Les filières d'élevage français ont pris conscience de la nécessite de réduire leur impact sur l'environnement. Elles ont aussi compris qu'elle pouvaient en tirer avantage : en améliorant leurs pratiques, les éleveurs de porcs espèrent améliorer leur image, alors que les producteurs laitiers peuvent gagner sur le plan économique.
A LORS que l'impact de l'agriculture sur le changement climatique est plus que jamais pointé du doigt, les filières d'élevages françaises disent avoir pris conscience du problème. Elles comptent même en faire un atout, en termes d'image mais aussi d'économie.
« Nous essayons de répondre aux enjeux sociétaux, dont l'environnement, mais nous n'arrivons pas à valoriser ce que nous faisons », a expliqué Guillaume Roué, président d'Inaporc, l'interprofession laitière, lors d'une matinée sur la maîtrise des impacts environnementaux, le 17 avril à Paris. La filière, qui veut « s'ouvrir », a montré les efforts importants qu'elle a effectués au cours des années 2000 dans le traitement de ses effluents. 450 stations de traitement biologique des lisiers, qui concernent aujourd'hui un quart de la production bretonne, ont été construites. L'excrétion moyenne d'azote et de phosphore par kilo de porc ont respectivement baissé de 35% et 60% depuis les années 90.
L'innovation au service de l'environnement
« Une grande partie de ces évolutions sont dues à des innovations, estime Jean-Yves Dourmad, chercheur à l'Inra. Les prochaines évolutions environnementales suivront deux principes: la réduction des émissions, qui viendra d'innovations technologiques, et la maximisation des recyclages qui passera par la conception de nouveaux systèmes à l'échelles de filières ou de territoires ». En matière d'émissions d'ammoniac, les voies de progrès se dirigent vers « l'alimentation, la réduction du temps de présence des effluents, le traitement de l'air et la couverture des ouvrages de stockage », a estimé Nadine Guingand, de l'Institut du porc (Ifip).
« Mais la situation économique actuelle ne permet pas de construire de nouveaux bâtiments de façon importante, regrette Nadine Guingand. Nous pouvons tout faire techniquement, mais ça doit être intégré dans l'économie ». Pourtant, pour l'Ifip, la consommation énergétique de la production porcine, en moyenne de 1000 kWh par an par truie présente, pourrait être abaissée par la construction de bâtiments basse consommation (BBC), de 30% pour les besoins qui concernent le chauffage et de 50% pour la ventilation. « La modernité permet de faire des économies d'énergie », a conclu Jacques Crolais, directeur du Comité régional porcin (CRP) de Bretagne.
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L'élevage laitier peut combiner économie et écologie
Si que l'aspect économique semble être un frein pour que l'élevage porcin réduise son impact environnemental, les deux objectifs peuvent aller de pair pour l'élevage laitier.
Alors que le secteur va être dérégulé, avec la sortie des quotas en avril 2015, l'élevage laitier est « à la croisée des chemins », analyse Jean-Baptiste Dollé, chef du service environnement à l'Institut de l'élevage, lors d'une journée Grand angle lait, le 15 avril à Paris : les éleveurs vont être tentés de produire plus, avec des contraintes environnementales allant en augmentant. « La recherche de la production ne se ressent pas forcément sur le revenu disponible. Avant d'aller chercher du volume, il faut chercher l'efficacité », prévient le chercheur à partir des résultats d'une étude de l'Institut de l'élevage. Il insiste sur la valorisation des déjections et du fourrage : « Si on limite les pertes, on limite les dommages environnementaux, on peut maîtriser les intrants, et de fait ça a un impact positif sur l'environnement », développe t-il.
Des exploitations ayant une forte productivité peuvent avoir de bonnes performances environnementales, alors que des fermes à faible productivité peuvent avoir un fort impact. « Pour un même niveau de production laitière, l'impact varie du simple au double en terme d'azote », explique Jean-Baptiste Dollé. « Mais quel que soit le schéma de production, les résultats environnementaux deviennent des arguments commerciaux à intégrer », conclue-t-il. Reste à les valoriser auprès des consommateurs.