Longtemps spécialiste de l'hypermarché, le mouvement des Centres E.Leclerc mise désormais sur un format “éclaté” de ce magasin. Michel-Edouard Leclerc a ainsi annoncé l'ouverture en 2004 de grandes surfaces spécialisées dans le sport, le jardinage et le bricolage, et le développement de ses autres formats spécialisés. Bien qu'il accuse les pouvoirs publics d'avoir favorisé le maxidiscompte, le distributeur concède qu'il correspond à une “utilité sociale"”.
Croit-il toujours à l'hyper ? Interrogé lors d'une conférence donnée à l'occasion de la sortie de son livre Du bruit dans le Landerneau, à l'initiative du magazine LSA, le 14 janvier dernier, Michel-Edouard Leclerc a répondu par l'affirmative. « Ce format a encore de très nombreuses années de prospérité devant lui. Nous y croyons fortement, au point d'avoir rejeté, l'année dernière, l'idée de créer une enseigne de hard-discount», a-t-il dit. Le groupement qu'il copréside avec son père s'est d'ailleurs associé voilà deux ans avec son homologue italien Conad pour développer le concept outre-Tunnel du Mont-Blanc. Une chose est sûre, le format a permis au mouvement de devenir un leader de la grande distribution française et de rivaliser avec des enseignes telles Carrefour en France et Tesco en Pologne.
« Gigantisme »
Mais Michel-Edouard Lelerc n'a-t-il pourtant pas affirmé, quelques jours plus tard, au Journal du dimanche : « Le gigantisme des hypers, c'est fini » ? Est-ce à dire qu'il a changé d'avis ? Pas exactement. Tout cela était dans les cartons depuis longtemps, bien avant que le modèle de l'hypermarché se trouve concurrencé par la proximité grâce à la loi Galland — qui a eu pour effet de lisser les “prix” — mais aussi et surtout par le maxidiscompte en alimentaire et les grandes surfaces spécialisées en non alimentaire. Le groupement a ainsi développé des magasins attenants à ses supermarchés et ses hypers spécialisés dans la parapharmacie, les voyages et les produits culturels. Aujourd'hui c'est dans le sport, le jardinage et le bricolage que les Centres E.Leclerc entendent lancer de nouveaux formats alors que ces produits disposaient de leurs linéaires à l'intérieur des hypermarchés. Si le coprésident croit toujours à l'hypermarché, c'est plutôt, semble-t-il, à un hypermarché qui aurait fait l'objet d'une partition, c'est-à-dire éclaté en plusieurs magasins juxtaposés. « Le gigantisme des hypers c'est fini, a-t-il donc déclaré. D'où le retour du supermarché, le regain des magasins spécialisés et la monté du hard discount sur les premiers prix », ajoutant que « l'hypermarché est en train de réinventer la relation humaine ».
Cette relation humaine, le maxidiscompte l'a-t-il prise en compte ? Une chose est sûre. La menace de ce “nouveau” format, pour les hypermarchés, est réelle. L'enseigne s'est ainsi vu obligée de descendre en gamme. « Nous allons augmenter de 30 % le nombre de premiers prix dans nos magasins, car nous avons l'obligation de nous adapter au marché », a annoncé Michel-Edouard Leclerc. Mais « je ne suis pas sûr que cela serve l'industrie française, a-t-il prévenu. La montée du hard discount fait surtout peser une menace sur les grandes marques. Car il faut bien voir que si nous avons nous, hypermarchés, avec les industriels des relations qu'on qualifie toujours de conflictuelles, nous partageons avec eux une forme de complicité qui leur rend service. On ne peut pas en dire autant des hard discounters. » Avis aux amateurs.
Lois Raffarin et Galland
Mais pour Michel-Edouard Leclerc, le jeu de la concurrence entre les hypermarchés et les maxidiscomptes a été faussé par les pouvoirs publics. Ainsi, il a accusé la loi Raffarin d'avoir fait la part belle aux maxidiscompteurs et d'avoir facilité les ouvertures durant le gel des surfaces au détriment des hypermarchés. « Tandis que nous ramons pendant six ou sept ans pour obtenir de coûteuses autorisations d'agrandissement ou d'aménagement de nos hypers, les pouvoirs publics laissent les hard-discounters s'implanter au bord de nos parkings», a-t-il déploré. « Le consommateurs est paumé, a-t-il ajouté. Et les commerçants en sont réduits à des ersatz de concurrence. Les pouvoirs publics ont fait une circulaire pour voir, mais si Monsieur Dutreil veut attendre le résultat de ce qu'on lui a prédit il y a un an, nous perdrons un an. » Quoi qu'il en soit, le groupement ne s'en tirerait pas si mal à en croire, son patron, qui s'est targué d'un chiffre d'affaires en hausse de « 4 points de plus que Carrefour » en 2003.
Non alimentaire
Quant aux premiers magasins de sport de l'enseigne, ils devraient ouvrir au début du deuxième semestre 2004. Une enseigne nationale de jardinage et bricolage avec pour objectif une trentaine de surfaces d'ici trois ans. Michel-Edouard Leclerc veut également ouvrir trente parfumeries et accélérer le développement de ses “espaces culturels”, avec une quarantaine d'ouvertures, dont 12 en 2004. Le nombre des parapharmacies pourrait être augmenté d'un tiers. Est encore envisagée l'implantation d'agences de voyages dans les centres-villes. Avec son hyper “éclaté”, et malgré son agressivité commerciale sur les produits alimentaires à des prix maxidiscomptes, le développement du groupement passe donc plus que jamais par les secteurs non alimentaires.