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Entretien L'embargo, une « réponse mesurée » de la Russie

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Pour l'économiste Jacques Sapir, directeur d'étude à l'EHESS et spécialiste de l'économie russe, l'embargo imposé par la Russie aux produits agroalimentaires européen est une « réponse mesurée » de la Russie aux sanctions occidentales, qui lui permet de ne pas rompre totalement les relations avec l'Europe.

Quelle stratégie politique a amené la Russie à décréter des restrictions d'importations sur les produits agroalimentaires européens et américains ?

La Russie a réagit contre la troisième vague de mesures prises par l'Union européenne et les Etats-Unis, qui vont lui faire relativement mal. Mais il ne fallait pas non plus que la réponse russe soit l'équivalent d'une rupture des ponts générale avec ces pays. Ils ont décidé de frapper là ou ça pouvait faire mal pour certains pays, sans néanmoins compromettre globalement les relations avec l'UE. On le voit sur le type de produit concernés : les fruits et légumes sont touchés, on le comprend très bien, la Russie va pouvoir s'approvisionner sur d'autres pays qui arriveront à se substituer à l'offre européenne. Elle ne touche pas au vin, or les vins et spiritueux représentent une grosse partie des achats français. Les autorités russes vont faire mal aux maraîchers français, mais elles savent qu'ils seront compensés par leur gouvernement, et évitent de faire un embargo généralisé. C'est une réponse mesurée.

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Quelle peut être la conséquence de l'embargo pour la population russe ?

La Russie va pouvoir remplacer les importations européennes par des importations d'autres pays : l'Amérique latine, la Turquie... Je ne pense pas qu'il y aura de réel impact pour le consommateur russe. La Russie veut aussi se servir de cette situation pour essayer de développer son propre système agroalimentaire. L'agriculture russe s'est malgré tout reconstruite, mais le maillon de la transformation reste très faible. Beaucoup d'observateurs pensent que l'on est en face d'une véritable stratégie de la Russie, alors que l'Union européenne et les Etats-Unis sont dans la réaction.