alcampo, afin de pouvoir lutter à armes égales avec ses concurrents. « La même chose nous est arrivée avec le “Tetra brik”, se justifie Tomas Pascual dans une interview au journal “Expansion”, au début, personne n’y croyait, on nous traitait de fous, puis tout le monde s’y est mis et les consommateurs ont fini par nous donner raison».

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Une politique d'acquisition agressive dans l'eau

Dans un autre secteur très disputé, celui des eaux minérales, c’est à Danone et à Nestlé, mais aussi à Coca-Cola et à PepsiCo, nouveaux entrants sur ce marché avec les marques Bonaqua et Aquafina respectivement, que Leche Pascual pose des problèmes. Non content de ses 4,9 % de parts de marché actuels, qui en font le numéro cinq, il mène une politique agressive d’acquisition de sources et s’apprête à construire une autre usine d’embouteillage, près de Ségovie. Tout cela sans recourir aux marchés.

Echaudé par l’exemple de Parmalat, Tomas Pascual, reconnaît avoir envisagé l’hypothèse d’une entrée en bourse il y a sept ans, mais l’exclut totalement aujourd’hui. Dans une interview au journal “Expansion”, il précise sa pensée : « La Bourse est un problème car elle oblige à justifier chaque année d’une certaine croissance devant des investisseurs ; moi, lorsque j’ai besoin d’argent, je m’adresse aux banquiers qui sont, d’une certaine façon, les actionnaires de Leche Pascual ».

 

La Bourse est un problème, car elle oblige à justifier chaque année d’une certaine croissance devant des investisseurs