La relance des légumineuses nécessite une nouvelle approche pour « déverrouiller le système », ont mis en lumière les 1ères Rencontres francophones sur les légumineuses le 1er
> juin. Pour l’enseignant chercheur Jacques Wery, il faut changer d’optique sur l’innovation et l’accompagnement institutionnel de la production. L’agronome Marie-Hélène Jeuffroy a jugé essentiel de combiner les innovations.
« Ferions-nous fausse route dans la façon de considérer ces “merveilleuses légumineuses” et leur contribution à des systèmes de culture plus durables ? », s’est interrogé Jacques Wery, enseignant chercheur à Montpellier SupAgro. Et de proposer un changement d’optique sur l’innovation et l’accompagnement institutionnel de la production.
Les légumineuses représentent « des éléments clés d’une agriculture et d’une alimentation durables », selon les organisateurs de l’événement, au vu de leurs bénéfices environnementaux et qualités nutritionnelles. Pourtant, elles plafonnent à moins de 2 % des surfaces en grandes cultures.
En trente ans, les légumineuses ont été regardées successivement par rapport à leur capacité à fournir des protéines pour les systèmes d’élevage, limiter les impacts environnementaux des systèmes céréaliers et plus récemment leur contribution à l’innovation dans les produits et systèmes alimentaires, d’après Jacques Wery. « L’exemple des pâtes à base de légumineuses suggère que l’innovation pourrait émerger plutôt d’une approche systémique allant du champ à l’assiette », considère-t-il.
En finir avec l’espèce modèle
Le chercheur suggère d’abandonner le paradigme de l’espèce modèle : les plans de relance successifs mettent l’accent sur le choix d’une espèce ou d’un petit nombre d’espèces en essayant de l’adapter par la génétique et la conduite des cultures à la diversité des régions, des exploitations et des filières, et en se focalisant sur l’alimentation animale. « Il faut plus travailler les espèces, un peu moins les variétés », d’après lui.
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Une autre idée consiste à penser l’innovation dans la succession culturale plutôt que dans la culture de légumineuse. « Outre leur contribution à la limitation des engrais azotés, voire phosphatés, la plus value des légumineuses peut se construire aussi dans la réduction des herbicides, comme le montre la luzerne en bio ou l’intérêt du pois chiche pour introduire une culture de printemps dans des systèmes dominés par les cultures d’hiver », avance Jacques Wery.
Un principe défendu par le chercheur est de « remettre la symbiose à sa place ». Le cas est unique parmi les espèces cultivées : la légumineuse fixe l’azote de l’air grâce à l’association avec des bactéries. Cela permet d’économiser de l’engrais, l’équivalent du premier apport d’azote sur la plante qui suit dans la rotation, à savoir quelques dizaines de kilos par hectare. « L’effet précédent est tout aussi attribuable à la rupture des cycles des bioagresseurs et des adventices », met-il en avant.
L’exemple de la coopérative Qualisol
L’agronome Marie-Hélène Jeuffroy (Inra) a quant à elle pointé le « verrouillage du système » en faveur des espèces dominantes. Son projet de recherche Légitime explore « des voies de déverrouillage » combinant une connaissance partagée des services écosystémiques des légumineuses et l’organisation des acteurs autour de nouveaux débouchés. « Une condition indispensable à la relance des légumineuses est de coupler les innovations », d’après elle. Exemple avec Qualisol, une coopérative du Tarn-et-Garonne qui cultive en association lentille et blé. L’innovation est technique, dans le tri de la collecte. Au niveau de la commercialisation, l’entreprise s’occupe elle-même de l’ensachage, de la livraison. Une comptabilité analytique est mise en place dans les exploitations, grâce au financement des MAE (Mesures agro-environnementales), afin de mieux cerner la marge des légumineuses.
« Une condition indispensable à la relance des légumineuses est de coupler les innovations », affirme-t-on à l’Inra