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Enseignement agricole L’école, terrain du changement des pratiques agricoles

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Faire rimer économie et écologie, cela s’apprend dès l’école. A l’occasion de la rentrée des classes, Stéphane Le Foll a voulu donner une orientation forte à l’enseignement agricole : celui-ci doit intégrer davantage l’écologie, pour faire évoluer les pratiques agricoles.

«Nous avons besoin de donner un deuxième souffle à notre enseignement agricole » : venu au lycée de Rouillon, près du Mans (72), le 4 septembre pour la rentrée des lycéens, le ministre de l’Agriculture a voulu « passer un message pour l’enseignement agricole ». Ou plutôt des messages. « Notre enseignement a d’excellents résultats, a-t-il ajouté. Mais je crois qu’il est temps (…) que nous nous remobilisions sur de nouveaux objectifs, pour continuer à être à la fois attractifs et performants. » Le ministère a sur ce point quelques idées. « Il faut que l’enseignement agricole, lieu de débat, lieu de transfert du savoir, soit un lieu où on fasse évoluer cette idée que, pour réussir demain, il faudra combiner une performance économique absolument nécessaire avec une performance écologique qui ne l’est pas moins », a-t-il souligné. Pour cela, une « mission spécifique sera lancée ». À ses yeux, l’enseignement agricole « sera un des lieux dans lesquels va se faire ce changement culturel ».
 
Inscrire l’enseignement dans la loi d’avenir agricole
Cette idée n’est pas isolée : elle s’inscrit dans la droite ligne de la réflexion, voulue par le ministre, sur les nouveaux modèles agricoles. Réflexion qui doit aboutir à la loi d’avenir pour l’agriculture. Agroforesterie, couverture permanente des sols, auxiliaires des cultures… cette loi-cadre devra « choisir » des pratiques qu’elle souhaitera porter. Il s’agira ensuite de faire évoluer dans ce sens les programmes des matières techniques de l’enseignement agricole, précise le cabinet. Dans un deuxième temps, donc.
Et pour commencer, un comité national de l’innovation pédagogique doit être lancé dès cette rentrée, a annoncé le ministre. Sa mission : « Recenser, mutualiser, puis valoriser et diffuser les expériences » développées dans les établissements. Ce forum d’échange entre professionnels de la formation « réunit des personnels et partenaires de l’enseignement agricole ainsi que des experts compétents de différents horizons qui seront très prochainement désignés », fait savoir la direction générale de l’Enseignement et de la recherche.
 
250 postes par an
Le but est de mettre en avant et stimuler l’originalité et la diversité, souvent soulignés, des méthodes éducatives et des projets que portent les établissements d’enseignement agricole. « Je suis très fier de cet enseignement et je fais tout pour en défendre à la fois la spécificité et la place dans l’éducation », a d’ailleurs souligné plusieurs fois le ministre. Il rappelait les bons taux de réussite (85% en 2011) et d’insertion (90%) des élèves issus de ces filières. Des arguments qu’il dit avoir fait valoir dans les débats sur les arbitrages budgétaires, obtenant ainsi la création de 110 postes dès cette rentrée et la promesse d’en créer 250 autres par an, chaque année au cours du quinquennat. A priori, plutôt des postes de professeurs.
 
Réactions nuancées
En esquissant ces grandes lignes, Stéphane Le Foll semble vouloir donner une direction à l’enseignement agricole, en phase avec la politique qu’il compte mener. Des annonces plutôt bien perçues par les professionnels de l’agriculture et de son enseignement. Malgré quelques réserves.Tout d’abord, sur la question d’intégrer plus d’environnement – en lien avec l’économie – dans les formations, le Cneap, Conseil national de l’enseignement agricole privé reconnaît qu’aujourd’hui, « l’enseignement agricole doit pouvoir proposer aux jeunes un enseignement qui porte sur toutes les modalités de production, des plus « classiques » aux plus novatrices », explique Philippe Poussin, son secrétaire général. S’il reste des efforts à faire, « la dynamique est lancée ». Il ajoute : « Devant la forte attente de la société, il semble important que l’enseignement agricole puisque porter cela, avec l’accompagnement des professionnels, qui, quoi qu’on en dise, aspirent également aux changements de pratiques ». Pour le Snetap-FSU (syndicat national de l’enseignement technique agricole public), faire passer les changements de pratiques à travers l’enseignement des futurs professionnels agricoles, « c’est un peu compliqué », relève Jean-Marie Le Boiteux, secrétaire général. « Le problème, explique-t-il, c’est de savoir quelle politique sera prônée. Il ne faut pas reproduire ce qui s’est fait dans les années 60, où l’enseignement agricole a accompagné une politique axée sur un productivisme à tout va. En revanche, si le projet politique vise à maintenir un réseau social en milieu rural, des revenus agricoles décents et qu’il s’agit d’une agronomie fondée sur la science, dans ce cas, l’enseignement (public, en particulier) a toute sa place pour accompagner ces politiques. » Enfin, pour Michel Delmas, secrétaire général du SFOerta, le syndicat Force ouvrière de l’enseignement, de la recherche et des techniques agricoles, « on a déjà commencé à prendre le virage de l’environnement. Il faut continuer, pour bien l’intégrer dans les programmes ». Le syndicat se prononcera définitivement à l’issue de son bureau, en mars. À cette date la loi d’avenir sur l’agriculture sera peut-être un peu plus avancée.

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