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Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos « L’électorat rural vote comme la moyenne des Français »

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« L’agriculture est rarement mise en avant de façon conflictuelle entre les partis » Crédits : © DR

Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos, détaille pour Agra Presse les tendances chez les électeurs ruraux en ce début de campagne.

Quel poids a l’électorat rural dans vos sondages ?

C’est une catégorie que nous prenons en compte. Parmi les différentes définitions des zones rurales, la plus traditionnelle correspond à près d’un cinquième de la population. Ce sont les communes isolées de moins de 2000 habitants, c’est-à-dire celles dans lesquelles une faible proportion de la population travaille dans une ville plus grande. On ne parle pas forcément là du rural isolé profond, mais aussi de petites communes éloignées des centres urbains. Dans le contexte d’une élection présidentielle, c’est en tout cas un électorat qui peut faire basculer le résultat et il est normal que les candidats s’y intéressent. Nous ne testons cependant plus la profession agricole, faute d’un échantillon statistique suffisant dans les 10 000 personnes que nous interrogeons classiquement.

Que sait-on du vote de cet électorat rural en ce début de campagne ?

C’était vrai en 2017 et ça le reste : l’électorat rural n’est pas très typé, et vote à peu près comme la moyenne des Français. Dans nos sondages, pour l’instant, Emmanuel Macron y est un peu plus faible, avec 21 % des intentions de vote contre 24 % au niveau national. Marine Le Pen y est, elle, un peu plus forte, avec 18,5 % des intentions contre 14,5 % en moyenne générale. Mais on ne parle que de quelques points, ce n’est pas un gouffre. Et sur la plupart des autres candidats, il n’y a pratiquement aucun écart.

Qu’en est-il des sondages concernant Éric Zemmour ou Yannick Jadot ?

Éric Zemmour est aux alentours de 14,5 % dans les deux cas, ce n’est pas un candidat particulièrement dynamique ou rejeté par le monde rural. Le cas de Yannick Jadot est intéressant : on aurait pu le penser plus faible dans cette catégorie, mais ce n’est pas le cas, et il reste à 8 % à la campagne comme au national. Ce qu’il a proposé sur la chasse ou l’agriculture ne suscite donc pas de réticences très fortes dans les campagnes.

Il faut rappeler que la population rurale n’est pas homogène. Il peut y avoir notamment des néoruraux, qui sont plus sensibles aux thématiques environnementales. De manière générale, le monde rural présente une hétérogénéité très forte d’un point de vue socio-économique. Les zones rurales du Grand est et du Sud-Ouest n’ont pas grand-chose à voir. Certaines zones rurales, dans l’Ouest, sont par exemple des endroits très dynamiques, avec des tissus denses de petites entreprises et PME. La variété politique et idéologique est aussi très grande : la gauche a par exemple conservé ses bastions dans le Sud-Ouest, mais elle les a perdus dans certaines zones de la région Paca.

L’électorat rural est-il plus sensible à certains sujets ?

Quand nous soumettons des listes aux Français pour les interroger sur leurs préoccupations, la population rurale se distingue sur deux sujets. Le système de santé, avec sans doute derrière des craintes sur la fermeture des services publics, et le pouvoir d’achat. Peut-être qu’on peut le rapporter au mouvement des Gilets jaunes : cela reste quelque chose de prégnant et d’important. En revanche, les électeurs ruraux ne sont pas particulièrement préoccupés par des sujets régaliens comme l’insécurité ou l’immigration. Les quelques points supplémentaires de Marine Le Pen s’expliquent donc sans doute plutôt par sa défense de la ruralité.

L’alimentation, ou l’agriculture, font-ils partie des sujets que vous soumettez aux Français ?

Nous ne les testons pas en tant que tels. Évidemment, tout ce qui va toucher à l’alimentation est important pour les Français. Mais nous n’interrogeons les électeurs que sur des sujets clivants, comme l’environnement, le pouvoir d’achat, ou le système scolaire. L’agriculture est d’ailleurs rarement mise en avant de façon conflictuelle entre les partis : tout le monde veut bien manger.

Quelle différence voyez-vous pour l’heure par rapport à la campagne de 2017 ?

La campagne de 2017 avait suscité un certain espoir et un certain enthousiasme, grâce à la candidature d’Emmanuel Macron, mais également à celles de Jean-Luc Mélenchon, ou de Marine Le Pen. Cette fois, nous voyons beaucoup moins dans nos enquêtes cet intérêt : ce n’est pas une campagne qui, à ce stade, intéresse beaucoup les Français. L’intention de participer reste sur des niveaux beaucoup plus bas, sans doute parce que les programmes et les candidats ne sont pas assez motivants, mais aussi parce que la crise sanitaire bloque encore tout. Mais un sondage n’est pas une prévision, et tout peut encore changer en fonction de la campagne.

« L’agriculture est rarement mise en avant de façon conflictuelle entre les partis »