Selon un rapport publié le 29 novembre par la FAO, le secteur de l’élevage émet des gaz à effet de serre qui, mesurés en équivalent CO2, sont plus élevés que ceux produits par les transports. Il est aussi une des causes principales de dégradation des terres et des eaux.
Avec l’amélioration des revenus et la prospérité, les habitants de la planète consomment chaque année de plus en plus de viande et de produits laitiers, note l’étude de la FAO. De ce fait, la production mondiale de viande devrait passer de 229 millions de tonnes en 1999/2001 à 465 millions de tonnes en 2050, tandis que celle de lait devrait grimper de 580 millions à 1,043 milliard de tonnes.
Le secteur de l’élevage croît plus vite que toute autre activité agricole au niveau mondial. Il fait vivre environ 1,3 milliard de personnes et représente 40 % de la production agricole. Et, dans le cas de nombreux agriculteurs pauvres des pays en développement, il représente aussi une source d’énergie renouvelable pour la traction animale et une source essentielle d’engrais organiques pour les cultures.
Gaz à effet de serre et pluies acides
« Les coûts environnementaux par unité de production animale doivent être réduits de moitié, ne serait-ce que pour éviter d’aggraver l’ampleur des dégâts », avertit le rapport de la FAO
Lorsqu’on inclut les émissions liées à l’utilisation des terres et à leurs changements d’affectation, l’élevage représente 9 % du CO2 dérivant des activités humaines, mais il produit une plus grande part des gaz à effet de serre, qui sont encore plus nocifs. Il est responsable de 65 % des émissions d’hémioxyde d’azote (imputables essentiellement au fumier), ce dernier ayant un potentiel de réchauffement global 296 fois plus élevé que le CO2.
L’élevage représente en outre 37 % de tout le méthane dû aux activités humaines. Agissant sur le réchauffement 23 fois plus que le CO2, celui-ci est en grande partie produit par le système digestif des ruminants. Le secteur produit aussi 64 % de l’ammoniac, qui contribue sensiblement aux pluies acides.
L’élevage occupe désormais 30 % de toute la surface émergée de la terre, principalement des pâturages permanents, mais aussi 33 % des terres arables utilisées pour la production fourragère, ajoute le rapport.
De plus, les forêts sont souvent défrichées pour créer de nouveaux pâturages, en particulier en Amérique latine où quelque 70 % des anciennes forêts d’Amazonie ont ainsi été converties.
Détérioration des terres et de l’eau
Parallèlement, les troupeaux sont à l’origine d’une détérioration des terres à grande échelle, 20 % environ des pâturages étant considérés comme dégradés par le surpâturage, la compaction et l’érosion. Ce chiffre est encore plus important sur les terres arides où des politiques et une gestion de l’élevage insuffisantes contribuent à l’avancée de la désertification.
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Le secteur de l’élevage compte aussi parmi les secteurs les plus nuisibles pour les ressources en eau, qui sont déjà appauvries, contribuant, entre autres, à la pollution de l’eau, à l’eutrophisation et à la dégénération des récifs coralliens. Les principaux agents polluants sont les déchets animaux, les antibiotiques et les hormones, les produits chimiques des tanneries, les engrais et les pesticides pulvérisés sur les cultures fourragères.
Le surpâturage diffus perturbe le cycle de l’eau, réduisant la reconstitution des eaux souterraines et superficielles. La production de fourrage nécessite le prélèvement de grands volumes d’eau.
Les animaux d’élevage seraient ainsi la principale source continentale de contamination par le phosphore et l’azote de la mer de Chine du Sud, contribuant à la perte de biodiversité des écosystèmes marins.
Globalement, les animaux de boucherie et les animaux laitiers représentent désormais environ 20 % de toute la biomasse animale terrestre.
Quelques remèdes
Réalisé avec le concours de l’initiative multi-institutions Elevage, Environnement et Développement (LEAD), le rapport de la FAO propose quelques remèdes.
– Dégradation des terres : contrôler l’accès et éliminer les obstacles à la mobilité sur les pâturages communaux. Utiliser des méthodes de conservation des sols et de sylvopastoralisme, ainsi que l’exclusion contrôlée de l’élevage des zones sensibles ; instituer des mécanismes de rémunération des services environnementaux dans les utilisations des terres basées sur l’élevage pour aider à réduire et à inverser la dégradation des terres.
– Atmosphère et climat : accroître l’efficience de la production animale et de l’agriculture fourragère. Améliorer l’alimentation des animaux pour réduire la fermentation entérique et, partant, les émissions de méthane, et mettre en place des usines de biogaz pour recycler le fumier.
– Eau: améliorer l’efficacité des systèmes d’irrigation. Instaurer une tarification de l’eau au coût de revient total et des taxes pour décourager la concentration de grandes unités d’élevage à proximité des villes.