Si les potagers et les ruches fleurissent en ville, l’élevage n’est pas en reste avec l’arrivée de l’éco-pâturage. Moutons, chèvres et vaches colonisent les espaces verts urbains, en remplacement des tondeuses. Un marché porteur, mais pas toujours contrôlé par des professionnels de l’élevage.
Renault, SNCF, Pomona Passion froid, Truffaut, HEC, Parc Astérix, tous ont déjà fait appel à cette nouvelle technique d’entretien des espaces verts : l’éco-pâturage. Moutons, caprins, bovins sont aujourd’hui utilisés en ville pour remplacer la tonte et favoriser la biodiversité. À l’image de l’agriculture urbaine, arrive l’élevage urbain ! Un constat qui a amené deux chercheurs à s’interroger sur cette pratique (1) et dont la publication a été présentée au Rencontres autour des recherches sur les ruminants (3R) de 2016, en décembre dernier. D’après leur conclusion, « le pâturage urbain revisite les traditionnelles manières d’entretenir, remet en question les acquis techniques de l’aménagement paysager et permet d’évoluer vers une durabilité des façons d’intervenir, ouvrant de nouvelles perspectives pour la formation et l’emploi dans le secteur ». En pratique, Alain Divo, fondateur du bureau d’études Ecoterra et ayant déposé le terme d’Ecopaturage à l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi), explique sa façon de faire. Déclaré exploitant agricole, il possède 280 ruminants répartis entre des chèvres des fossés, des moutons Ouessant, Lande De Bretagne et Ile-de-France et des bovins Bretonne Pie Noir, Froment du Léon ou Nantaise. S’il possède 10 ha autour de chez lui, en Ile-de-France, il utilise près de 150 à 180 ha de pâtures dans Paris et ses banlieues.
150 à 180 ha de pâture en villes et banlieues
« Je travaille dans une logique agricole », explique-t-il. Il rentre ses animaux à l’automne pour que les mises bas aient lieu à la ferme. Il garde les agneaux 15 jours à 3 semaines après leur naissance « afin que les renards, très présents en ville, ne les attaquent pas ». Engraissés à l’herbe, les animaux sont ensuite tués pour partir en circuit court. « Que du bouche-à-oreille ! », souligne-t-il. Les carcasses sont légères mais la valorisation est là, car les races utilisées sont recherchées, d’après lui. Toutes en voie de disparition, les races qu’il utilise lui permettraient de toucher des aides publiques mais, « je ne touche pas une seule prime de la Pac », relève-t-il. Son exploitation-bureau d’étude emploi trois salariés à temps pleins. Le chiffre d’affaires de l’entreprise, toutes activités confondues, atteint 250 000 euros en 2016. En parallèle, il propose des formations pour les écoles et des diagnostics concernant la biodiversité. Pour la surveillance, il forme une personne de l’entreprise ou de l’organisme public. « Il y a toujours un volontaire pour aller voir les animaux, les surveiller et il m’appelle en cas de problème », fait remarquer Alain Divo. Il rapporte peu de vols ou d’actes de malveillance comme l’ouverture de clôtures la nuit. Mais il s’inquiète de la concurrence sur le marché par des non-professionnels, voire mêmes d’autres éleveurs qui mettent des animaux à disposition… gratuitement.
Des « professionnels » de tous horizons
Marjorie Deruwez, créatrice et gérante d’Ecozoone, ancienne institutrice, travaille également avec des races à petits effectifs. Elle déclare posséder 1 500 bêtes et pouvoir desservir toutes les villes de France. Elle n’hésite pas à prendre en location les moutons d’éleveurs et embauche des saisonniers qu’elle forme pour surveiller les brebis. En ville, ils vivront en caravane, instaurant un dialogue avec les citadins et protégeant les brebis d’un vandalisme fréquent, selon son discours. Son entreprise emploie 15 équivalents temps plein. Mais elle ne donnera pas de chiffre d’affaires. Elle dit ne pas rentrer dans une logique de production et conserver les animaux à vie. Pour recruter, elle cherche des « passionnés » car « ce n’est pas un métier où l’on compte ses heures ! ». Un discours que les éleveurs connaissent trop bien…
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Eco-Mouton, entreprise créée par Sylvain Girard, gérant d’un entrepôt logistique en région parisienne, utilise, selon son site internet, 1 500 moutons d’Ouessant et emploie 12 salariés. Il se qualifie d’« éleveur ». En plus, de l’installation de poulailler ou de potager en ville, l’association, Les bergers urbains, s’est lancée dans la même démarche. Avec sa centaine de moutons, elle propose même des transhumances, comme le montre la photo de leur site internet, avenue de la République à Saint-Denis (93).
« L’éco-pâturage : une nouvelle pratique qui interroge l’espace public » de O. Bories et C. Eychenne, Rencontre recherche ruminants, 2016
"Le pâturage urbain revisite les traditionnelles manières d’entretenir les espaces verts"
Prestation d’éco-pâturage : la compétence agricole n’est pas recherchée par les élus
Avoir des compétences agricoles ou des connaissances en zootechnie n’est pas forcément un plus lors de la réponse à des appels d’offres sur l’éco-pâturage, estime Alain Divo, fondateur d’Ecoterra. Possédant lui-même un BTS agricole, en plus de son diplôme de paysagiste, il constate que « plus personne ne connaît rien aux animaux en ville. La compétence agricole n’est pas le problème de ceux qui lancent les appels d’offres. Les élus vont faire confiance à des gens qui parlent bien. Un discours purement agricole n’est pas adapté non plus ». D’après lui, le prix proposé est l’autre élément qui joue dans la balance pour remporter les appels d’offres.