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Production porcine L'embargo dope la production russe

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Forts de profits exceptionnels, les grands groupes porcins russes se lancent dans d'importants investissements pour développer leur production, constate l'Ifip-Institut du porc dans sa note de conjoncture d'octobre. Le groupe Miratorg veut investir 85 milliards de roubles (1,7 milliard d'euros) dans la région de Kursk pour produire 346 000 tonnes supplémentaires d'ici quatre ans.

Si c'est un drame pour les producteurs de porcs bretons, l'embargo déclaré par Moscou envers les viandes de porcs européennes est une aubaine pour les producteurs russes. Forts de profits exceptionnels, les grands groupes porcins russes intégrateurs, en général des élevages du pays, se lancent dans d'importants investissements pour développer leurs capacités de production, constate l'Ifip-Institut du porc dans sa note de conjoncture d'octobre.

Miratorg investit 1,7 milliard d'euros

Dans ce pays où cinq groupes trustent 37% de la production nationale de porcs, le premier d'entre eux, le groupe Miratorg (15% de la production russe, avec 350 000 tonnes) a annoncé en septembre qu'il allait investir 85 milliards de roubles (1,7 milliard d'euros) dans la région de Kursk, proche de la frontière ukrainienne. Le groupe veut bâtir une filière intégrée qui produirait 346 000 tonnes de porc par an, soit l'équivalent de 40% des importations russes en 2013. Un projet colossal.

Cherkizovo, 200 millions d'euros

Son dauphin, le groupe Cherkizovo (par ailleurs numéro un de la production de volailles) se lance dans un programme d'investissement de 10 milliards de roubles (200 millions d'euros) sur cinq ans pour développer sa production porcine, rapporte l'Ifip. Il souhaite construire sept nouvelles unités de production, d'une capacité de 35 000 tonnes chacune. Le même groupe prévoit un profit record de 70 milliards de roubles (1,37 milliard d'euros) en 2014, contre 52,8 milliards en 2013, déclarant par la même occasion que « la production porcine est l'une des activités agricoles les plus rentables actuellement en Russie», cite l'Ifip.

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Les 5 premiers producteurs décollent

La production porcine augmente depuis plusieurs années en Russie, portée par les investissements de holdings agricoles. L'année dernière, les cinq premières entreprises porcines russes avaient déjà augmenté leur production de 42%, alors que la production nationale ne progressait que de 5%. « Le gouvernement russe soutient ces investissements par des subventions fédérales facilitant l'accès à des prêts bancaires, explique Estelle Antoine de l'Ifip. Il espère ainsi augmenter la production porcine de 500 000 tonnes en deux ans et réduire de 50% ses importations ». La stratégie de Moscou comporte des risques. « Les petits producteurs, plus fragile économiquement, ont encore un poids important dans la production nationale. Les grandes structures ne sont pas à l'abri d'un incident sanitaire », observe l'Ifip.

Embargo russe : les transformateurs de porcs russes souffrent de la hausse des cours

L'EMBARGO imposé par Moscou sur les viandes porcines européennes, étatsuniennes et canadiennes ne sourit pas à toute la filière porcine russe. Les transformateurs souffrent de ne pas pouvoir complètement répercuter les prix d'achats à la vente, constate l'Ifip-Institut du porc dans sa note de conjoncture d'octobre. Depuis le début de l'année, les pertes dans ce secteur sont estimées entre 30 et 60 millions d'euros par les experts russes, rapporte l'Ifip. 15% des entreprises travailleraient à perte, et la moitié ne dégage aucun bénéfice. « Les transformateurs sont pris en tenaille », explique Marie-Christine Le Gal de l'ambassade de France en Russie. Trois mois et demi après la mise en place de l'embargo, les prix aux producteurs ont augmenté en Russie de 66% et se sont maintenus à un niveau élevé, selon l'Ifip.