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République Centrafricaine L’élevage tchadien, une des causes profondes des conflits en Centrafrique

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L’instabilité politique en République Centrafricaine (RCA), illustrée par le renversement de François Bozizé, président évincé en mars 2013, puis par les récents affrontements à Bossangoa, est très ancienne. Les conflits entre éleveurs du Sahel et agriculteurs du Sud en sont une des causes profondes.

En mars 2013, le président de la République Centrafricaine (RCA) François Bozizé est renversé par les rebelles du Séléka, coalition des partis politiques de l’opposition. Le coup d’Etat illustre une instabilité politique pourtant plus ancienne. Yolande Mgbolo, coordinatrice de l’ONG Acord repliée dans la capitale de Bangui depuis les pillages récents de Bossangoa, explique qu’il y a plusieurs causes profondes à l’instabilité en RCA. L’élevage en est une.
« Les conflits entre les éleveurs et les agriculteurs dans le pays sont très anciens », explique-t-elle. Ces conflits sont directement liés à la situation géographique du pays. Le nord du pays, tout comme le sud du Tchad et du Darfour, se trouve dans une zone subsahélienne. Le climat y est difficile et sec. Au moment de la saison sèche, les éleveurs nomades du Tchad et du Darfour migrent vers le Sud, vers la zone tropicale humide qui compose la plus grande partie du territoire centrafricain. « Les éleveurs et leurs troupeaux passent la frontière et peuvent parfois parcourir plus de 2000 kilomètres », explique un représentant de l’ONG CCFD-Terres solidaires spécialisé sur cette région de l’Afrique. Les données 2011 de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) estiment à 7,7 millions le nombre de bovins au Tchad, à 29,6 millions dans la République du Soudan et le Sud Soudan contre 4,2 millions en RCA. Les troupeaux venant du Nord sont immenses, « il s’agit de troupeaux de plusieurs milliers de bêtes ». L’objectif : atteindre des zones de pâturage en Centrafrique.
 
Des éleveurs tchadiens armés
Yolande Mgbolo, raconte : « Sur le couloir de transhumance qui va du Tchad jusqu’à Bangui, les conflits sont fréquents entre les éleveurs et les agriculteurs, notamment dans la région d’Ombella-Mpoko ». Historiquement, le couloir de transhumance est géré en commun. Mais entre multiplication des conflits au Tchad depuis trente ans, rebellions en Centrafrique depuis quinze ans et explosion démographique, la gestion des ressources naturelles s’est considérablement dégradée. « Les éleveurs sortent du couloir de transhumance par manque d’eau », explique Yolande Mgbolo. Ils cherchent des points d’eau qui sont creusés à proximité des villages d’agriculteurs et des parcelles cultivées de la zone tropicale humide centrafricaine. « Ils n’en font qu’à leur tête. Ils savent que les autorités locales ne peuvent pas leur mettre la main dessus. Certains traversent les villages, mais souvent, ils s’installent pendant des jours et des jours», poursuit-elle. Les troupeaux investissent les parcelles cultivées et deviennent source de conflits entre éleveurs et agriculteurs. Surtout, les éleveurs en question sont armés. « Ce sont des bouviers payés par de grands propriétaires tchadiens, des gens puissants, qui font fortune grâce à l’élevage », assure le représentant de l’ONG CCFD-Terres Solidaires. Ces propriétaires font partie de la classe aisée, des commandants tchadiens par exemple. « Des villages sont incendiés, les tueries sont fréquentes », assure Yolande Mgbolo. Les mêmes types de conflits sévissent dans le Nord-Est de la RCA avec les éleveurs du Darfour.
 
Vers une meilleure gestion des ressources
La gestion des ressources naturelles en Centrafrique met aussi en opposition les éleveurs centrafricains avec les agriculteurs d’un même village. « Les affrontements sont moins meurtriers car les éleveurs centrafricains ne sont pas armés », explique Yolande Mgobolo. Et en outre, la plupart de ces conflits sont résolus par le chef du village. L’ONG Acord vient de lancer un programme pour mettre en relation les éleveurs et les agriculteurs centrafricains. « Pour résoudre les conflits, les agriculteurs doivent accepter les sorties des couloirs de transhumance et les éleveurs doivent prendre en compte les activités agricoles des villageois. Il faut donc développer des contrats d’accord sur l’usage des terres », décrit-elle. D’autant que le cheptel centrafricain est un système d’épargne vital pour les populations. « S’il y a un problème ponctuel, les villageois ont la possibilité de vendre une bête sur le marché », explique CCFD-Terres solidaires.

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