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L’emploi des matériaux biosourcés dans le bâtiment devrait s’accélérer

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La croissance des matériaux biosourcés employés dans le bâtiment devrait s’accélérer, selon le cabinet d'études Karibati. Elle est portée par un engouement pour les matières premières renouvelables et issues de filières locales, et aussi par la réglementation et l’innovation.

Le marché des matériaux biosourcés employés dans le bâtiment affiche déjà plus de 15 % de croissance annuelle en volume, et cette tendance devrait se confirmer, voire s’accélérer, a indiqué Yves Hustache, responsable de l’innovation au cabinet d’études Karibati, lors d’une rencontre avec la presse le 25 juin. La biomasse produite en France et valorisée dans le bâtiment représente 230 000 tonnes par an. Ce marché est encore modeste, mais il progresse. Les principales matières premières concernées sont d’abord le bois, mais ensuite la paille de blé, le chanvre, le miscanthus, le colza.

La réglementation accélère le mouvement

La prise de conscience des groupes spécialisés dans la construction explique une partie de cette croissance de l’intérêt pour les matériaux renouvelables et notamment biosourcés, selon Frédéric Loup, chargé de la recherche et de l’innovation au groupe de construction Eiffage. La réglementation accélère le mouvement. Un label « produit biosourcé » dans le bâtiment en 2017, fixe, par famille de produits, un pourcentage minimum de matière première issue de la biomasse à intégrer au matériau. De plus, la loi Élan (Évolution du logement, de l’aménagement et du territoire), promulguée fin 2018, ajoute des exigences liées à la limitation de l’empreinte carbone. Enfin, la RE 2020 (réglementation environnementale 2020) intègrera des exigences liées au stockage du carbone via les matériaux.

À ce jour, 15 produits sont labellisés : des isolants en panneaux et vrac en chanvre, lin, des isolants rigides fibres de bois, des membranes d’étanchéité à base d’huile de colza et de résine de pin, et des enrobés bitumineux. « D’autres demandes sont en cours », selon Karibati. Au palmarès des matières premières, figure en premier lieu le bois (sous forme de bois d’œuvre, de fibre de bois, ou de béton de bois), mais de nombreux développements sont en cours avec le chanvre, le miscanthus et le colza, selon Yves Hustache.

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Des nouveaux produits permettent de recycler sur place le bitume

Cet essor dépasse le bâtiment stricto sensu. Frédéric Loup a évoqué, comme innovations, l’utilisation de liqueurs noires, dont les papetiers ne savaient pas comment s’en débarrasser, comme substrat pour la mise au point d’un produit servant à réparer les routes. Des techniques de recyclage permettent désormais de concasser sur place le vieux bitume et de le restaurer en y apportant des additifs, le tout dans des sortes d’usines mobiles, s’étendant sur plus de 50 mètres, a témoigné Frédéric Loup. Ces techniques de restauration permettent de réaliser des économies qui sont telles que les groupes comme Eiffage n’attachent pas une importance essentielle au prix de la matière première biosourcée ou recyclée. Frédéric Loup a mentionné une innovation récente : la fabrication d’un émulsifiant pour bitume à base de glycine bétaïne, co-produit des sucreries de betteraves. Enfin, il estime prometteuse, à l’horizon des 10-20 prochaines années, la culture de micro-algues riches en huile, pour la fabrication de bitumes.

De son côté, Soprema, groupe français spécialisé dans les membranes d’étanchéité et les isolants thermiques, a mis récemment au point une membrane fabriquée aux trois-quarts à partir d’huile de colza, a indiqué Élizabeth Bardet, directrice de la stratégie du groupe.

Les économies réalisées permettent de moins regarder le prix de la matière première