Les graisses et farines animales pourraient faire leur réapparition dans l’alimentation animale. C’est en tout cas ce que demandent les professionnels de l’élevage français pour réduire leurs coûts de production. Si la réintroduction des graisses apparaît réalisable à moyen terme, celle des farines animales semble plus difficile. Inaporc, Coop de France et le Snia mènent des études pour connaître les économies qui pourraient être générées avec leur réintroduction.
Alors que les cours du porc continuent de chuter (1,07 euro/kg le 31 octobre au MPB) et que les coûts de production ne cessent d’augmenter pour les éleveurs, l’élevage français milite pour la réintroduction partielle des graisses et farines animales. Objectif pour la filière : « Réduire les coûts des formules et mieux utiliser les coproduits », explique Michel Dochez, directeur adjoint de Coop de France Nutrition animale.
Discussions avec la distribution
Le 17 octobre, l’interprofession Inaporc a demandé au ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, de « favoriser la réutilisation des graisses animales et farines animales dans l’alimentation du bétail ». « Concernant les graisses animales, la réglementation nous permet d’utiliser les graisses animales nobles, issues des viandes », explique Guillaume Roué, président d’Inaporc. Mais en pratique cela ne se fait pas, les opérateurs de l’aval imposant des cahiers des charges avec une alimentation 100 % végétale et minérale. « Nous sommes en train de gérer ce dossier en interne avec les différents opérateurs de la filière », confie Guillaume Roué. Des réunions sont actuellement en cours notamment avec la grande distribution. Le président d’Inaporc a bon espoir que ce dossier avance, « grâce notamment au nouveau cahier des charges CCP » qui permettrait l’utilisation de graisses. « Les distributeurs comprennent bien qu’on a un réel problème de coûts de revient et qu’il nous faut trouver des solutions », analyse-t-il.
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Les farines pour les porcs et les volailles
En revanche, les oppositions des distributeurs et du grand public pourraient être plus fortes sur le retour des farines animales dans les rations. Les éleveurs souhaitent qu’elles soient réintroduites uniquement pour les monogastriques et de façon croisée : les volailles consommeraient des farines de porc issues du désossage dans les abattoirs et les porcs consommeraient des farines issues de volailles. Selon Inaporc, le ministre de l’Agriculture a proposé « de porter le débat au sein des instances européennes ». « Il faut que le retour des farines soit accepté par les consommateurs. Ce n’est pas nous tout seuls qui pourront faire bouger les choses », analyse Michel Dochez. Alors que Coop de France Nutrition animale a demandé clairement lors de son assemblée générale le 17 octobre, l’utilisation des graisses animales, le Snia (Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale) semble plus circonspect. « Nous sommes réservés, à la fois pour les problèmes techniques que cela va poser, en termes de contrôle des traces de protéines dans les formules que sur l’acceptation par l’opinion du retour des produits d’origine animale dans les formules », explique Stéphane Radet, directeur du Snia.
« Des économies variables »
Quant au retour des farines, Stéphane Radet estime que « ce sont les pouvoirs publics qui doivent se positionner sur le dossier avant les fabricants ». Quelles seraient les économies engendrées par un retour des graisses animales dans un premier temps et des farines ensuite, pour les fabricants d’aliments et les éleveurs ? Il semble que la réponse soit difficile à donner selon les professionnels. Inaporc, le Snia et Coop de France ont confirmé mener actuellement des études sur le sujet. « L’économie devrait être variable selon les espèces », commente Stéphane Radet sans donner plus de détails. « La valorisation des coproduits sera certainement plus bénéfique pour les abattoirs et transformateurs que pour les fabricants eux-mêmes », avance de son côté Michel Dochez.