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Portrait L’efficacité à l’américaine

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Faites attention à Christine Lagarde : le magazine américain Forbes l’a classée naguère trentième parmi les 100 femmes les plus puissantes du monde ! Forbes, qui a d’habitude une bonne appréciation des choses et des humains, avait sans doute raison. Et pourtant, ce classement n’était pas réalisé à l’époque où elle était patronne du grand cabinet de juristes Baker & McKenzie, mais à celle où elle était ministre du Commerce de la République française. C’était une manière, sans doute, pour les Américains, de reconnaître l’efficacité de cette Française qui n’a pas cessé de surveiller les négociations à l’OMC auxquelles elle ne participe pourtant pas en direct. Les agriculteurs français en savent gré, d’ailleurs, à cette femme dont l’élégance toute parisienne, la silhouette élancée d’une ancienne championne de natation (en nage synchronisée), tranche avec la franchise, voire, parfois, la rudesse de ses propos. Mais on n’a pas gravi les échelons d’un des cabinets d’avocats américains prestigieux – chez lesquels le fait d’être Français n’est en général pas la plus grande des qualités – sans une volonté et une efficacité sans faille.

« Etes-vous dure ? » lui aurait un jour demandé quelqu’un. « Non mais je suis déterminée », avait répondu Christine Lagarde. Devenue patronne de Baker & McKenzie, elle aurait édicté une vingtaine de règles auxquelles l’organisation allait devoir se plier. Va-t-elle procéder de cette manière à l’égard du ministère de l’Agriculture ?

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Christine Lagarde va sans doute attendre d’avoir découvert le monde agricole, ses complexités, ses mille et une personnalités, présidences et organisations avant de prendre ses marques et d’imposer ses manières de faire. Au ministère du Commerce extérieur, elle avait affirmé, en substance, qu’une de ses tâches était de montrer aux Français les bons côtés de la mondialisation. Plus que jamais devra-t-elle convaincre aujourd’hui les agriculteurs.

« Elle avait l’air très calme, paisible », dit un de ses interlocuteurs du 23 mai, jour où elle recevait les représentants du syndicalisme agricole majoritaire, « avec l’œil malicieux de celle qui découvre un monde tout nouveau. » « Ce sera sans doute agréable de travailler avec elle », dit un autre, impressionné par son sens de l’organisation. Des premiers contacts qui se doivent, évidemment, d’être idylliques. La suite le sera sans doute moins car les enjeux sont majeurs. « C’est la ministre d’une période qui sera peut-être la plus cruciale pour l’histoire de l’agriculture française », dit un syndicaliste. OMC, nouvelle réforme de la Pac, contraintes environnementales, rigueurs budgétaires… la première ministre de l’Agriculture de l’après-Chirac n’aura pas la tâche facile. Il lui faudra toute la puissance que lui a reconnu Forbes pour réussir, non pas contre les agriculteurs mais avec eux.